Lettre 240 Les familles d’otages se rebellent

Le ton monte.

"Plus de temps, il faut accepter un compromis" 

La guerre a étouffé les voix qui appelaient au renvoi des responsables du massacre du 7 octobre et au changement de politique.

La situation dictait que le peuple s’unisse et soit solidaire de ses soldats, de ses commandants, de ses dirigeants.

Les critiques, les accusations, et elles sont légitimes, devaient être renvoyées au « jour d’après ».

Le gouvernement a fixé deux objectifs prioritaires:

* Éradiquer le Hamas

* Délivrer les otages

Le premier devait garantir le second. Seule la pression militaire devait forcer le Hamas à assouplir sa position.

La population était au moins d’accord sur un point: Poursuivre la guerre jusqu’à la victoire.

Ce slogan scandé à l'envi par Netanyahu répondait aux vœux du peuple. Et il sait surfer sur cette vague.

Mais les deux objectifs peinent à se concrétiser. Pire que cela. L’action militaire qui marque le pas, éloigne toute solution négociée. Le Hamas se mure dans une position rigide et exige le retour de la population gazaoui vers le nord, ce qui équivaudrait à un retour à la case départ.

Inversement, Netanyahu a limité la marge de manœuvre des négociateurs et rendu toute solution impossible.

Certaines familles d’otages se sont liguées contre lui en déclarant: « Tu es le seul obstacle à la libération des otages, nous lutterons jusqu’à ton départ ».

Le Hamas se frotte les mains! Netanyahu les accuse de faire le jeu du Hamas. Mais après six mois, la douleur est trop forte. Les familles sont sans nouvelle, aucune visite de la Croix Rouge et les médicaments n'arrivent pas. La mort plane et qui sait combien sont encore en vie.

On ne peut soutenir chaque jour que la libération des otages est prioritaire et tarder dans une négociation qui se trouve désormais dans une impasse.

Les familles ont reçues des promesses, des nouvelles encourageantes et au final, un vide sidéral. 

Une mère a crié « J’entends ma fille qui m’appelle: Maman, sauve moi! ». Ce cri déchirant relance la question des responsabilités. Cette question que le gouvernement continue à ignorer. Il s’évertue à promettre une action décisive à Rafah, celle que les Américains refusent pour des raisons humanitaires. 

Les otages pourraient y être détenus. Encore un espoir qui est renvoyé après la fin du ramadan. 

Les manifestations anti-gouvernementales reprennent de plus belle. Et avec plus de détermination que jamais. La violence morale va se muter en violence physique. C’est inévitable.

Faisons un peu le ménage. Que demandent ils?

Libération des otages, la démission de Netanyahu et des élections.

Quel rapport? Des élections reporteraient la formation d'un nouveau gouvernement plus consensuel de plusieurs mois. Est-ce bien raisonnable? Pendant ce laps de temps, la question des otages serait suspendue.

Mais il y a un lien et une solution que nul politique ne veut ou ne peut afficher.

Car enfin, la guerre à Gaza est terminée. Le Hamas est vaincu et ses capacités militaires sont réduites. 

Que peut-on faire de plus? Capturer Sinouar, tenter la libération d'otages par la force? Pénétrer dans Rafah et causer un drame humanitaire.

Non. La réalité est plus brutale: Admettre que l'éradication du Hamas ne se fera pas et accepter ses conditions pour obtenir la libération de tous les otages. Tous!! Pas seulement 40. Tous.

Mettre fin à cette illusion qu'on pourrait aboutir alors qu'après 6 mois, il n'y a plus d'avancée notoire.

Mais Netanyahu n'en veut surtout pas. Il ne veut pas arrêter cette guerre qui le met à l'abri d'une fin de carrière que tout un chacun lui promet.

Les manifestants l'ont bien compris et, en demandant la libération des otages et le changement de gouvernement, ils exigent implicitement le changement de paradigme: Accepter les conditions du Hamas ce qu'un autre gouvernement aurait certainement fait depuis longtemps.

On ne mène pas une guerre à outrance avec 134 otages entre les mains de terroristes. Tsahal a fait des miracles jusqu'à ce jour. Le mieux est l'ennemi du bien.

Ou alors cessons cette hypocrisie de négociations illusoires tirées en longueur. Hamas ne cèdera pas. Nous finirons par récupérer des cercueils. Il en sera alors fini du pacte sécuritaire.

Mais si nous cédons au Hamas, qu'aurons nous gagné? Quelques mois de calme relatif?

Parlons sécurité.

Netanyahu devait résoudre la délicate question de la mobilisation des juifs orthodoxes. Cette loi devait intervenir au plus tard le 1er avril 2024 et à défaut, leur mobilisation devait intervenir.

(Voir lettre 167) 

Il avait signé avec les partis religieux un protocole de coalition leur assurant la poursuite des exemptions et de très larges financements de leurs instituts.

Mais il a du reculer devant les dissensions au sein même de son parti le Likoud.

La question est critique: l’état-major réclame une augmentation du nombre de soldats. La conception d’une armée réduite mais avec des moyens de haute technologie s’avère elle aussi erronée.

Le 7 octobre l'a démontré.

Il devient impératif d’enrôler les jeunes étudiants des Yechivots (École talmudiques). Mais la plupart sont réfractaires et affirment préférer la prison. L’armée ne permet pas, à leurs yeux, de pratiquer leur foi et poursuivre l’étude de la Torah qui est le fondement de leur vie.

Et voilà relancée la fracture qui oppose juifs laïcs et juifs orthodoxes. Elle est profonde, violente.

Sur le plan économique, c’est une population dont 50% ne travaillent pas afin de se consacrer totalement à l’étude. C’est un manque considérable de main-d'œuvre et de revenus, carence pointée par le gouverneur de la banque d’Israël.

Ici aussi cette impasse politique est mis au passif de Netanyahu. Qu’on le veuille ou non, tous pointent contre lui un doigt accusateur.

Même au seing de l’armée, un officier supérieur (Goldfuss) avait osé tenir des propos à connotation politique jugés inconcevables. Il avait dit à l’adresse des hommes politiques: « Soyez dignes du sacrifice des soldats ».

Il serait le porte-parole de ces soldats réservistes qui découvrent en reprenant la vie civile combien la « basse politique »  pollue l’arrière.

Le slogan voulait que de façon égalitaire, "tous se placent sous le brancard pour sauver Israël". Une égalité devant la charge due à la nation notamment par la mobilisation militaire. Mais ceux qui sont seuls à supporter le brancard, estiment que dessus, il n'y a que Bibi!

L'enrôlement des jeunes étudiants des Yechivot n'est pas pour demain. Le gouvernement dispose d'un mois pour présenter un plan d'enrôlement. Puis la Cour Suprême devra se prononcer sur l'obligation de procéder à l'enrôlement mais des délais pourraient être accordés.

Par contre, les subventions sont dès à présent coupées. Le gouvernement cherche des solutions alternatives sinon sa chute menace.


Y a t il quelques bonnes nouvelles dans ce panorama détestable? 

Aussi surprenant que cela puisse paraître, c’est au sein de la population arabe que le calme règne malgré le ramadan. L’engrenage de violences initié par le Hamas n’a pas pris. Les fidèles se rendent dans le calme sur le mont du temple, en ce compris les Palestiniens autorisés à venir y prier malgré la guerre.

Pour une fois que la religion n'est pas cause de problèmes!


Commentaires

  1. Toujours aussi habile,et si tu écrivais dans le yediot?

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

Lettre 330 L’Iran frappée au cœur

Lettre 342 Du théâtre à la politique

Lettre 335 Finir la guerre à Gaza