Lettre 321 Le Métro de Gaza
Le danger vient du Nord.
(מין הצפון תפתח הרעה)
Cette affirmation biblique laissait entendre que le Hezbollah armé jusqu’aux dents et installé durablement au Sud Liban représentait une menace existentielle.
Et c’est tout le contraire qui s’est produit. Le Hezbollah est détruit de l’intérieur sans véritables combats. La fronde de David a terrassé Goliat grâce à l’explosion des bippers.
Au Sud, le Hamas de Gaza résiste. L’armée la plus puissante du Moyen-Orient peine à en venir à bout.
Voyons pourquoi.
Une guerre asymétrique engage des forces inégales donc utilisant des moyens diamétralement opposés qui tendent à l’équilibre.
Le Hamas savait qu’il ne pouvait résister aux chars et avions israéliens. Il a donc construit un réseau souterrain estimé à 750 km avec des espaces de vie, de fabrication d’armes et de stockage. Une sorte de ligne Maginot s’inspirant de la stratégie du Viêt-Minh qui a vaincu la puissante armée américaine.
La seconde arme, bien plus puissante, réside dans la prise d’otages avec menace de mise à mort. Mais le pire, c’est que les otages sont la protection des tunnels. Impossible de les détruire sans les mettre en danger.
L’incursion de 7/10 avait pour corollaire accessoire mais impérieux la capture d’hommes, femmes et même enfants. Un capital survie. Une carapace pour les tunnels.
L’opération Atlantis menée par Tsahal avait pour but de noyer les tunnels en injectant de l’eau de mer à haute pression. Mais les résultats furent décevants. D’une part en raison de leur longueur et profondeur. L’eau semblait se perdre dans la nappe phréatique. D’autre part, on ignorait tout de la présence d’otages, leur mode de détention, et leur possibilité d’échapper aux inondations. Les premiers essais devaient permettre d’abattre les terroristes fuyant par les orifices. Il n’en fut rien. Faute de résultats tangibles, l’opération Atlantis fut rapidement abandonnée.
Et pour compléter cette stratégie du pot de terre, la mise en otage de la population dont il a la charge. Plus elle souffre, plus elle meurt, plus cette arme se retourne contre le fort, le trop puissant. Celui qui utilise des moyens disproportionnés. Le coupable. Le génocidaire.
La faiblesse de l’armement est compensée par une guerre psychologique, frappes aveugles sur la population, usages de sites civils protégés et inviolables. L’ambulance ou le véhicule de l’UNRWA comme moyens de circulation.
Bref, tout le contraire de ce qui est inscrit dans la convention de Genève. Une guerre de hors la loi.
C’est la logique du terrorisme élevé au niveau d’une guerre totale et sans restriction aucune.
Mais de quoi parlons nous?
D’un territoire exiguë, une enclave, une langue de 40 km par 10. Une superficie 365 km2 soit 50 fois moins que la Moselle ou 1/3 de Paris. Presque rien. Un mouchoir de poche.
Et après 18 mois de durs combats entrecoupés de trêves et d’escarmouches, tout reste à faire.
Aux dernières nouvelles, la vérité n’est pas celle des affirmations péremptoires de nos chefs de guerre. Nous sommes bien loin de l’éradication militaire du Hamas.
Et pourquoi?
Le Métro de Gaza est toujours opérationnel. Seuls 25% des 750 km de galeries seraient détruits. C’est tout. Et les milliers de terroristes abattus auraient été remplacés. Mais, comme il y a 18 mois, nous n’avons jamais été aussi prêts de la « victoire totale »!
Il faut encore y croire. Un nouveau chef d’état major; un nouveau ministre de la défense; et toujours ce bon vieux Bibi comme dans la blague du perroquet (Sic). On change les têtes et on repart au combat comme en 14.
Car c’est le seul moyen pour libérer les otages, pression militaire oblige.
Mais ces deux impératifs étant contradictoires, on ne peut obtenir ni l'un ni l'autre, du moins complètement.
Alors regardez bien.
Même discours, mêmes priorités. Mêmes résultats. Einstein l’a prouvé. Mais à chaque fois qu’il partait naviguer sur le lac de Zurich avec son petit voilier, il était incapable de revenir. Il fallait appeler les secours pour le ramener à bon port. Ça c’est la vérité vraie.
Mais comme tous s’accordent à placer la libération des otages en première priorité, le gouvernement semble acquiescer et légitime ainsi la continuation de cette guerre sans fin.
Mais à la condition implicite mais expresse que les accords de libération n’entravent pas la sacro-sainte finalité de l’éradication du Hamas. Cette soumission qui ne vient pas. Comme si cette priorité primait tout pourvu qu’elle n’arrive jamais. Un état de guerre sensé mobiliser le peuple autours de ses dirigeants.
