Lettre 305 le silence assourdissant des otages
Un train passa. Des wagons à bestiaux dépassaient des têtes cherchant de l’air.
Un enfant voyant ce convoi demanda à sa mère: « Mais où vont donc ces gens? »
La maman réfléchit un court instant pour trouver la bonne réponse qui ne vint pas. Elle lança au hasard: « Ils vont à Pitchi Poï »
L’enfant trouva ce mot amusant qui évoquait pour lui un endroit festif. Pitchi Poï. Un peu comme Pinocchio.
Ce n’est que bien plus tard, lorsqu’il verra les images de la libération des camps qu’il comprendra que sa maman voulait lui épargner l’horreur. Car comment vivre dans la normalité quand d’autres vivent un enfer quotidien.
Et c’est bien ce que nous vivons chaque jour. La normalité. La guerre, certes, les alarmes parfois, mais peu de choses ont changé dans notre quotidien.
Comme on dit ici: « À Col Y Yié beseder ». Tout finira pas s’arranger. On ne peut effacer l’image des otages affichée à chaque coin de rue, sur chaque pont, représentée par des drapeaux ou véhicules accidentés peints en jaune, la couleur de l’anxiété, de la trahison, de la fragilité d’esprit, de la fatigue.
Trahison de ceux qui ont certes une pensée de tristesse à la vue de ces flashs mémoriels, mais qui ne font rien pour que ça finisse. Trahison d’un gouvernement qui refuse d’échanger les otages contre 1.000 terroristes qui ont du sang sur les mains.
Cet argument paraît sensé tant il est exact que pour libérer le soldat Shalit, Netanyahu a libéré 1.000 terroristes dont le trop fameux Sinouar qui a organisé le massacre du 7 octobre.
Mais manque t il de candidats pour perpétrer des attentats suicides parmi les enfants de Gaza? Déplacés, affamés, battus par les activistes du Hamas, enrôlés pour obtenir de quoi faire vivre leur famille. Nourris au biberon de la haine du sioniste.
Que vaut véritablement cet argument brandi comme une vérité biblique?
Le Hamas a diffusé une énième vidéo d’une otage que les parents ont peine à reconnaître. Comme le doigt coupé d’une personne kidnappée qu’on envoie aux parents pour preuve de sa vie et pour accélérer la versement d’une rançon à laquelle la police s’oppose.
Il est donc évident que le Hamas est demandeur à la transaction. Il espère que la pression des familles forcera la main de Netanyahu. Mais il persiste dans son exigence du retrait de Tsahal. Il demeure droit dans ses bottes.
Et Netanyahu persiste dans sa position de refus.
Enfin quelles sont les options.
1) Accord total. Tous les otages contre tous les terroristes et arrêt du conflit. Tsahal se retire de Gaza. Avec la menace de revenir après coup terminer le travail d’éradication du Hamas.
C’est prendre les vessies pour de lanternes. Le Hamas gardera toujours une partie des otages pour se prémunir d’une telle menace. Et nous reviendront à une guerre d’usure comme par le passé.
2) Accord partiel et par étapes. La liste établie il y a des mois par Israël contient 36 noms d’otages supposés vivants. Supposés. En fait une bonne partie est à réviser. Ils seront libérés au compte gouttes.
La vérité c’est que depuis des mois, on fait du surplace.
Après tant de temps, on peut soit en devenir fou, soit reléguer les images dans le subconscient.
L’oubli.
Comme ceux qui se donnent bonne conscience en déclarant « De toutes façons, ils sont tous morts depuis longtemps ». Une façon d’expulser le problème et d’expliquer pourquoi le Hamas ne voudrait pas d’une négociation puisqu’ils sont tous morts.
Ce couteau qu’on enfonce là où ça fait mal. Jusqu’à utiliser très sérieusement l’expression « libérer les otages, morts ou vivants ». Comment est-ce possible?
Accepter l’inacceptable.
Mais cela ne repose pas sur la tête de chacun de nous. Nous n’y pouvons rien. C’est un homme, un seul homme qui pilote cette horreur. Netanyahu. Vous savez celui qui demande à nouveau le report de son procès. Qui navigue en eau trouble pour tenir à flot une coalition qui bat de l’aile. Sur laquelle les nuages noirs s’amoncellent.
Qui se lève chaque matin avec l’espoir fou d’apprendre que cette nuit Tsahal a fait libérer 20, 50, 100 otages. Mais ce matin ne vient pas.
Alors, comme une martingale, Bibi joue toujours sur le même registre. Négocier, encore négocier. Tel le joueur invétéré qui mise toujours sur le même numéro au loto ou au casino. Il finira bien par sortir.
Mais on ne parie pas sur la vie des otages.
Sur leur douleur. Essayez de la quantifier sur une échelle de 1à 10. On ne quantifie pas le martyr.
