Lettre 317 Chabbak contre Netanyahu
Nous entrons ici au cœur du saint des saints.
Il y a trois postes clé de la démocratie israélienne qui sont en danger: le président de la cour suprême, la conseillère juridique du gouvernement et le chef du Chabbak (Service de sécurité intérieure et de contre-espionnage appelé aussi Shin Beth).
Trois personnes qui tiennent tête à Netanyahu et qu'il a décidé de remplacer pour nommer des personnes de son cru.
La question parait essentielle. La démocratie serait en danger!
Et voici que trois autres personnalités ont fait des déclarations cinglantes au sujet de Netanyahu.
Ehud Olmert, ancien premier ministre a déclaré que "Netanyahu a perdu son frère (Décédé dans l'opération Entebbe) et s'est servi de sa dépouille comme plateforme pour construire sa carrière publique et politique".
Bon.
Bougi Yaalon (Ancien ministre du Likoud), a déclaré: "Des sources d'informations à vérifier par enquête soutiennent que Netanyahu a également perçu de l'argent du Qatar, 15 millions en 2012 et 50 millions en 2018, le tout selon des documents des services de renseignements des Emirats".
L'accusation est d'une gravité extrême et provient du fait que de sources sûres, des membres du cabinet personnel de Netanyahu ont été infiltrés par le Qatar et ont été payés pour améliorer l'image de ce pays notamment pour obtenir le Mondial.
C'est le "Qatar Gate" dont le Chabbak est saisi.
Nadav Argeman, ancien chef du Chabak, a menacé Netanyahu: "Si le gouvernement viole la loi, je dirai tout ce que je sais".
Il visait principalement le renvoi prévisible du chef du Chabak Ronen Bar, de la conseillère juridique et la réforme judiciaire comme atteintes majeures à la démocratie.
Netanyahu a porté plainte directement auprès du chef de la police pour menaces, mais sans passer par la conseillère juridique du gouvernement, seule compétente pour décider de l'ouverture d'une telle enquête.
C'est le cœur du réacteur nucléaire qui menace d'exploser. Pas moins que ça!
Voici en substance l'interview donnée par Nadav Argeman à la chaine 12.
"Ronen Bar a pris ses responsabilités (Sur la catastrophe du 7/10) et doit démissionner.......Mais je pense que c'est ce gouvernement qui a échoué le 7/10, par cette stratégie qu'il a construite; il ne peut pas être celui qui va désigner le prochain chef du Chabbak.....Je crains que ce serait une désignation politique, orientée......C'est une question de principe".
"Le Chabbak dispose d'une puissance considérable. Un gouvernement qui prendrait un tour antidémocratique pourrait se servir de cette force dans son seul intérêt."
"Le Qatar est un pays ennemi, principal financier du Hamas depuis 10 ans....Il a permis au Hamas de construire une armée terroriste. Si par malheur il a réussi à prendre prise sur le cabinet du premier ministre, et d'influer sur lui, sur sa politique envers le Hamas, sur la question des otages en particulier, ce serait une catastrophe que je n'espère pas."
"Rien ne se passe au sein de ce cabinet sans que Netanyahu le sache et l'autorise. Je pense que le premier qui aurait du exiger une enquête (sur le Qatar Gate) c'est Netanyahu lui-même. Il est inquiétant qu'il ne l'ait pas fait."
Et c’est au moment même où cette enquête du Chabbak démarre que Netanyahu veut limoger son chef!
Concernant l'argent du Qatar:
" Israël voulait que le calme règne à Gaza et cherchait un moyen pour faire passer de l'argent que l'Autorité palestinienne bloquait. Le Qatar a accepté. J'ai considéré que c'était une grave erreur. Je l'ai déclaré à chaque occasion. Mais Netanyahu était pour et il l'a autorisé..... On savait qu'un jour où l'autre, ça nous éclaterait à la figure. Que ça renforçait le Hamas. Le premier ministre le savait, le gouvernement le savait, cette situation a été démontrée plusieurs fois. Tous savaient concernant les tunnels."
"Le Chabbak avait préparé un plan d'attaque préventive (d'élimination des dirigeants du Hamas) qui a été présenté au gouvernement, mais il ne l'a pas autorisé. Nous aurions pu nous trouver dans une situation très différente."
