Lettre 325 Retour vers un futur nommé Gaza

Cette fois on change de braquet. 

L'opération "Chars de Gédéon" est lancée.

Gédéon rassemblant ses soldats

A l'époque biblique des Juges, Gédéon avait sélectionné une centaine de combattants sur 32.000 soldats avec lesquels il avait réussi à battre les Médianites par tromperies et camouflages et guerre psychologique. D'où le nom de Gidonim donné à la section spéciale de la police en habits d'Arabes. 

Nos ministres de droite extrême sont aux anges, leur espoir messianique est en marche:

Tora, tora, tora!!! (Tigre ou attaque éclair. Expression japonaise utilisée lors de l’attaque contre Pearl Harbor)  Banzaï!! (Longue vie ou hourra!)

Cette fois c’est la bonne. Promis, juré!!

Qu’est-ce qui a cloché jusqu’à présent? Et pourquoi n’a t on pu occuper rapidement le terrain à Gaza et y faire régner la loi martiale?

Cinq raisons.

1) La stratégie d’éradication du Hamas devait passer par la destruction du « Métro » de Gaza estimé à 1.000 km de tunnels. Un gruyère!

Après 18 mois de combats, seuls 25% ont été détruits. Autant dire que cette opération est de longue haleine. Le danger est partout et nul part. Nombreux soldats sont tombés sur des embuscades fortuites et imprévisibles. Chaque jour apporte son lot.

2) La présence de la population dans le mouchoir de poche de Gaza. Il n’a pas été facile de la déplacer. Et encore moins de s’assurer de l’absence de terroristes. Chaque « bavure »  nous valaient des bronchas internationales.

3) Les accords de libération des otages prévoyaient des trêves et obligeaient Tsahal à reculer et libérer les espaces neutralisés.

Le travail devait être repris à chaque fois aux mêmes endroits. Repartir à zéro. On ne fait pas la guerre avec 250 otages entre les mains de terroristes.

4) La conception selon laquelle il n’était question ni d’assurer l’aide humanitaire, ni d’occuper Gaza et encore moins de prendre sa population en charge. Laissant le Hamas maître du jeu.

5) La pression américaine sous le mandat de Biden avec les entraves et limitations de livraisons d’armes. 

Alors qu’y a t il de changé et en quoi la nouvelle opération désignée sous le code « Chars de  Gédéon » change t elle la donne.

Précisément un changement radical de conception. Priver le Hamas de ses atouts principaux:

* Reléguer au second plan la question des otages. Ils ne sont qu’une priorité adjacente. (Et il y a un doute sur l’existence même d’une quelconque priorité)

* Occuper le terrain conquis de façon stable. Fortifier les positions et les axes frontières et de séparation. Entreprendre la destruction systématique des tunnels et du reste. Eradiquer toute résistance.

* Isoler la population des terroristes du Hamas. Construire des centres logistiques à Rafah pour la distribution de l'aide humanitaire. Favoriser la migration vers des pays d’accueil. Et on vient d’apprendre que les Américains ont présenté un plan identique à l’ONU protégeant la population du Hamas et assurant la distribution de l’aide humanitaire dans de grands centres logistiques sécurisés. Avant leur départ?

Le "jour d'après" n'est en rien évoqué ici. Gaza doit disparaitre. Le néant? Coup de balai? Nouvelles implantations? Annexion? Riviera? On en parlera le moment venu. Car ces solutions ne sont pas politiquement correctes. Considérées comme inhumaines.

Mais puisque personne n’a présenté un plan viable pour gérer la crise, la solution de l’occupation militaire s’impose d’elle - même.

C’est vendu!

Comment en faire le reproche à Israël dès lors que le pourrissement de la situation ne pouvait perdurer. Pas plus que le blocus alimentaire.

Sur le papier, ce plan paraît pertinent. Sur le papier seulement.

Il va se heurter à de multiples écueils.

Humains. 

Bouger à nouveau la population. La pousser au départ. C’est un crime de guerre. Il va falloir s’asseoir dessus. Pas si simple.

Les effectifs de Tsahal

Il faut enrôler plusieurs bataillons de réservistes sur une longue période. Il serait question de 100.000 soldats. Une tannée!

Tsahal craint une défection massive motivée par la charge trop lourde sur une seule partie de la population. Il a donc décidé de forcer l’enrôlement des Juifs orthodoxes pour donner le change. Mais ils ne viendront pas. Et leur parti menace sérieusement de faire tomber le gouvernement. Une loi d’exemption est en préparation.

Financier. 

