Lettre 306 Les familles d'otages ont gagné

Et voilà que Bibi bascule dans le camp des gauchistes, des anarchistes, des défaitistes.

Il a suffit d’une algarade de Trump pour faire tomber les cartes. Mais pas seulement. Ce serait injustice que de lui accorder ce crédit, même si c’est ce que l’histoire retiendra au détriment de Biden.

Deux causes ont dicté cet accord du renoncement à la « victoire totale ».

La première, c’est le combat persistant des familles jusqu’à se liguer frontalement contre le gouvernement. Chaque jour, chaque heure, chaque minute, chaque seconde, elles ont fait battre le cœur des Israéliens au rythme de celui des ‘Hatoufim (Otages).

Et de ce combat sisyphéen, une icône est née. 


Eynav Zangauker. La porte parole des familles d’otages. Celle qui a osé l’impensable: Accuser 
en temps de guerre Netanyahu de sacrifier les otages pour de basses raisons politiques. De poursuivre une guerre sans fin, sans but, sans résultat.

Il lui en a fallu du courage. Mais sa voix a porté. Elle est devenue le porte parole de tout un pays. Nul n’a osé véritablement l’affronter.

La médaille d’or lui revient.

La deuxième cause rejoint quelque part la première: L’usure des slogans. La fatigue des soldats. L’épuisement du peuple à l’annonce publique des soldats morts au champ d’horreur (Outar le pirsoum = la publication a été autorisée)

Trois, quatre, cinq soldats chaque jour. Autant de familles, de destins brisés.

Personne n’a émis de critique. Mais le silence était pire que les mots. Chacun se disait en son for intérieur Daï (Ça suffit).

Silence assourdissant. Comme un « Stop The War » au Vietnam. Alors, là-bas aussi les cercueils ont parlé. Le choc des photos plutôt que le poids des mots.

Trump, c’est l’âne de Bilam qui s’est mis en travers de la route de Netanyahu.

La médaille en chocolat leur revient à tous deux de droit!

Les principes moraux ont vaincu. Ils sont comme la bouée que l’on voudrait plonger bien profond pour la faire disparaître mais qui finit toujours par remonter à la surface. Archimède comme une évidence. Une priorité qui finit par s’imposer à tous, même à ceux que l’esprit de vengeance aveuglait.

Trump a allumé la lumière. Fiât Lux!!

La guerre est un moyen d’aboutir à un objectif, pas une fin en soi.

Après le 7 octobre, les objectifs étaient contradictoires: Éradiquer le Hamas et libérer les otages.

Pour faire coïncider ces deux objectifs, Netanyahu a planté dans la tête des Israéliens sa stratégie selon laquelle la pression militaire permettrait de faire libérer les otages. Et il a fait pleuvoir sur Gaza un déluge de feux et le sangs d’une ampleur équivalente aux bombardements alliés sur Dresde en 1945.

Le Hamas a plié sous la charge en acceptant après 50 jours de libérer 110 otages contre une trêve de 60 jours.

A cet instant, nous étions encore sous l’émotion du massacre du 7 octobre, et le sentiment de vengeance dominait nos esprits, reléguant la question des 150 otages restants au second plan. 

La guerre a repris de plus belle.

Nous avons perdu de vue deux choses essentielles: 

* La perte du soutien international provoquant une montée de l’antisémitisme sans précédent

* L’abandon du pacte de normalisation avec l’Arabie Saoudite, pacte que l’attaque du 7 octobre avait précisément pour but de faire échouer.

Et un an plus tard, nous en sommes au point d’accepter ce que nous refusions alors: Achever la guerre sans avoir éradiqué le Hamas, quitter Gaza sans avoir mis en place un régime de remplacement, libérer « des » otages sans savoir qui est mort ou vivant.

Un an de guerre pour quel résultat: Un Hamas certes affaibli considérablement contre 400 soldats sacrifiés et la moitié des otages morts.

Ceux qui prétendaient alors que Bibi poursuivait cette guerre pour des raisons de survie politique pourraient s’en enorgueillir, mais ils ne le font pas.

Par respect pour le sacrifice de ces 400 soldats?

Ce qui est sur, c’est que le bilan est mitigé. Car il démontre à coup sûr que le mantra initial « seule la pression militaire permettra de libérer les otages » a pris l’eau de façon magistrale. Encore une conception erronée mais qui coïncidait si bien à la volonté de Bibi de demeurer en guerre jusqu’à la fin de son mandat (2026).

Par contre, il devient tout aussi évident que cette pression militaire a tué des otages. Comment pouvait il en être autrement puisqu’ils sont détenus comme bouclier humain.

