Lettre 322 Netanyahu otage de la guerre

 Jusqu’à quand?

Il est des heures où un peuple doit s’interroger sur la route qu’il veut emprunter. Avec quel dirigeants, quelle politique, quelle idéologie.


L'argent du Qatar pour calmer le Hamas 
(Création ChatGPT)

La campagne électorale s’est ouverte ce samedi avec une allocution enregistrée du premier ministre. Celui qui dirige les destinées du pays depuis 15 ans.

Il a martelé le même mantra qui est le sien depuis 18 mois: Éradiquer le Hamas, priorité qui est à « portée de main ».

Comme si ses 25.000 terroristes allaient un beau matin défiler drapeau blanc en tête, en jetant leurs armes face aux soldats israéliens auréolés d’une victoire sans précédent.

Mais cette image d’Epinal vous ne la verrez pas.

Pourquoi?

Parce qu’une organisation terroriste ne se soumet pas. Telle l’anguille, elle se glisse dans la population pour mieux ressurgir à chaque occasion pour frapper la où on ne l’attend pas.

C’est tellement évident que ça crève les yeux. Mais voilà que l’on vient de réinventer le fil à couper le beurre!

Netanyahu a déclaré « Je ne me soumettrai pas aux exigences du Hamas ». Et il sous-entend ici « pas plus qu’aux exigences affirmées des familles d’otages soutenues par un quarteron de militaires en retraite ». Ceux la mêmes qui ont signé la pétition demandant la libération immédiate de tous les otages, même au prix de la fin de la guerre.

Pour l’Algérie, De Gaulle avait tenu bon. Mais il était soutenu par le peuple. Le référendum lui avait donné raison et l’Algérie était sortie du giron de la France.

Combien de temps Netanyahu tiendra contre la volonté du peuple?

Car c’est bien le rôle d’un grand timonier: Savoir diriger son peuple vers la bonne solution, même si elle paraît à priori irréaliste. Mais il doit avoir sa confiance, son soutien, son appui inconditionnel.

Sinon tu oublies!

Et nous y sommes.

On peut résumer ainsi la situation: À Gaza nous avançons « Full Gaz » mais avec le frein à main serré. Donc un quasi « sur place » depuis 18 mois. Il y a des raisons à ça. Pressions internationales, trêves pour libérer des otages, manque cruel d’effectif.

La n’est pas la question.

La réponse se trouve au niveau politique.

Netanyahu n’accepte pas que le Hamas subsiste comme dirigeant de Gaza. Applaudissements!

Mais qui veut-il mettre à la place? Vide sidéral.

Et surtout pas le seul candidat en lice: l’Autorité palestinienne.

Il a tout fait depuis 15 ans pour l’affaiblir et renforcer le Hamas avec l’argent du Qatar.

Ce qui implique l’occupation militaire en attendant mieux. Mais ce scénario est connu. C’est une guerre d’usure sur sept fronts et des morts au quotidien.

Personne n’en veut. Personne ne financera la reconstruction de Gaza en cas d’occupation. Tout sera à notre charge, sous notre responsabilité. C’est une Judée-Samarie bis. Un camp de réfugiés à ciel ouvert qui nous condamnera sans appel.

La solution égyptienne avec une force internationale est une lubie. La libanisation de Gaza avec un retour au pouvoir du Hamas à court terme.

Pendant toutes ces années, Netanyahu s’était accommodé du Hamas comme force politique d’opposition à la création d’un État palestinien. Le terrorisme comme antidote. Rendant impossible toute discussion avec une telle organisation. Cette politique a très bien fonctionné, mais le Golem lui a explosé à la figure. Le monstre s’est retourné contre son créateur.

Il faut donc le terrasser! Pourquoi cette conviction?

Pour qu’on ne puisse pas lui reprocher de l’avoir créé, de l’avoir favorisé, de l’avoir préféré.

Grâce au Chabak, Tsahal a éliminé tour à tour tous les hauts responsables militaires du Hamas. Mais cette organisation est toujours en place et s’adapte. Tel le phénix. 

Alors que peut on faire que l’on a pas réussi depuis 18 mois? Bonne question, m….. Vous connaissez la suite!

Alors c’est un retour aux sources. L’agenda de Netanyahu. Tenir, tenir, tenir encore. Espérer que les obstacles internes tomberont. Réformer la police, le Chabak, l’armée, la justice. Désigner des Yes Man dans tous les postes sensibles, mettre fin au procès infamant, se présenter dans les meilleures conditions aux élections prochaines.

Car la campagne électorale a commencé.