Mais voilà; le jouet est cassé. Le peuple n’y croit plus guère et s’interroge. Mais que fait donc Tsahal?
Pas de son, pas d’images.
Le nouveau porte-parole de l’armée est invisible, les journalistes ne reçoivent que des informations laconiques. C’est la nouvelle politique du nouveau chef d’état-major Zamir. Moins on en dit, moins il y a de critiques. Bref, la muette comme au bon vieux temps d’Alfred D.
Diverses hypothèses dominent. La division qui gangrène le peule s’est infiltrée au cœur de l’armée. Le petit soldat appelé au front pour la quatrième, cinquième fois en a ras le casque. Quelle stratégie? La même que celle qui n’a pas fonctionné depuis 18 mois!
Que fait-on encore à Gaza?
Un petit bataillon manœuvre dans Gaza sans rencontrer de résistance. Les terroristes aux abonnés absents! Planqués dans les tunnels. Il n’y a aucun combat donc pas de victimes. Ça vaut mieux par les temps qui courent. Le peuple ne le supporterait plus. Israël n’est pas construit pour des guerres longues.
Pourquoi si peu de forces. La mobilisation des troupes se heurte à un refus poli, justifié, comme dans la blague de l’hélicoptère de la croix rouge venu vous sauver: Non merci, j’ai déjà donné!
Tsahal peine à recruter. De trop nombreux réservistes sont réfractaires. L’insoumission revient. Car voilà que l’élite de l’élite, les pilotes de chasse reprennent le flambeau du refus de servir un gouvernement qui assassine la démocratie. Mille officiers supérieurs, actifs ou retraités, ont signé une lettre dans laquelle ils exigent la libération des otages et vont jusqu’à contester la légitimité d'une guerre qui n’aurait que des fins politiques.
Ils ont été rejoints par 150 officiers de la marine. Le mouvement de protestation se répand. L’unité prestigieuse de renseignements 8200 se joint aux protestataires. Ils ne seront pas les seuls.
Vous avez bien lu et pas la berlue! Mais où sommes nous? Ça c’est pas Israël!!!
Et pourtant. Il y a bien quelque chose de cassé! Comment osent-ils?
Le nouveau chef d’état-major Zamir ne l’entend pas de cette oreille: « Pas de ça chez nous! Pas de politique dans Tsahal». Les réfractaires actifs ont aussitôt été renvoyés. Comme si l’abondance d’effectifs le permettait.
« Allez donc mobiliser les réfractaires religieux que vous exemptez » lui a t il été répondu.
Et voilà que les réservistes de l’armée fondent un nouveau parti: Au drapeau. Avec pour lite motif « Restart ». Les renvoyer tous, politiques, juges, chefs de tous bords. Un coup de balai! Pour mettre en place une politique égalitaire et avant tout, de l’incorporation. Un sionisme épuré des scories d’un « establishment » qui n’a que trop duré. Ils visent les 30% de non-votants orphelins de tout parti, ceux qui disent « tous pourris ». Entre autres, ils veulent limiter à deux le mandat de premier ministre, mettre en place une constitution.
Le gouvernement n’écoute pas les doléances du peuple qui voudrait une suspension de la réforme judiciaire, la cessation des révocations et surtout, mais surtout, la libération des otages. Maintenant!
Ce n’est pas que la guerre soit trop longue qui gêne tant le peuple. C’est que des soldats aient été capturés en pyjama parce que des hauts responsables ne les ont pas alertés d’une possible attaque. Que les milliers de festivaliers de la fête de la Nova n’aient pas été également alertés et renvoyés dans leur foyer au petit matin. Et qu’on les abandonne à l’enfer terroriste. Alors que faute d’enquête publique, ces hauts responsables n’ont pas été mis en accusation.
Car l’esprit de vengeance qui dominait après le 7/10 est retombé. Il a laissé place à une insupportable souffrance de chaque jour, chaque heure, chaque minute, l’absence des otages est prégnante.
Et les prétendues négociations qui se perdent dans les sables de Gaza ont un goût amer. Une couleuvre que tous voudraient oublier.
Un éleveur de poules découvre un matin que 20 d’entre elles sont mortes. Il s’adresse à son rabbin pour qu’il lui préconise un remède.
« Mets les au régime »
Le lendemain il a perdu encore 20 poules. Il s’adresse à nouveau au rabbin.
« Redonne leur à manger mais sans eau »
Le lendemain même scénario.
« Rabbin as tu encore une solution à me proposer? »
« Certes, des solutions, j’en ai à profusion. Mais as tu assez de poules? »
Les otages sont dans la même situation.

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