Lettre 337 Occuper Gaza

Le baiser de Juda.

La semaine dernière, l'euphorie était de mise. Trump se lançait des fleurs sur une fin de conflit imminente et un accord de libération des otages. Netanyahu s’envolait vers Washington avec la promesse d’un accord. 

La déléguée des familles d'otages, Einav Zangauker s'est étreinte avec Sarah Netanyahu et a embrassé Bibi, espérant ainsi que son fils serait parmi les libérables.

Oubliés tous les mots vindicatifs contre un gouvernement oublieux de ses engagements. Les cœurs battaient à l’unisson.

Mais voila déjà que ça coince. La machine est grippée. Déception. 

Le baiser de Juda est amer. 

Einav Zangauker aux bras de Netanyahu

Rien n'a filtré de la rencontre à la maison blanche. Trump est demeuré muet! C'est rare. Et tous de s'interroger sur les décisions prises par la carpe et le lapin.

Nous avons déjà vu ce film. Ce scénario où Netanyahu envoie une équipe de négociateurs avec pour issue un échec à mettre sur le dos du Hamas.

75 % du peuple est pour une fin de conflit pour permettre la libération de tous les otages et arrêter le bain de sang parmi les militaires.

Netanyahu ne les compte pas parmi ses électeurs et sait qu'avec 25%, il peut être réélu et former une coalition. Sa base veut la liquidation du Hamas. Militairement et politiquement. Assurer ainsi la sécurité des localités situées autours de la bande de Gaza. Pour éviter aussi une réitération du 7/10. 

Et par cette pression militaire, permettre une sortie du tunnel pour les otages. Le "en même temps" dont nous sommes rompus. Dans les deux sens du terme!

Alors regardez bien. Netanyahu n’a pas menti lorsqu’il a annoncé que cette guerre durerait trois ans. Mais il n’a pas pris en considération l’effet d’usure de militaires réservistes qui abandonnent tout pour un temps. Pas tout le temps.

Et bientôt, au regard des divisions qui gangrènent le pays, Netanyahu n’aura de soldats que sur le papier.

Hamas le sait, le voit. L’exploite. Raidit sa position.

Tous ces plans futuristes d’occupation sont sans commune mesure avec nos capacités. Nous sommes donc entrés dans le piège de l’arène où nos ennemis veulent nous conduire.

Mais alors que se trame t il en coulisse? Quel accord secret a été noué dans la Maison Blanche?

Car il faut bien qu’un accord ait été scellé. Trump a fait venir Netanyahu pour fixer les termes de la fin de conflit. Netanyahu a besoin d’un délai pour passer un cap important: La vacation de la Knesset qui aura lieu dans 15 jours pour une période de 10 semaines. Ce qui nous amènerait au 15 octobre sans risque de dissolution de la coalition.

Voilà le deal!!!

Et il ne saurait donc être question d’un accord avec le Hamas avant fin juillet.

Après, Eloyim Gadol. (D.ieu est grand; en bon français: À dieu va!)

Et voici comment se déroule le plan que Trump a du valider. Mais qui pourrait bien n’être qu’un vaste enfumage. Bibi est aux abois. Sa coalition craque de tous côtés. Car elle est composée de partis aux objectifs contradictoires devenus inconciliables. Il joue ici sa survie politique.

Alors on fait durer les négociations en se bataillant sur des cartes présentant les lignes de retrait de Tsahal que le Hamas juge insuffisantes. Donc ça bloque.

Et on lance un plan sensé faire pression sur le Hamas: Une enclave humanitaire. Une ville refuge à Rafah.

L'idée n'est pas nouvelle. 

Puisque le Hamas se sert de la population comme bouclier humain, il suffit de déplacer cette population vers une zone sécurisée, sous contrôle strict de Tsahal, à la frontière égyptienne.  

Comment ça marche?

Tsahal déclarerait toute la bande de Gaza zone de guerre à l'exception de cette enclave humanitaire qui pourrait contenir 600.000 âmes. Le flux de population serait filtré et toute personne soupçonnée d'être de mèche avec le Hamas serait refoulée. 

Cette population ne pourrait pas quitter cette zone tant que dure la guerre. Une "déradicalisation" serait nécessaire.