Cette guerre creuse un déficit que l’enrôlement massif sur une longue période va alourdir. Il serait question d’un coût de 25 milliards de Shekel. (6,2 milliards d’euros)

Sociétal. 

Lorsque 75% de la population réclame la libération des otages même au prix de la fin de la guerre, c’est un tour de force qui attend le gouvernement avec des réticences qui vont saper la motivation des soldats.

Ce d’autant plus que le chef d’état-major Zamir reconnaît lui-même que cette opération mettra la vie des otages en danger.

Et on découvre que progressivement que plusieurs d'entre eux ont été tués dans des bombardements. chaque attaque est un cas de conscience pour les soldats. (Voir l’article de Ronen Bergman dans le journal Yediyot de ce Chabat)

L’affirmation contradictoire de ce même général confirmant les allégations du gouvernement selon lesquelles cette opération a pour but la libération des otages prend l’eau. 


Trump et sa versatilité

Au moment même où les Houties bombardent l’aéroport Ben Gourion, il déclare cesser les hostilités au motif qu’ils lui ont promis d’épargner les navires américains. Merci pour les autres. Et que penser de cette négociation directe avec l’ennemi iranien lequel va embobiner Trump.

On ne fait jamais la paix qu’avec ses ennemis! Et c’est déjà en soi un grand pas. Accepter de s’asseoir avec le grand Satan.

Les mêmes causes provoquent les mêmes effets. Au lieu de régler nos problèmes, le gouvernement israélien se drape dans sa dignité et tente un passage en force. Le feu de la guerre fera taire les divisions.

Mais le fer de lance paraît érodé. Ce d’autant plus que la cession d’été vient de s’ouvrir à la Knesset et que des projets de lois concernant la réforme judiciaire et l’exemption des Juifs orthodoxes reviennent au galop.

Un poison dont le pays se passerait bien.

La lucidité dicte que cette nouvelle campagne va servir de paravent à l’action politique qui cimente la coalition au pouvoir. En coulisses. Sans faire trop de bruit avec les projecteurs braqués sur le front.

Classique mon cher Watson!

Mais rien ne se fera avant la tournée des popotes que lance Trump dans les pays arabes. En évitant soigneusement de passer par Israël comme pour montrer qu’il n’est pas associé à la guerre à venir.

La logique pousse à conclure qu’il s’est entendu avec Bibi et lui laisse carte blanche. D’autres se perdent en conjectures. Donald aurait-il relégué Israël aux oubliettes? América first oblige. Il fera un mégaphone deal avec l’Arabie Saoudite sans imposer la normalisation avec Israël. Encore un train qui nous passe sous le nez.

Et comme de bien entendu, pendant qu’on fourbit les armes, il serait encore et encore question d’une énième tentative de négociation.

Mais les familles d’otages n’y croient plus et vitupèrent contre l’abandon de leurs proches. Sacrifiés. Oubliés. Enterrés. Mais Tsahal promet de ne pas pénétrer dans les endroits où ils sont « susceptibles » d’être détenus. Ne pas mettre leur vie en danger. Mais où sont-ils donc? Qui le sait?

Bref on nage dans la contradiction, l’incohérence. Mais il est impensable de décréter que le sujet des otages n’est plus à l’ordre du jour.

On nous paie de mots. Restons humains que diable!

Des trains entrent en gare. Certains passent à grande vitesse sans s’arrêter. D’autres s’arrêtent à un autre quai, mais repartent rapidement. Comment les attraper? Il faut se trouver au bon endroit au bon moment. Depuis 18 mois, notre gouvernement campe sur un quai où ne passe aucun train. Il pourrait changer de quai. Mais il est persuadé qu’un train nommé « victoire » finira par arriver.

Il demeure seul sur ce quai car les autres voyageurs sont partis par d’autres quais vers d’autres destinations.

Un train finit par s’arrêter. Le gouvernement exulte. Mais c’est son terminus. Sa voie de garage. Ses voyageurs sont emballés dans des sacs en plastic noir. On les débarque.

Le train repart dans l’autre sens. 

Le gouvernement attend le suivant.

Le peuple avait depuis longtemps changé de quai et pris une destination contraire. Si le train de la victoire entre un jour en gare, il y aura peu de voyageurs pour embarquer.

Personne ne prend un train dont la destination est inconnue. Sauf si le billet est gratuit.

Encore faut il qu’il y ait un billet retour. Mais alors, pourquoi partir?

Humour noir, certes. Mais collant tellement à la réalité du moment. Mais, comme vous l’aviez deviné, un train peut en cacher un autre. Et la barrière finira par se lever.

Bon voyage à tous!


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