Lettre 335 Finir la guerre à Gaza

Sommes-nous enfin au bout du chemin.

Il y a deux mois, Netanyahu a relancé une opération militaire de grande envergure à Gaza. « Chariots de Gédéon ».

Pourquoi? Parce que les négociations pour la libération des otages était en panne. Hamas refusait de faire preuve de souplesse, exigeait un cessez le feu et un retrait complet de Tsahal.

Cette nouvelle campagne avait pour but de permettre la libération de tous les otages. En deux petit mois. Mettre le Hamas à genou. Lui forcer la main.

La guerre avec l’Iran a occulté ce conflit. Tsahal a obtenu une victoire totale en neutralisant l’espace aérien iranien. Tous les avions sont revenus intacts. Pas une perte à déplorer. 

Un soldat fidèle doit savoir dire non

Retour à Gaza.

En un mois, plus de 20 soldats ont péri et nous n’avons obtenu aucune libération.

Ça s’appelle un fiasco. Ni plus ni moins.

Et Trump qui analyse bien la situation veut y mettre fin. Au lieu de demander au Hamas d’assouplir sa position, c’est Israël qui devra plier. Accepter une fin de guerre. Car on ne peut éternellement rejouer le même scénario en espérant un résultat différent. C’est la définition de la folie selon Einstein.

Le sort de Gaza aurait dû se jouer à Téhéran. C’est ce régime totalitaire qu’il aurait fallu mettre à genou. Mais le Dôme de fer a montré ses limites. Il est plus difficile de frapper les missiles balistiques que les roquettes ou les drones. Et les dégâts ont été considérables. Aussi en vies humaines. Sans parler du coût d’une noria de bombardiers volant jours et nuits et des antimissiles dont le stock est venu à manquer.

Trump y a mis fin. Nous aurons un jour à le regretter. Mais sans une coalition internationale puissante, Israël ne pouvait que se soumettre au dictat de Trump.

Et nous demeurons avec Gaza sur les bras. Après deux ans de combats d’intensités variables, très variables, rien n’aboutit. Tsahal piétine. S'embourbe.

Le programme de distribution de l’aide alimentaire est en panne. Des camions entiers sont toujours détournés par le Hamas. Bref rien n’a changé. 

Absolument rien.

Et de s’interroger. Mais quelle est donc la stratégie? Encore une maison rasée. Encore un tunnel détruit. Encore des terroristes abattus. Encore des armements découverts et détruits. Encore des chefs terroristes éliminés. Sisyphe. 

Et toujours aucun otage libéré. Leur enfer peut se poursuivre cinq ans. Comme pour le soldat Shalit. Et chaque matin Netanyahu pourra réaffirmer qu’il pense à eux, et fait tout pour leur libération.

Mais ça ne marche pas.

Et pourtant il vient d’affirmer à nouveau qu’il veut obtenir et la libération des otages et la reddition du Hamas. Un bras de fer va se dérouler à la Maison Blanche lundi prochain. On remet le plan Witkof sur table. Cessez le feu de 60 jours avec libérations de 10 otages par tranches de salami. Hamas traine les pieds. Pourquoi accepterait-il. Il ne manque de rien. Il tient tête à Tsahal et c’est en soi une victoire.

Et comme nous sommes en guerre, Netanyahu a demandé un report de son procès. Report refusé par le tribunal. Certains disaient que cette guerre sans fin n’avait pour but que de différer ce procès, trop long, qui tourne au ridicule. Ça aussi Trump voudrait y mettre fin. Enlever ainsi un motif de prolonger cette guerre. 

Il y a un an, nous étions à deux doigts de vaincre le Hamas. Au Vietnam, on prétendait la même chose. Et à chaque fois, on y remettait une couche. Mais comparaison n’est pas raison.

Ce qui est sur, c’est que peuple est devenu indifférent. Les prétendues négociations qui à chaque fois font des pas de géant avant d’exploser en vol n’intéressent plus personne, pas même les familles.

Souvenez vous de la parabole du joueur impénitent qui se dit « encore une pièce et j'arrête ». Et qui court à sa ruine.

Car quelque part, nous gagnons. La Syrie veut se rapprocher de nous. Trump a supprimé les sanctions économiques et rêve d’une poignée de mains entre El Juliani et Netanyahu. Le Liban semble décidé à se libérer du Hezbollah sur le plan militaire. L’Iran est calmée pour quelques temps. Les Houties aussi. Ou presque.

Mais Gaza pose problème. 

Avez-vous oublié? Mais c’est bien sur! Toujours ces deux ministres d’extrême droite qui lui lient les mains. Si Netanyahu cède sur Gaza, le gouvernement tombe avec leur démission.

Conclusion: depuis deux ans, rien n’a changé. On continue cette guerre pour leurs beaux yeux. Conquérir Gaza pour l’occuper. Rétablir cette occupation à laquelle nous avons mis fin en 2005 en raison des pertes militaires insupportables.

