Lettre 327 Israël contre le reste du monde

On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs.

Or nous en avons cassés beaucoup, et nous n’avons toujours pas d’omelette!

Pourquoi?

L’ibris israélien. Ce qui ne va pas avec force, marche avec encore plus de force.


Yaïr GOLAN, l'homme politique qui fait scandale

Il y a dans l’équation une inconnue: l’opinion internationale. Le gouvernement pense pouvoir s’asseoir dessus. Mais nos amis de toujours nous envoient des messages tragiques. « Peuple juif, vous êtes la lumière du monde, notre lumière. Si votre peuple qui a subi la pire extermination, et qui a su se relever de ses cendres perd son humanité, alors il n’y a plus d’espoir; le monde retourne à l’ère des barbares ».

A méditer.

Nous avons toujours clamé notre soif de paix dans un Moyen-Orient hostile. Mais il change. Les vieux mantras ont la peau dure. « On ne discute pas avec des terroristes ». « Pas de paix possible avec les Arabes ». « Israël ne doit compter que sur lui-même ».

Tout cela est à la fois juste et faux. Le monde bouge. Il évolue. Mute. Il se divise. Les bruits de bottes reviennent partout. Des puissances atomiques s’affrontent.

Où sommes nous dans ce concert foireux des nations?

Être du bon côté. Conformes à nos traditions, à notre conscience. A notre bon droit. Celui d’exister. Combattre le terrorisme, oui, mais comme des hommes. Des « Mensh ». Non comme des bêtes.

C’est compliqué. Certes. Mais il y a des lignes rouges à ne pas dépasser. Sinon le monde qui nous a permis d’avoir un État légitime se retournera contre nous. Jusqu’à passer du côté de l’ennemi. Soutenir le Hamas sous couvert de protéger une population.

Car nous y sommes. 

Des pays influents se liguent pour reconnaître un État palestinien éphémère. Corrompu. Pourri. Mort-né. Où vivent pas moins de 500.000 juifs israéliens.

Peu leur chaut. Il pensent agir pour le bien. Contre notre entêtement. Notre politique du vide. D’un status quo qui gangrène notre pays. Nos enfants, nos jeunes, notre devenir collectif. 

L’aide humanitaire est un symbole. L’aurions nous oublié? Elle nous explose à la figure.

Netanyahu nous a expliqué qu’il n’était pas question de prendre en charge sa distribution. Et dans la même respiration, expliqué que le Hamas tenait la population en otage grâce à elle. Que la clé de sa domination provenait des camions qu’il détournait et revendait.

Deux choses et son contraire.

Et après 18 mois de durs combats, comme rien n’est réglé, il décide de suspendre l’aide humanitaire. Cédant aux thuriféraires du mantra « Nos otages crèvent de faim, qu’ils crèvent aussi tous de faim ». Puis sous le dictat de Trump, décide de la rétablir avant même d’avoir résolu le moyen de la distribuer de façon contrôlée.

Arrêtons de nous bercer de slogans, de croyances stériles. Il y a chaque jour des événements nouveaux qui masquent la réalité. Qui nous empêchent de faire un zoom arrière. De voir la situation générale.

Et quelle est-elle?

Pendant que le Hamas appelle à la cessation des combats, à l’instar du reste du monde, Israël lance une campagne militaire « plein pot ». Avec des dommages collatéraux qui nous sont renvoyés comme un boomerang.

Le monde est contre Israël et pour Gaza pour ne pas dire pour le Hamas!!! Demain Israël sera le paria dans un monde de la soumission. Mais nous ne pouvons pas avoir raison tout seul. Isolés dans concert des nations.

La négociation est dans l’impasse depuis des mois puisque ce même Hamas répète qu’il exige la fin du conflit, exigence qui rejoint celle du peuple et du monde occidental. Alors comment espérer que le Hamas tempère ses exigences. Sa carte est gagnante. Tous font pression pour que nous nous soumettions. Un comble!

En France, des voix sionistes célèbres s’élèvent pour condamner cette poursuite de la guerre. Ils ont tort de le faire publiquement. S’ils suivent en cela leur conscience, ils causent néanmoins un dommage incommensurable à notre pays. A qui la faute? 

Certains osent déjà parler de suicide moral par un gouvernement hermétique aux critiques.

Les enfants de la Shoah ont un devoir mémoriel qui les tenaillent. Leur voix est un message. Il y a des lignes rouges qu’un juif ne peut transgresser.

