Lettre 326 Trump sauveur des otages

Y a t il un nouveau magicien au Moyen-Orient?

Le peuple a compris que Netanyahu le payait de mots, de promesses, de slogans.

Il s’est retourné vers Trump, le maître des horloges, pour solliciter son aide. Du fond des tunnels, le message dicté par le Hamas n’a été entendu que par lui. Let my People go!

Il l’a fait. Il a obtenu la libération d’un soldat israélien portant également nationalité américaine. Sans l’accord ni l’intervention d’Israël. Mais dans son dos. Sans contrepartie aucune. C’est ce qui est affirmé.

Vous y croyez? Oui? Non ? Regardons.

Trump a promis le retour de l’aide humanitaire bloquée depuis deux mois par le gouvernement. Il insiste. Et ça marche. Le gouvernement confirme.

Mais il a promis plus encore. La reconstruction de Gaza par les pays du Golfe. Sans exclure expressément le Hamas qui espère y avoir sa place.

Et plus encore: Il a critiqué l’opération en cours « Chars de Gédéon » la déclarant superflue! Inutile.

Pas moins que ça! Une vraie torpille! Le Hamas peut jubiler. Il a Trump à ses côtés! Du moins en apparence. 

Et c’est pas fini. Il semble vouloir tordre le bras à Netanyahu en militant pour la libération de tous les otages par une fin de conflit. Bref, la position claire et nette du Hamas. Le prix que Netanyahu ne peut en aucun cas payer. Bien évidemment, le Hamas campe plus que jamais sur ses positions. Les négociations sont en panne. 

Et quoi encore?

Une place éventuelle dans la future direction de Gaza?

Tout ça pour la libération d’un otage. Il a vendu Israël et son gouvernement pour favoriser les deals qu’il a boulonnés avec les pays du Golfe. Trois trilliards de dollars et un Boeing privé en prime.

Ecce Homo! Voilà l’homme dans toute sa splendeur.

"J'ai un livre de prière pour me protéger" 

 "Moi j'ai un passeport américain"

Et la presse de décréter: « Ne tombez jamais entre les mains des terroristes, sauf si vous avez la nationalité américaine. Netanyahu vous abandonnera. Trump vous sauvera ».

Nous voici devant une situation ubuesque.

Au moment où Donald Trump négocie un accord historique avec un Iran sans arme nucléaire, signe des accords financiers qui donnent le tournis avec les pays du Golfe, Israël masse ses troupes à Gaza pour lancer une attaque finale.

Et à y regarder de plus près, Trump donne tous sans contrepartie. Il fait entrer l’ex Al Qaïda syrien dans le bal en levant les sanctions contre la Syrie sans exiger la fin de la coercition contre les Kurdes et les Druzes.

Le pire, c’est qu’il est prêt à vendre des armements à l’Arabie Saoudite et à la Turquie du même niveau de sophistication que celui qu’il nous livre. Mettant ainsi fin à la supériorité d’Israël préservée jusque là par tous les dirigeants américains.

Et qu’obtenons nous. Sa considération. Merci!

C’est pour le gouvernement de Netanyahu une gifle inédite. Un camouflet!

Revoyons le scénario.

Trump fait venir Netanyahu toutes affaires cessantes à la Maison Blanche pour, pensait on lui laisser carte blanche à Gaza.

Il s'avère qu'en réalité il lui a mis le marché en mains: Fin de conflit à Gaza et invitation à cette  rencontre au sommet avec les pays arabes. Devenir acteur et non spectateur.

Mais Netanyahu refuse et lance une ultime opération militaire. Israël n'est donc ni sur la photo, pas même dans les gradins. Pire, il marque un but contre son camp.

Puisque nous sommes exclus de toutes les discussions stratégiques. Tout ceux qui étaient jusque la dépendants de notre accord notamment pour l'armement militaire, nous considèrent hors jeu.

L'Arabie Saoudite qui se contentait de simple déclaration de principe pour accepter la normalisation des relations, va désormais exiger la création d'un Etat palestinien. Sinon rien.

Mais Netanyahu peut affirmer que la libération de l'otage est le fruit de la pression militaire. Certes! Et que les relations avec Trump n’ont jamais été aussi bonnes. Pour contredire ceux qui soutiennent que Trump est déçu et veut sa peau. 

Il y aurait ainsi une entente secrète entre Trump et Netanyahu; une sorte de scène de ménage fictive laissant croire à un divorce pour mieux appâter la partie tierce. Passer de l’autre côté du mur en apparence mais une fois les deals accomplis, se réconcilier et proposer un ménage à trois.

Vous y croyez? Vous êtes septiques?

Cette pseudo scène de ménage a été utilisée par Trump lorsqu’il a approché Poutine. N’a t il pas embrassé celui-ci sur la bouche au grand dam des Européens? Allant jusqu’à accuser la victime Zelenski d’être à l’origine de la guerre. Se désengageant même de l’Otan en laissant les Européens se débrouiller seuls.

C’est sa technique très très personnelle de mettre en marche la pompe aspirante permettant d’amener Poutine à la table des négociations.

Entamer un tango avec la femme du cocu en lui expliquant que si elle le trompe, c’est de son unique responsabilité.

Un cours de diplomatie renversant.

La tournée des popotes de Trump au Moyen-Orient en évitant soigneusement Jérusalem tourne à la conférence au sommet. Trump a été d’autant mieux reçu qu’il n’a pas eu à prononcer les mots Israël ou Netanyahu. Ils ont été remplacés par « fin de conflit » et « deals commerciaux ».