Éternel recommencement? Ou simple menace pour faire reculer le Hamas?

Alors relisez les lettres de l’époque. « On ne fait pas la guerre avec 250 otages entre les mains de terroristes ». Ou encore  « Ils représentent un capital qui permettra au Hamas de survivre. » 

Noir sur blanc.

Car cette guerre a été perdue le 7 avril 2023. Et depuis on nous abreuve de mantras, slogans, affirmations péremptoires. 

Et si Netanyahu et ses deux ministres avaient raison? S’il suffisait d’une dernière escalade pour les éradiquer tous? Chimère?

Une chose est sûre, les otages ne seront pas libérés par la force. Seuls trois ont pu l’être moyennant une mission d’élite bien tragique. En hommage à Trump, un quatrième fut libéré.

Si c’est par la force, Hamas les abattra avant. Il y a six précédents. Dans Tsahal, on sent bien que la stratégie imposée par l’échelon politique ne mène à rien et met les otages en danger. Dixit le chef d’état-major Zamir qui peine à la tâche. Ses soldats sont exténués après 500 jours de combats. Gaza devient un bourbier.

Voilà bien le plan. Sacrifier soldats et otages pour ensuite avoir deux millions de terroristes en puissance en charge. 

Car à ce jour, Israël ne développe aucun plan sérieux. Trump non plus. Sa Riviera paraît bien ensablée. Mais il revient vers nous avec un plan plus ambitieux pour faire avancer la paix avec les accords d’Abraham. Il pense y associer la Syrie et le Liban. Bref, Israël serait dès lors entouré de pays non-belligérants pour ne pas dire en paix.

On sent bien qu’un basculement se joue au Moyen-Orient. Que la haine d’Israël est un moteur enrayé et que les peuples aspirent à un avenir meilleur.

Il faudra bien un jour se jeter à l’eau. On a guère entendu les Palestiniens accepter de migrer, ni des pays prêts à les accueillir.

Soyons lucides. Deux ans d’une guerre qui peut en durer dix. Et pour accepter à terme que la Palestine soit réalité. Car sous une forme ou une autre, il faudra bien donner aux Palestiniens un statut convenable si on veut vivre en paix. Trump paraît décidé à rebattre les cartes: « Je serai déterminé face à Netanyahu ». On sait que sans projet d’Etat palestinien, l’Arabie Saoudite refusera toute normalisation. C’est le prix à payer.

Ce n’est pas en l’état le chemin choisi. Bien au contraire. En Judée-Samarie se déroulent sous nos yeux hagards des "ratonnades". Nous allons y perdre notre âme. 

Il s’avère que Netanyahu a évolué. Initialement, il n’était question que d’anéantir le Hamas mais pas d’occuper Gaza. Non, surtout pas!

Tsahal pénétrait, frappait puis se retirait.

Puis, il fut question de prendre position sur les axes stratégiques pour contrôler le flux de population, d’isoler le Hamas.

Puis il s'est agit de prises de positions dans des bastions ponctuels. Et pour finir, Tsahal annonce qu’il occupe et contrôle 75% du territoire. Bientôt la totalité.

Vous avez bien compris. En attendant mieux, Israël va occuper Gaza et aura en charge deux millions de Gazaouis. Autant de terroristes en puissance.

Les otages? Occis!!!

Et comme subsistent des centaines de tunnels, la guerre d’usure va se poursuivre laquelle nécessitera une présence militaire. Une façon de fixer nos forces d’un côté pour nous mieux attaquer de l’autre.

L’autre stratégie est celle de Trump. Elle est simple, voire enfantine: Accepter en partie les conditions du Hamas, mettre fin au conflit pour libérer les otages. Puis tenter de mettre en place un régime de substitution avec l’Autorité palestinienne. Un chaos en prévision mais qui s’en soucie. Après tout, qu’ils s’entretuent, Belzébuth reconnaîtra les siens.

Et, cerise sur le gâteau, des accords avec les ennemis d’hier. Mais faut-il le rappeler: « On ne fait jamais la paix qu’avec ses ennemis ».

Mais comment accepter 18 mois plus tard ce que nous avons jusque là refusé. Ce serait pour Netanyahu une pantalonnade à n’en pas douter. Admettre une défaite cinglante. Renier tous ces soldats morts en vain. Bibi ne peut s’y résoudre. Sa base le crucifierait.

Alors souvenez vous des leçons de l’histoire. Toute guerre qui s’éternise finit souvent par une fuite en avant, puis par un départ en catastrophe. Algérie, Vietnam, Afghanistan. Tiens, n’est-ce pas curieux; chacune de ces guerres opposait un régime démocratique contre des organisations islamiques terroristes.

Comparaison serait donc raison.

Le restaurateur proposait au plat du jour de la langue de bœuf. 

Le client fit une moue en affirmant: « Je déteste tout ce qui sort de la bouche d’un animal. Apportez moi plutôt un œuf ».

Avec Gaza, évitons comme ce client de tomber de Charybde en Scylla. 

 

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