Le bilan: Trois otages abattus par erreur contre trois autres libérés dans une opération exemplaire mais qui a mobilisé une centaine de soldats avec des dizaines de victimes collatérales.

Et un autre mantra que vous n’avez lu que dans ces colonnes: « On ne fait pas la guerre avec 250 otages entre les mains de terroristes ».

L’histoire jugera s’il eut été ou non préférable de suivre le plan Biden et libérer tous les otages à la première négociation en revenant à la normalisation avec l’Arabie Saoudite.

La vérité c’est que le peuple n’était pas encore prêt à renoncer à l’esprit de vengeance et Netanyahu était empêtré dans une coalition de droite extrême qui refusait de libérer des milliers de terroristes.

Et elle doit accepter aujourd’hui ce qu’elle refusait hier. Accepter la fin de la guerre? Accepter la présence du Hamas? Bref reconnaître sa défaite? 

Pour quelle contrepartie? L’annexion de la Judée Samarie? D’aucuns prétendent que Trump y serait prêt.

Il est tragique de constater que la meilleure armée du Moyen Orient est incapable d’éradiquer une organisation terroriste qui renaît tel le Phénix après chaque frappe létale. 

Qui ne manque pas d’armements malgré tout les blocus. Qui mobilise encore et encore de nouvelles recrues pour ne jamais hisser le drapeau blanc.

Son arme? L’idéologie. Indestructible. Aucune arme n’y vient à bout. Les Américains ont payé cher pour le savoir en Afghanistan et en Irak.

Notre ennemi est un cancer qui résiste à toute thérapie. S’il en fallait une preuve, Gaza et ses 700 km de tunnels en sont l’incarnation.

Il n’y avait donc qu’une solution: Le rouleau compresseur et la terre brûlée. Raser gratis sur toute la surface. « Tuez les tous, Belzébuth reconnaîtra les siens! ». (1209, Arnald Amalric lors de la croisade des Albigeois) Ce que la France avait tenté de faire sans succès en Algérie.

Et comme le définissait si bien ce cher Albert, la folie c’est de refaire chaque fois le même chose en attendant un résultat différent.

Mais l’ibris israélien voulait défier les lois fondamentales. Car parfois ça marche!

Et nous voici à la veille de deux événements qui devraient nous réjouir: La prestation de serment de Trump et le retour des premiers otages. Le 20 janvier 2025. Jour béni?

Attendez vous à des images bien pénibles. Car Israël est suspendu à la liste des morts et des vivants comme les lycéens le jour des résultats du bac. Mais sans rattrapage.

Pour les vivants dans quel état? Debout. Sur des brancards. Agonisants. Pour les morts, accord tardif et remords éternels. Ce cortège de la joie et du désespoir va se prolonger quelques semaines. Le loto à la roulette russe.

Mais attention, cette plaie des otages ne se refermera pas avant longtemps. La première émotion passée laissera place aux règlements de comptes. Nous savons tous que cette négociation aurait pu se régler dès le mois de mai 2024.

Netanyahu le sait, il le craint. Ce n'es pas Ben Gvir qui le fera tomber mais la plaie béante des otages.

Et que gagnons nous?

Si la guerre ne reprend pas en fin de première phase, chacun reprendra son souffle. L’économie repartira de plus belle. Les Palestiniens reviendront travailler. Le soufflet antisémite retombera. Ben Gvir démissionnera. Les Houties cesseront leurs tirs. Trump mettra son plan de paix en œuvre.

L’enquête publique sur les responsabilités du vendredi noir s’ouvrira. Bref, Israël va tenter de combler le fossé social qui le ronge.

Quand le Mohican s’égare, il revient à l’endroit où il s’est trompé.

Pour nous, c’est revenir au 7 octobre et commencer par libérer les otages. C’est la seule priorité. Le reste viendra plus tard.

Et dans l'immédiat, il faudra bien s’accommoder d’une guerre larvée perpétuelle. Le Hamas ne disparaitra pas n'en déplaise aux propos rassurant des Américains. 

Car nous non plus nous ne disparaîtrons pas.

Et on verra bien qui aura le souffle le plus long dans ce marathon centenaire.

Sans blaguer.

Deux Africains s’entraînent à la course à pied. L’un demande au second pourquoi il redouble tant d’efforts. 

« Pour échapper au lion »

L’autre: « Mais il court plus vite que nous! » 

Réponse: « L’essentiel c’est que je te dépasse! »

Il y a mille fois plus de marathoniens en Israël qu’en Palestine. 


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