Lettre 323 Le prix humain de la guerre
Le monde entier souhaite la libération des otages. Vœux pieux. Aucun levier contre un régime terroriste. Alors on pérore, on s’abreuve d’incantations, on se donne bonne conscience.
En Israel la question est devenue virale. 70% des sondés se prononcent pour leur libération à tout prix. La guerre peut bien attendre. On fera la peau du Hamas après.
Super!
Mais quand il est question du prix à payer, les convaincus hésitent. Bégayent.
Reprenons les conditions du deal que beaucoup ont perdu de vue.
Le Hamas n’a qu’un seul objectif: demeurer le maître à Gaza. Il propose donc une trêve. Pas la fin de la guerre, encore moins la paix.
Horreur et damnation!
Une trêve pour se reconstituer et reprendre son Djihâd en temps opportun.
Il dispose de la monnaie d’échange: Les otages.
Mais ses exigences n’ont pas bougé d’un iota malgré la pression militaire. Échange de tous les otages contre tous les terroristes emprisonnés, retrait total de Tsahal y compris des axes stratégiques et de la zone tampon. Engagement international de maintien de la trêve. Le monde entier pour protéger le Hamas contre des frappes israéliennes. La belle affaire!
A chaque entorse se posera la question de la responsabilité et de la proportionnalité de la réplique.
Et de notre côté?
Netanyahu se trouve toujours dans la même configuration qu’on pourrait résumer par « Je voudrais bien mais je ne peux point ». Sa droite extrême lui impose de refuser un tel deal sous peine de faire tomber le gouvernement.
Alors on envoie des négociateurs avec mandat de revenir les mains vides. A moins que Hamas accepte une libération partielle. Il serait question de 5 otages morts ou vifs sur une période de trêve de 50 jours. Netanyahu en exige 10 comme s’il avait les cartes en mains. C’est le kidnappeur qui fixe le montant de la rançon. Pas l’inverse.
Donc on temporise, on frappe fort, encore plus fort et on espère que l’adversaire cédera dans ce bras de fer où chaque jour qui passe est un jour d’enfer de plus pour les otages.
La déception vient de Trump. Il a varié dans ses positions. Ni portes de l’enfer, ni action positive. Il laisse carte blanche à Israël. Il a donc parlé pour ne rien faire.
Mais attention, il risque de perdre tout crédit. Des menaces en l’air sont un « one shot ». Il a menacé l’Iran de bombardements. On sait bien que l’Amérique ne veut plus s’engager au Moyen-Orient. L’Iran le défie. Il finit par engager une négociation perdant-gagnant car son fusil tire des balles à blanc.
Voyons la situation sur le plan militaire.
Mauvaise nouvelle. Israël peine à mobiliser ses troupes. Le pays n’a jamais eu à affronter une guerre aussi longue. Les réservistes qui ont été appelés à 4 reprises n’en peuvent plus, vie de famille détruite, perte d’emploi, déroute financière. 40% ne se présentent plus. Casse-tête pour le nouveau chef d’état-major.
Il émet des réserves sur les exigences des politiciens. Il se fait rabrouer. Ouvrir les portes de l’enfer? C’est oublier que Tsahal est une armée du peuple, avec une moralité qui lui interdit les dégâts collatéraux. Déjà l’armée de l’air rechigne à bombarder aveuglément. Beaucoup se trompent sur la possibilité de l’usage d’une force excessive.
Pas de ça chez nous!
Et la question de l’adéquation des engagements destructeurs et de leur légitimité va se poser avec de plus en plus d’acuité.
Le gouvernement pourrait rapidement se heurter aux baillonnettes intelligentes.
Le type est entré au casino de Monte-Carlo. Il avait 10.000 dollars en cash. Ce n’était pas l’argent de poche d’un milliardaire en goguette. Mais le retrait des économies du ménage qu’il était sûr de faire fructifier pour financer une nouvelle voiture.
Il s’installa à une table et commença à miser. La roulette faisait un bruit qu’il connaissait bien. Une sorte de jouissance de 10 petites secondes, puis le silence jusqu'à l'arrêt et le chiffre qui apparait.
Il misa petit bras. Mais finit par s’enhardir car à plusieurs reprises, il visa juste. Son tas de jetons l’encourageait à miser de plus en plus fort.
Mais rapidement il fut rattrapé par les statistiques. Et ses derniers jetons furent balayés par le râteau du croupier.
Il misa sa belle montre en or. En vain. La transpiration lui mouillait sa chemise. La gorge serrée, il finit par signer une reconnaissance de dettes.
Car comment abandonner les économies. Comment renoncer à sa montre, cadeau des 20 ans de mariage.