Un Israélien si?

Le chef du parti des démocrates, classé à gauche, Yaïr Golan, au passé militaire prestigieux, a lancé un pavé dans la mare. « Un pays saint d’esprit ne tue pas des enfants par hobby ».

S’agissant du gouvernement, il n’a pas mâché ses mots: 

« Ces ministres sont tout simplement horribles. Il est impossible que nous, le peuple juif, qui avons subi des persécutions et des pogroms, devenions ceux qui font subir cela aux autres ».

La condamnation de ces propos est unanime. De tous bords. Mais les mots ont un poids. Ils s’inscrivent dans une histoire. Dans une mémoire. Dans une vérité. Sa vérité. Il rejoint en cela les dirigeants politiques du monde occidental. Même Trump semble se retirer du jeu. Les portes de l’enfer n’étaient qu’une menace. Qu’une pression verbale. Qu’une posture.

La carte blanche une illusion.

Les chemins de la paix sont parfois tortueux. Mais nous avons choisi le chemin de la guerre totale. Avec des moyens disproportionnés mais d’une faible efficacité contre un ennemi qui se fond dans la population, s’enterre, se sert de boucliers humains, prend des otages. Une stratégie bien connue dans l'histoire et gagnante à de multiples reprises. Plus le peuple souffre, plus le levier est puissant.

Notre puissance militaire va nous permettre d’occuper Gaza. De neutraliser le Hamas. Mais sans que disparaisse son idéologie. Nous aurons deux millions d’ennemis en charge. C’est la contrepartie de l’occupation. Son corollaire est connu. Un effectif  conséquent qui nous fait défaut. Des pertes corrélatives. Celles-là mêmes qui ont milité pour notre retrait en 2005.

On se résume.

Le 7 octobre est un drame qui n’aurait jamais dû se produire. Une faillite sécuritaire et une victoire inespérée pour une organisation terroriste. Il a été suivi d’une guerre de vengeance menée avec deux buts contradictoires s’annulant dont aucun n’a été abouti. C'était écrit!

Biden vilipendé mais lucide, qu'un jour nous regretterons. Il l'avait dit: "La vengeance est mauvaise conseillère".

L’élection de Trump a relancé la machine de guerre mais avec le frein à main serré par nos amis d’autrefois. L’initiateur de cette guerre change d’auteur et nous devenons les agresseurs. Oublié le 7/10. Oublié le terrorisme. La thèse du génocide se renforce. Israël s’isole. Seul contre le reste du monde. Trump, ami éphémère s’éloigne. Il nous rend un mauvais service en nous permettant d’ouvrir les portes de l’enfer. Car nous tombons dans le piège tendu par l’Iran: la guerre perpétuelle.

Rien ne se règle. Le bourbier.

Netanyahu commence à changer de stratégie sous pression de Trump et parle de fin de conflit en exigeant néanmoins le désarmement du Hamas. Mais chacun sait que les fanatiques sont prêts à sacrifier leurs combattants et toute la population. Ils savent qu’ils ne gagneront pas. Leur but c’est de nous affaiblir par une mobilisation répétée à l'infini. De nous diviser grâce aux otages. Et leur plan diabolique fonctionne. L'insoumission menace.

Bref, le gouvernement se trouve face à un choix cornélien. Soumettre l’ennemi où se démettre.

En vérité, il ne fera ni l’un, ni l’autre. Et jusqu’à présent, si le navire tangue et prend l’eau, ce gouvernement survit. Le monde n’est pas contre Israël mais contre ce gouvernement de droite extrême.

Un tsunami de sanctions est en marche. Le peuple d’Israël en paiera le prix. Mais ici aussi, le peuple peut être sacrifié pour une cause qui n’est pas forcément la sienne. Et que dire des Juifs de la diaspora. L'insécurité gravit des sommets méconnus.

Comprenne qui pourra.

Dans une omelette, le blanc et le jaune sont brouillés. Nous aussi. Bon appétit!

C'était le trait d'humeur du jour.


Commentaires

  1. On ne peut mieux dire.
    C'est très courageux.
    Une fois l'omelette faite on ne peut plus reseparer les blancs et les jaunes.
    Si dis la physique quantique mais en attendant des milliards d'années!!
    Nous y sommes ....
    Alors c'est le peuple juif qui va devoir se diviser? Pour sauver ce qui peut encore l'être?
    Sinon c'est la fin .

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