Sur la question des otages.
" Il faut arrêter de se casser la tête. La guerre à Gaza est terminée depuis longtemps, le calme est revenu et il y a une trêve. Nous avons arrêté le combat mais nous n'obtenons pas la libération des otages. Nous perdons de tous les côtés. Nous avons annihilé le Hamas comme force armée, mais nous lui permettons de diriger Gaza en n'apportant pas un remplaçant. Nous devons nous retirer de Gaza en gardant un zone de sécurité, abandonner le couloir de Philadelfi. Le passage de contrebande était Rafi'ha qu'il faut conserver. Il faut accepter de déclarer la fin de la guerre et récupérer les otages. Gaza sera une sorte de Judée-Samarie. Nous devrons encore combattre le Hamas et en fin de compte les seuls qui peuvent gérer Gaza sont des technocrates et l'autorité palestinienne".
Sur la relation avec le pouvoir.
"Il y a une intimité importante entre le chef du Chabbak et le premier ministre........Il est clair que je dispose de nombreuses informations dont je pourrais faire état mais je m'en abstiens.... Mais si je m'aperçois que le gouvernement d'Israël, ou si je déduis que le premier ministre décide d'agir contre la loi, je n'aurai pas le choix, je dirai tout ce que je sais, tout ce que j'ai retenu à ce jour par respect pour ce lien intime".....
Cette phrase a mis le feu aux poudres.
"Nous ne nous promenons pas avec une machette menaçante. Si nous considérons que nous savons des choses qui menacent la sécurité nationale, nous en ferons usage selon la loi."
"Je suis très inquiet du fait que le premier ministre porte atteinte à la société israélienne, la divise pour régner. Je pense que ce gouvernement doit tomber, qu'un nouveau gouvernement soit désigné, aussi large que possible."
En réaction à ce réquisitoire, Netanyahu accuse Nadav Argeman d'avoir passé une ligne rouge. "Jamais dans toute l'histoire d'Israël et de la démocratie un chef du renseignement secret n'a usé de menaces et chantage en diffusion directe contre le chef du gouvernement."
En réaction, il a décidé de limoger Ronen Bar pour perte de confiance. Ce dernier a pris plusieurs fois position contre sa politique.
Netanyahu l’a dégagé de l’équipe de négociation qu’il dirigeait pour n’avoir pas respecté les consignes.
Il a déclaré que son renvoi serait illégal et qu’il ne doit fidélité qu’à la nation et non au chef du gouvernement.
Le chef de l’opposition Yaïr Lapid a déclaré que si la perte de confiance est un motif légitime de renvoi, Bibi doit partir puisqu’il a perdu la confiance du peuple.
Benny Ganz a appelé le peuple à sortir dans la rue pour défendre la démocratie.
La conseillère juridique du gouvernement a émis des réserves sur la légalité de la décision de Netanyahu lequel a annoncé de mettre sa menace à exécution mercredi.
Mais ne serait il pas en conflit d’intérêts en limogeant celui qui enquête contre lui?
Et il est assez évident qu’elle sera la prochaine sur la sellette.
Des recours devant la cour suprême sont déjà annoncés. Tant qu’elle n’aura pas statué, la décision de limogeage sera suspendue. Et tous suspendu à cette décision que le gouvernement pourrait refuser de respecter.
Va t on tout droit vers un conflit ouvert des institutions. Autant dire que la situation est gravissime. Des langues vont se délier. Chaque démission ou limogeage va être suivi de déballage contre Bibi.
Un dérapage pourrait allumer la mèche. Pour éviter que l’armée ne s’en mêle, le retour à la guerre va certainement être activé. Pour des raisons politiques?
Une seule conclusion: Tous ceux qui ont été à l'origine de près ou de loin de cette catastrophe du 7/10 doivent dégager. Ils devaient le faire le 8/10. Ils sont toujours là.
Netanyahu voudrait renvoyer ceux qui le dérangent et demeurer au pouvoir. Comme Trump, Poutine et d’autres potentats au pouvoir depuis des décennies. Le sort de la démocratie israélienne est à un tournant. Les jours à venir seront déterminants.
Mais quel gâchis.
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