Il allait forcément se refaire. C’était la seule issue.
Il eut un court moment d’euphorie lorsque sur un coup de poker, il rafla 20 fois la mise et stupéfia tous les joueurs. Qu’il avait fière allure!
Après des heures de lutte, il finit par abandonner. Non qu’il ait perdu foi en sa bonne étoile, mais le caissier refusa de lui faire encore crédit.
Il sortit du casino rincé, sans un sou pour prendre un taxi.
La guerre n’est pas une fin en-soi, c’est un autre moyen de faire de la politique. (Klausewitz)
Après le 7/10 et la perte cruelle de plus de 1.200 âmes dont nombre de soldats et policiers tombés au combat, la guerre était inévitable. Nous sommes donc entrés au casino de Gaza.
Des soldats sont certes tombés au champ d’honneur. Tous des héros. L’ennemi a plié mais tel le roseau, il n’a pas rompu. Alors nous avons misé, et misé encore, déclarant qu’avec un dernier « Poush », une ultime pichnette, le Hamas jetterait l’éponge.
Le chiffre de 600 soldats n’a effrayé personne. C’était le prix à payer. Et il fallait continuer.
Pourquoi? La montre. Comment l’abandonner?
Comment renoncer à la victoire après avoir sacrifié tant de soldats. Alors on en remet une couche. A la table de jeu il n’y a plus personne. Tous sont partis. Les Américains, les Européens, les Milouimniks aussi. Ils ont compris qu’il n’y avait rien à gagner à poursuivre un combat où la montre était perdue dans les sables et que notre dette envers les otages s’aggravait.
Demain nous sortiront du casino de Gaza.
Avec quel résultat?
Si la guerre est une autre façon de faire de la politique, quelle est donc cette politique? Celle du casino? On mise?
Jusqu’à quand?
La guerre éternelle?
Et la dette qui s’aggrave.
L’affaire des otages et plus généralement du Hamas se résume en une seule priorité: Assurer la sécurité des citoyens dans le pays refuge des Juifs du monde entier.
Voilà la priorité.
Des Hamas, Hezbollahollahs, Frères musulmans, Cosaques, il y en a toujours eu, il y en aura toujours. Vouloir les tuer tous relève d’un défi qui ne convient pas à un peuple de quelques millions d’âmes face à des milliards.
Entre guerre et soumission il doit y avoir une voie d’or, une solution adéquate.
Mais la barbarie du 7/10 nous a aveuglé, brouillé l’esprit, annihilé notre bon sens. La guerre de vengeance est un piège que nous tend le Hamas. Notre puissance est éphémère, elle a ses limites. Nos ennemis l’entendent, l’analysent et veulent nous engager dans un combat sans fin. Sisyphe.
Si nous ne pouvons détruire une idéologie mortifère, nous pouvons tuer la source de nos malheurs. L’Iran.
Si le danger paraissait énorme avant le 13 avril 2024, il est clair que ce pays est sans défense et que ses installations nucléaires sont vulnérables tout comme son régime autoritaire.
Trump veut sa médaille. Son prix Nobel. Il sera prêt pour cela à un accord à minima sur notre dos et qui ne règlera rien.
Au lieu de détruire Gaza, plus aucune voix ne se souvient qu’il y avait une autre voie.
Celle de l’arrêt de cette guerre dès la négociation de décembre 2023 pour libérer les otages et engager un processus de paix avec l’Arabie Saoudite.
Nous aurions la montre (même en mauvais état) et évité de passer 600 soldats sous le râteau du croupier.
Et pour prime détruire le nucléaire iranien et son régime des Ayatollahs.
Il fallait pour cela un guide éclairé. Mais il a préféré nous entraîner dans un casino de la mort pour faire vivre une coalition qui parie sur un avenir messianique.
A les entendre, cette seconde voie est celle des défaitistes, gauchistes, anarchistes, généraux en retraite. Mais le plan de l’Iran n’est pas une roulette de casino mais une roulette russe.
Le temps presse.
L’Iran n’a pas renoncé à sa conquête par l’idéologie des pays limitrophes. Syrie, Jordanie, Égypte, Liban.
Tous ces pays peuvent rapidement se trouver sous des régimes islamiques. Hostiles. Existentiels.
Frapper à la tête. Le reste n’est que poudre aux yeux et guerre perpétuelle qui nous détruira de l'intérieur.
Non, Israël n’est pas bâtie pour cette guerre de cent ans.
Au fait, souvenez vous qu’il n’y a pas de casino en Israël. Les jeux d’argent y sont prohibés.

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