La totalité du territoire serait à terme sous contrôle exclusif de Tsahal: Un gouvernement militaire serait mis en place. C'est la seule façon de mettre le Hamas à genoux.

Pourtant, l'état-major de Tsahal est farouchement opposé à une telle occupation même temporaire et son chef actuel, Eyal Zamir l'a déclamé à plusieurs reprises. C'est une aventure dangereuse a t il osé.

Pour lui, la guerre est finie. Les buts sont atteints. Ses soldats sont exténués. Ils veulent rentrer chez eux.

Mais lorsque l'échelon politique décide, les militaires s'exécutent le doigt sur la couture. C'est la règle dans toutes les armées et surtout en Israël.

Pourquoi une telle objection?

Déloger les population du nord et les orienter vers le sud ne se fera pas sans l'usage de la force armée. Les soldats sont-ils formés pour ce type d’opération contre des civils?

Les organisations humanitaires risquent de s'opposer à ce "transfert" même si leur sécurité est en danger. Elles vont alerter le monde sur ce qui pourrait s'apparenter à un crime de guerre.

Mais c'est la le cadet des soucis.

Israël sera donc à terme en charge de toute une population logée dans des camps de réfugiés sommaires qu'elle devra transformer et sécuriser. Mettre en place des réseaux d'eau potable, d'électricité et d'épuration. Assurer des services sanitaires, un hôpital, des établissements scolaires. Assurer la distribution de l’aide humanitaire. Bref, exactement le contraire de ce qui avait été annoncé et ce que Tsahal veut éviter.

A coup sur, aucun pays ne voudra mettre la main à la pâte, n'investira pas un kopek. Nous seront seuls dans ce bourbier et à nos seuls frais.

Et comment pourra t on empêcher la population de retourner vers le Nord, regagner sa maison? A coup de fusil? Il faudra bien mettre en place des clôtures sécurisées pour éviter des intrusions d’escouades du Hamas. 

Certains parlent déjà de camps de rétention, voire de concentration.

Il paraît assez évident que cette densification extrême de population contribuera à un exode mi volontaire, mi forcé, vers des cieux plus propices, s’ils existent.

Mais il faudra des années, voire des décennies pour pousser 2 millions de personnes à sortir des décombres. Quelqu’un s’interroge t il sur le coût humain d’une guérilla qui ne cessera pas. Y compris dans cette ville refuge. Et que penser des sanctions internationales qui vont pleuvoir sur Israël. Des condamnations pénales.

Voila autant de questions qui expliquent les réserves de l'état major. Sans parler des 30 soldats tombés en un mois. Mais que valent elles face aux pressions de Ben Gvir et Smotrich qui ne rêvent que d'une occupation militaire pour permettre une réimplantation de colonies juives.

Et avec quel budget? Il serait question d’un coût initial de quelques milliards d’euros. Le ministre des finances a revu son budget en conséquence. Tsahal doit préparer le terrain sous quelques jours. 

Il y a plusieurs bras de fer gigantesques en cours. 

- Netanyahu contre Trump. Quel deal ont il conclu.

- Netanyahu contre Ben Gvir et Smotrich. Occupation militaire de Gaza.

- Netanyahu contre les familles d'otages. Céder au Hamas.

- Netanyahu contre les réticences de l'armée. Impossible de poursuivre sans fin la mobilisation.

- Netanyahu contre les partis orthodoxes pour la loi d'exemption. Ils sont déjà sur la touche pour faire tomber le gouvernement.

- Netanyahu contre les tribunaux nationaux et internationaux.

Et bientôt Netanyahu contre le reste du monde. Ses détracteurs vont lui savonner la planche. Ce plan est une aubaine pour le Hamas et pour le tribunal pénal international.

Pour s'en sortir sur le plan politique, il lui faut contenter tout le monde.

Pas si simple. Donc laisser toutes les options ouvertes. Ne rien décider. Ne pas trancher. Promettre.

Promettre une occupation de gaza aux uns. Une négociation pour libérer les otages aux autres. Une loi d’exemption pour les orthodoxes. Il doit être au four et au moulin.

Un numéro de funambule!

Mais à terme, c'est la question des otages qui le fera choir. Le pays ne lui pardonnera pas. Il le sait. 