Et le pire est encore à venir. Tsahal vient de découvrir deux corps d’otages décédés il y a un certain temps. Parce qu’il est clair qu’au fil des combats, des bombardements, les otages meurent avec leurs tortionnaires.
On estime à 30 le nombres d’otages décédés au cours des combats.
Les otages ont attendu vainement l’intervention de Tsahal le 7 octobre. Mais les soldats ne sont pas venus. Ils espéraient être libérés lors de la première transaction. En vain. Et depuis 450 jours, ils attendent qu’on vienne les sortir de leur trou. Et la aussi nous manquons pour la troisième fois à nos devoirs.
Mais ayons bonne conscience, une mini transaction est en cours. Elle permettra de faire libérer une poignée d’otages dits « humanitaires ». Comme si tous ne l’étaient pas. Et leur libération sera présentée comme une victoire, un soulagement, une fleur faite aux familles, aux âmes sensibles qui battent le pavé place des otages à Tel Aviv.
Cadeau empoisonné. Car s’il y a une trêve de quelques semaines, puis un temps mort avant de pouvoir renégocier la suite, ceux qui resteront captifs n’y survivront pas.
Passerons pas l’hiver!
Le pire c’est qu’une telle mini transaction aurait pu avoir lieu il y a plusieurs mois et éviter la mort de nombreux otages.
Autre horreur, c’est qu’il y a des gens très sérieux au Likoud, voire des députés, qui se taisent, ou pire, militent contre la négociation globale car menant à la fin de cette guerre. Cette option n’est pas sur la table.
Poursuivre la guerre pour éradiquer le Hamas jusqu’au dernier, au péril des soldats et en abandonnant les otages.
Occuper Gaza et punir ses occupants pour avoir commis l’incommensurable. Faire tomber sur eux les 10 plaies d’Egypte. Punition céleste. Les faire disparaître de la surface du globe. Bloquer toute l’aide humanitaire jusqu’à les forcer à fuir «Lekibénimate » (Insulte russe qu’il est de bon ton de ne pas traduire et qu’en hébreu on utilise comme « Qu’ils aillent au diable »)
En fait toutes les options sont sur la table, et Netanyahu comme le Hamas garde les cartes proches de sa poitrine. Le Hamas refuse de donner la liste des otages vivants, Netanyahu refuse de parler du « Jour d’après ».
Le brouillard complet.
La position de Netanyahu est somme toute très intelligente. Il ne prend aucune décision et conserve ainsi toutes les options possibles.
Et au final, est-ce à Israël de décider du sort des Palestiniens. Car enfin, nous sommes en guerre contre eux. Et parmi tous ceux qui prennent leur défense sur le plan moral, que font ils pour les prendre en charge? Sauf bien entendu critiquer Israël. Mais ni les pays arabes, ni les Européens ne s’investissent en rien pour trouver une issue au conflit. Ils ont bien compris que tant que le Hamas est présent, toute intervention physique est plus que problématique.
Mais après avoir fourni eau et électricité, nous devrions aussi prendre en charge ces deux millions qui nous haïssent.
Après avoir été agressés, nous devrions réparer!!
Et Biden qui voudrait arracher un accord avant de quitter la Maison Blanche, soutient qu’on a jamais été aussi proche d’un accord. Les familles y croient; la pression se porte sur Bibi. Va t il à nouveau les décevoir? Déjà de nombreuses familles n’y croient plus.
Selon Trump, il serait impératif qu’un accord aboutisse avant sa prise de fonction.
Sinon quoi?
Ce dernier fera plonger le Hamas en enfer ? Simple menace ou action militaire planifiée? Penchons pour la première option tant il n’est pas question pour Trump d’engager les boys dans ce conflit.
D’aucuns prétendent que cette menace pèse d’avantage sur Israël. Tordre le bras de Netanyahu pour l’amener à table.
L’Amérique de Trump aime les transactions rondement menées. Gagnant-gagnant.
Pour exemple:
Un Américain désargenté commande un Hot-dog sur la cinquième avenue. Au moment de payer, il demande si on peut lui faire crédit.
Le marchand lui explique: « Tu vois le gratte ciel en face, c’est la Chase Manhattan Bank. Nous avons un accord commercial ensemble. La banque s’engage à ne pas vendre de Hot-dog et moi à ne pas faire de crédit ».
Netanyahu s’obstine à ne pas se soumettre au dictat du Hamas lequel exige la cessation des combats, ce que la plus part des Israéliens souhaitent également.
On risque fort de n’avoir ni crédit, ni Hot-dog, ni otages ni éradication du Hamas.
Attendons donc l’arrivée du messie Trump.
Ses paroles, même les plus folles sont prises au sérieux. A n’en pas douter, elles n’ont aucun effet sur Sinouar frère. Il doit se tordre de rire.

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