Lettre 342 Du théâtre à la politique
Vous êtes invités à vous asseoir dans le théâtre de l’absurde. Une pièce qui vous en dira long sur ce qui se passe en coulisses.
Commençons en lever de rideau par une Witz (Blague en Yidish) courtelinesque dont voici le Pitch.
Dans un gratte ciel de Manhattan au 80ème et dernier étage, Jacques R. (Sic) PDG d’une société internationale pénètre dans son bureau avec le visage des mauvais jours. Il cache à sa femme qu’il a une maîtresse. Il a dû malgré tout accomplir son devoir conjugal.
Il appelle son directeur de cabinet et lui pose une question bien saugrenue:
« Dites moi mon ami, lorsque je fais l’amour à ma femme, c’est du plaisir ou du travail? »
Le directeur demeure sans voix.
« Bon, vous avez une heure pour me répondre »
Il appelle son assistant à l’étage du dessous et lui pose la même question. Et suivant la hiérarchie, la question descend d’étage en étage car personne ne peut fournir la moindre réponse. Évidemment, le vocabulaire devient de moins en moins châtié jusqu’à arriver au portier du rez-de-chaussée où le responsable de la réception lui demande:
« Dis Charly, quand le boss baise sa femme, c’est du travail ou du plaisir? »
La réponse coule de source:
« C’est forcément du plaisir, si c’était du travail, c’est moi qui le ferait!!! »
Rassurez vous, la réponse n’est jamais remontée, mais toute la hiérarchie fut ainsi au courant des arcanes du patron.
Passons du théâtre à une réalité pas moins piquante.
Acte1
Le gouvernement a décidé de révoquer sa conseillère juridique Bali Baharav Miara sans respecter la procédure et pour des motifs politiques contestés: Elle serait une entrave à l’action du gouvernement. Netanyahu a déclaré qu’il n’avait plus confiance et qu’il ne pouvait par conséquent plus travailler avec elle.
La Cour Suprême a suspendu cette décision jusqu’à décision au fond fixée au 3 septembre. Elle demeure donc en poste avec plein pouvoir. Mais le ministre de la justice Levine l’a déjà effacée de ses tablettes.
Il ne veut plus la voir au ministère où elle occupe un bureau. Au théâtre de l’absurde, le scénario se déroula à peu de chose près comme dans notre Witz.
Deux jours après la décision provisoire de la Cour, Lévine appelle son assistant et lui donne l’ordre de bloquer l’accès du bureau de la conseillère. Celui-ci passe l’ordre à l’étage inférieur jusqu’à l’accueil où le concierge obtempère en changeant nuitamment, le barillet de la porte, sans que personne dans cette hiérarchie ne se pose la question du bien fondé de cette manipulation.
Bali Baharav Miara tente vainement d’ouvrir son bureau et elle finit par apprendre que les serrures ont été changées sur ordre du boss. Elle est demeurée enfermée dehors!
Pas de travail pour elle mais du plaisir sadique pour le boss. Il fait ainsi d’une pierre deux coups: Il humilie son ennemie et il brave la Cour Suprême. A t il franchi une ligne rouge? Fait sauter le verrou judiciaire?
Scandale chez Polichinelle.
Levine explique qu’elle a été destituée, qu’il est chez lui, et seul à décider qui entre ou non dans ses bureaux.
Enfin, c’est qui le chef !!!
En passant par la « petite porte » Levine vient d'entraver une décision de la haute cour. Un précédent anodin, presque potache de cour de récréation, mais qui présage de joutes futures entre le pouvoir exécutif et l’autorité judiciaire.
Et le pire c’est qu’un juge conservateur, le juge Solberg sensé être favorable au gouvernement, a pris le contrepied et va certainement annuler ce limogeage.
Comme un pied de nez.
Maître Amit Bakir, représentant du barreau israélien, a appelé la police à arrêter le ministre Levine pour violation d’une décision de justice. « Sa place est derrière les barreaux et non au conseil des ministres ».
Attention maître, on va changer les serrures de votre cabinet!!
Acte 2
Le chef d’état- major Eyal Zamir a été choisi le 6 mars par Netanyahu pour remplacer Herzi Halevy qui a osé émettre des réserves sur la stratégie du gouvernement à Gaza. Mais Zamir suit la même ligne. Attaquer Gaza-city mettrait les otages en danger.
Eyal Zamir élevé au poste de de chef d'état-major par Netanyahu et le ministre de la défense KATZ
Le torchon brûle entre le ministre de la défense Katz et Eyal Zamir. Ce dernier vient de nommer des officiers supérieurs à divers postes de responsabilité et veut les faire valider par son ministre de tutelle.
A trois reprises, les rendez-vous ont été annulés par le ministre: Question d’agenda. Zamir a décidé de forcer la porte. Il est refoulé sans ménagement.
En temps de guerre!!
Le boss a changé les codes. Il estime que s’il relève des prérogatives d’un chef d’état-major de désigner ses subalternes, rien ne peut se faire sans l’aval préalable de l’autorité de tutelle. Comprenez que Katz aurait aimé désigner des hommes fidèles de son cru.
Une sorte de contre-feu dans une armée où la politique s’est immiscée par la force des choses.
A coup sûr lui aussi va sauter.
A lui d’expliquer à ses colonels que leur nomination est suspendue à l’aval d’un ministre décidément très très occupé.
Le gouvernement décide, l’armée exécute. Et non l’inverse. Sinon c’est l’anarchie, la chienlit.
Ce coup de collier à deux étages ministériels ne sont que les énièmes péripéties d’un long scénario de la mésentente idéologique qui fracture la nation.
Et dans ces deux affaires, toute la hiérarchie populaire est mise au courant des frasques ministérielles.
Gouverner, c’est prévoir. Netanyahu serait bien inspiré de mettre de l’ordre dans ses écuries.
Et à Jérusalem comme à Delphes, la Pythie venant en mangeant, la résistance passive du peuple pourrait bien se révéler bien plus efficace que les manifestations symboliques des opposants au gouvernement.
La mobilisation des réservistes pour la prochaine campagne à Gaza risque d’en être le corollaire. Des pétitions circulent. Si Zamir démissionne, ou se fait limoger, le message sera catastrophique. Un gouvernement dopé aux étages supérieurs ne voit pas forcément qu’en bas, ça coince. Et au lieu de mettre de l’huile dans les rouages, les vaines promesses répétées à l’envi ne font qu’alourdir le fardeau.
Un jour ou l’autre, le rideau tombera. L’élastique risque d’atteindre le point de rupture. Un peuple silencieux est plus dangereux lorsqu’il semble ne plus réagir. Tel l’orage dans un ciel sans nuages.
Ne cherchez pas la blague du jour, elle se trouve au-dessus.


Commentaires
Enregistrer un commentaire