Alors si on peut libérer 10 otages, 9,8,7,6,5. C’est toujours bon à prendre. Une libération par semaine et on gagne quelques mois. Le magicien est de retour. Le Golem est oublié.

Mais soyons clair.

« Libérez les tous maintenant! »

Aucune chance. Ni tous, ni maintenant.

Il fallait être bien naïf pour l’imaginer. Netanyahu a vu juste sur cette question. Le Hamas joue avec nos nerfs lorsqu’il fait cette proposition. Car il la signera sur papier timbré, nous sortirons à nouveau de Gaza, nous libérerons des milliers de terroristes, mais le Hamas gardera dans ses tunnels 10 bons otages, 10 soldats.

Comme assurance tous risques. Netanyahu a bien signé un accord qu’il n’a pas respecté en refusant la phase B qui prévoyait la libération de tous les otages.  

Alors à chacun le sien!

Et le Hamas jouit toujours de la même aide involontaire émanant des opposants au régime, à la guerre, à la politique anti démocratique.

Si l'union fait la force, la division affaiblit.

Cette fracture rebondit à l’occasion du limogeage annoncé du chef du Chabak Ronen Bar lequel a été entendu par la cour suprême. Elle doit statuer sur la légitimité de son éviction qu’elle a suspendu provisoirement. 

Il porte de très graves accusations contre Netanyahu. 

N’en prenons qu’une seule, la plus marquante.

Il lui aurait demandé dans l’hypothèse d’un conflit avec la cour suprême qui pourrait par exemple le déclarer en incapacité de gouverner, d’obéir à ses ordres et de ne pas respecter les arrêts de cette haute juridiction. De lui être personnellement fidèle et d’ignorer la loi. De transformer ainsi le Chabak en police politique « aux ordres ».

La fidélité. Servir. Beaucoup ne verrons aucune entorse à la demande de Netanyahu. Surtout s’ils admettent que les décisions de la cour suprême violent le choix démocratique sorti des élections.

Les gardiens de la démocratie y verront un danger imminent d’atteinte grave aux libertés fondamentales. Et le choix du futur chef du Chabak devient une question de principe.

On sait que Ronen Bar va partir. Il l’a annoncé. Son départ pourrait sonner le glas d’un espace autonome dévoué à la nation, et devenant une arme efficace aux mains d’un pouvoir en difficulté.

Les anciens se souviennent des « Renseignements généraux » connu sous ses initiales les RG de sinistre mémoire. Ce service policier spécial enquêtait et montait des dossiers sur les citoyens « suspects d’opposition » au régime. Il fut dissout en 2008 pour fusionner avec la DST pour devenir le DCRI puis la DGSI, service de la sécurité intérieure.

Le Chabak a pour mission principale d’assurer la sécurité intérieure du pays. Il connaît tous les secrets qu’il partage avec le gouvernement. Mais il doit savoir faire application de la théorie des baillonettes intelligentes. Et faire preuve d’indépendance pour remplir toutes ses missions, mais rien qu’elles, sans compromission.

Un dernier bastion est prêt à tomber. Si les accusations de Ronen Bar se révèlent exactes, le peuple n’est pas prêt de se réconcilier.

Netanyahu le sait. Mais il construit sa prochaine victoire aux élections. Il faut donc que tous ceux qui ont mouillé dans le fiasco du 7/10 disparaissent. Qu’ils soient remplacés. 

Tous sauf lui.

Lui qui n’a reconnu aucune responsabilité. Et qui pense sérieusement pouvoir diriger un pays contre son peuple, ses élites, ses financiers.

Jusqu’à quand?

Un commerçant revenait du Sentier (Quartier commerçant de Paris tenu par des grossistes Juifs) avec de la marchandise qu'il avait sélectionnée. 

Le soir même, il déballe les colis et sa femme observant d'un œil suspicieux lui déclare "Comment as tu pu acheter ces rossignols!"

Le commerçant alla se coucher rassuré. Il savait qu'il avait acheté de la bonne marchandise et qu'elle se vendrait comme des petits pains.

L'avis de sa femme était constant. Elle avait un talent caché. Celui de toujours critiquer son mari au premier jet.

Mais le lendemain en déballant la marchandise sur l'étalage, le ton avait changé. C'était SA marchandise, donc la meilleure, la plus belle. La recette fut à la mesure. Non parce que son mari était un bon acheteur, mais parce qu'elle était une excellente vendeuse.

Quel rapport?

Netanyahu a une très mauvaise marchandise à nous proposer, mais c'est à coup sur un excellent vendeur.


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