Et ça marche. Il faut croire que son franc parler de négociant est audible dans les pays du Golfe où l’argent coule à flot. Un argent qu’il a su capter en homme d’affaires impénitent.

Il se présente en homme de paix.

Car pour lui, la guerre est un empêchement au bon déroulement des affaires. En Ukraine, il vise les terres rares. Pour Gaza, il exerce déjà une pression pour passer à la phase de reconstruction mettant le gouvernement en porte à faux.

N’a t il pas déclaré que Gaza devait devenir une zone neutre, développée pour ne pas dire occupée par les USA. Une sorte de zone libre internationale. « Le peuple de Gaza a droit à une vie meilleure »

Ou serait-ce du blabla pour mieux faire glisser les accords économiques.

En contrepoint il dévoile un plan de départ d’un million de Gazaouis vers la Libye contre levée de sanctions et déblocage de milliards. Pas vraiment l’endroit idéal pour une vie meilleure!

Et tout cela au moment même où la guerre empruntait enfin une stratégie gagnante par la prise en charge militaire de la distribution de l’aide humanitaire et le confinement du Hamas.

Avec 18 mois de retard. Trop tard?

Mais cette stratégie est mortelle pour les otages. Le gouvernement le sait et l’assume. Trump est contre. Il s’y oppose. Des deux priorités contradictoires, il n’a retenu que celle des otages.

Il veut entrer dans l’histoire comme le sauveur de l’humanité. Sauver un homme c’est sauver le monde entier. Il s’ouvre la voie vers le prix Nobel de la paix. Une revanche sur ses détracteurs. Lui, le matcho, l’homme vulgaire, le dépravé.

Aura t il sa cerise sur le gâteau? Sur la chantilly comme on dit ici.

Car regardez bien où va le monde.

Trump parle aux Iraniens, aux Syriens, aux Houties, avec le Hamas. Oui, le Hamas. En direct. Biden n’a pas osé de crainte de se faire crucifier.

Trump ose tout. Et le Syrien auquel il lui propose d’adhérer aux accords d’Abraham lui a répondu positivement. Une façon de reconnaître Israël. Incroyable mais vrai. On ne fait jamais la paix qu’avec ses ennemis. 

Trump n’a pas d’ennemis, il n’a que des intérêts. Ceux de l’Amérique, sans oublier les siens.

Biden nous avait mis en garde contre une guerre par vengeance. Trump veut nous remettre sur le droit chemin de ses intérêts qui seront peut être aussi les nôtres. Que retirerez vous de cette guerre sans fin? That is the big question.

Il y a un marché gigantesque. La reconstruction de Gaza. Que le gouvernement voudrait raser en chassant la population.

Il y a deux visions qui ne s’accordent pas. Qui s'opposent, qui s'entrechoquent.

Car voici que depuis le début du conflit, Israël refuse la position du Hamas lequel propose une trêve de longue durée contre la libération des otages.

Trump est prêt à signer. Mettre fin ainsi à la belligérance des Houties. Mettre en place l’axe du bien contre l’axe du mal. Neutraliser les Iraniens dont le régime finira par changer.

Mais que vaut un accord avec une organisation terroriste. Un torchon. Un leurre. Comme la vison idyllique d’un État palestinien qui ne sera qu’un État terroriste de plus.

Mais tant que tu n’as pas essayé, comment savoir? Car éradiquer le Hamas à droite, il reviendra par la gauche.

L’accord avec le Liban démontre qu’il est possible d’instaurer une trêve et d’agir en cas de transgression.

Y a t il vraiment un risque que Tsahal se laisse surprendre dans un nouveau 7|10?

Voilà autant de questions que Trump nous inspire. Ou plutôt nous impose. Quo Vadis? Où vas tu?

Intérêts d’Israël ou intérêts politiques d’une coalition?

Mais l’histoire est en marche. Trump, tel un bulldozer, veut abattre tous les obstacles. Il parle chaque jour, annonce un plan, puis son contraire. Attend les réactions.

Contrairement à Netanyahu, personne ne lui dicte sa conduite. Un boulevard s’ouvre devant lui.

En attendant, chapeau l’artiste. 

On attend la suite. Dans les cales du bateau, des esclaves prient un nouveau Messie. Il porte une casquette rouge avec l’inscription « MAGA ». Make Haaretz Great Again. (Faire le pays d’Israel à nouveau grand)

C’était la blague du jour.

En fait non. Trump fait penser à cette histoire classique.

Un ado s’adresse sans respect à une jeune fille. La « drague » effrontément. Elle tente en vain de s’en défaire mais il devient collant voire agressif. Arrive sur ces entrefaites un autre jeune qui s’interpose et finit par chasser l’intrus. 

La jeune fille soulagée se sent obligée de proposer à son sauveur de prendre un café et ils finissent par sortir ensemble.

Le soir même, ce chevalier servant retrouve son comparse du jour lequel lui demande s’il a pu conclure.

C’était un simple coup monté.

C’est vieux comme le monde mais ça marche. Trump connaît la méthode et s’en sert pour s'offrir les bonnes grâces du monde arabe.

Pour Israël, rien n'est réglé. Le train Trump est passé. Les Houties nous bombardent. Il n'y aura pas de normalisation. Pas avant longtemps. En tous cas pas avec ce gouvernement.

La déception se fait sentir. Serions nous les cocus de l'histoire?


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