C'est lui qui recevra le baiser de Juda. Malgré tout ce qu'il a pu construire. Bâtir en 15 ans. Réussir. Puis détruire pour survivre politiquement.

A cela deux causes: Un procès qui le déstabilise et une coalition qui lui lie les mains.

Soyons lucide. Mais est-ce possible. Un peuple qui a pris un coup de massue le 7/10 a t il cette capacité? Nenni. La rage, la vengeance, la violence doit répondre à la violence.

Et Netanyahu a répondu à cette exigence populaire. Était-ce la bonne voie? Éradiquer. Faire disparaître. Déplacer, émigrer, soumettre. 

Autant de plans qui surfent sur la vague du ressentiment et d’une volonté d’empêcher une récidive du 7/10.

Et voilà bien l’enfumage: Les Palestiniens sont coupables mais pas responsables du drame du 7/10. Nous sommes les seuls responsables de sa survenance par notre suffisance, notre hubris. Cette attaque annoncée aurait dû être tuée dans l’œuf. Elle n'aurait jamais du survenir. Elle ne se reproduira jamais.

Et pour masquer cette déficience, les responsables militaires et politiques se sont lancés dans une entreprise de démolition qui va laisser une population dans le dénuement total et une haine redoublée. 

Ni paix, ni solution. Rien que la haine réciproque pour l’éternité.

Un jour on se souviendra qu’une autre voie était ouverte quelques mois après le début du conflit et alors que le Hamas était vaincu et proposait de libérer tous les otages. 

Nous serions aujourd’hui en paix avec le monde arabe. Et que de vies épargnées.

Lorsque les pays arabes ennemis ont compris qu’ils ne pourraient vaincre un peuple d’élite par la guerre, ils ont changé de tactique en utilisant l’idéologie islamique d’organisations terroristes.

Tel le taureau auquel on plante des banderilles. Le faire saigner, l’affaiblir, puis lui donner le coup de grâce.

Le scénario est écrit. L’arène est comble. Les spectateurs crient « à mort! ». Il est rare que le toréador sorte sur une civière.

Devinez qui est le taureau. Qui sont les spectateurs.

Pour combattre cette idéologie mortifère il fallait activer deux actions.

S’allier définitivement avec l’Arabie Saoudite. Isoler ainsi le terrorisme iranien.

S’allier la population de Gaza. Malgré le 7/10. Isoler ainsi le Hamas.

Mais on imagine mal le G.I. israélien offrir des chewing-gums et chocolats aux enfants de Gaza.

Tous coupables.

Et pourtant.

N’avions nous pas l’intention de les libérer de l’emprise du Hamas.

(Source Chatgpt)

Il y a des images qui auraient pu changer le regard du monde. Mais on a choisi de l’isoler du Hamas par la force. Et il restera toujours des civils qui demeureront fidèles au Hamas comme couverture humaine. Seront ils déclarés ennemis et abattus comme tels? Toute solution a ses faiblesses. Ses imperfections.

Le patient à son chirurgien:

Je souffre le martyr. Quelle solution me proposez vous?

Le chirurgien pourrait certes l’opérer. Mais ces soins sont coûteux et le malade est désargenté. Alors il le décourage en prétextant des risques thérapeutiques supérieurs aux chances d’amélioration.

Le patient revient trois mois plus tard et insiste en acceptant les risques. Alors le chirurgien se réfugie derrière le serment d’Hippocrate qui lui interdit tout acharnement thérapeutique tout en lui indiquant qu’il va se ruiner en vain.

Finalement le malade rassemble les fonds nécessaires et revient à la charge. Cette fois le chirurgien opère avec succès. 

Voilà le dilemme des familles d’otages. Elles ont peu de poids.  La douleur devient insupportable mais celui qui dispose des clés refuse car il a fait serment d’hypocrite à sa base et à ses ministres extrémistes qu’il ne céderait rien au Hamas.

Reste à savoir si des forces extérieures viendront changer la donne. Dans l’immédiat, on leur administre quelques doses de calmant, d’anti douleur, en relançant épisodiquement des négociations bien illusoires. Mais si elles y croient, un instant, la douleur revient bien vite. 

Docteur Placébo finira bien par opérer. Mais un malade décédé ne souffre plus. Alors à quoi bon!    

 


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