Lettre 338 Voyage au pays de l’absurdie
Bienvenue en Absurdie!
La question que tous se pose. Comment un petit pays créé récemment réussit l’exploit de vaincre des ennemis cent fois plus puissants sur le papier, tout en se déchirant de l’intérieur.
Mais que sont ces victoires tant que la guerre n’est pas finie. Voyez Bonaparte et sa morne plaine.
Quant aux divisions internes, elles donnent froid dans le dos.
Alors que la guerre bat son plein, que Tsahal demande des renforts à cors et à cris, et le jour même où plusieurs soldats sont tombés, la Knesset remet sur rails la loi d’exemption des Juifs ultra-orthodoxes. Sans rire!
Car rien n’a bougé. Zéro! « Nous irons en prison mais nous ne nous enrôlerons pas ». Ils suivent en cela leurs guides spirituels et politiques qui exigent la poursuite de l’exemption.
Ils ont leurs raisons. Soit. L’étude de la Torah est prioritaire et ne peut souffrir aucune pause. OK.
Mais comment accepter que ceux qui obtiennent divers privilèges de l’Etat, subventions, allègements fiscaux, prébendes diverses par des accords de coalition, s’exonèrent du service militaire alors que le pays joue sa survie.
Et se rebellent contre cet État qui les nourrit?
Un potentiel de 80.000 soldats. Un apport de 20% sur l’effectif total. Les soldats réservistes les plus motivés qui répondent au 6ème appel et comptent plus d’un an d’absence du foyer commencent à se sentir « Frayer ». Pigeon.
Mais ce dilemme n’est que la face visible de l’iceberg. Le fossé est profond. Un abîme.
Les orthodoxes ont peu d’empathie pour ceux qui se battent au péril de leur vie. Pas plus que leur considération pour leurs congénères laïcs non pratiquants. Regardés comme mécréants.
En face, ces mêmes mécréants nourrissent une obsession malfaisante contre ces juifs Ultra religieux qu’ils considèrent comme des sangsues vivants aux crochet de l’Etat.
Les mots sont durs, caricaturaux, mais ils traduisent un ressentiment réciproque qui va aller en se radicalisant. Il faut le voir, l’entendre, le résoudre. Sinon Israël se détruira de l’intérieur. Ce d’autant plus qu’on estime qu’en 2050, les juifs ultra orthodoxes représenteront une part importante de la population.
Car la question de l’égalité de la mobilisation n’est qu’un prétexte, un levier pour fustiger le clan des orthodoxes. Les marquer au fer rouge de l’anti patriotisme. L’accusation est exacerbée en temps de guerre.
La controverse était présente avant et ne disparaîtra pas. Qu’ils s’enrôlent ou non. Les points de dissension sont nombreux. Telle l’interdiction de transports publics le Chabat.
Dans certains milieux, ce désamour s’est transformé en haine réciproque. Il faut que cela cesse.
Mais notre premier ministre ne désarme pas. Il continue à promettre une loi d’exemption. Comme un crachat au visage de ceux qui se sacrifient.
Edelstein, le député du Likoud chargé de présenter cette loi exigeait des sanctions contre les réfractaires. Sinon cette loi sera du « bleuf ». Netanyahu l’a limogé. Désormais ce gouvernement coupe les têtes qui dépassent. Il est remplacé par le député Bismuth (Likoud) bien plus souple. La loi d’exemption sera votée en septembre.
Croyant sauver sa coalition, il creuse ainsi sa tombe. Et la cour suprême invalidera cette loi d’exemption. Retour à la case départ. Après de nouvelles élections en octobre 2026, aucune coalition ne pourra se former sans eux. Il faudra bien accéder à leur exemption. Passer par leurs fourches caudines. Tout ça pour ça!!
En attendant nul ne s’enrôle. Les réservistes continueront à servir seuls et sans renfort. Sans fin.
Tout le reste n’est que poudre aux yeux, mensonge.
Conclusion logique d’une journaliste: « Il ne veulent pas faire partie de notre société, partager nos valeurs. On se passera d’eux. Mais qu’ils n’attendent rien de notre pays. » Bref l’exclusion.
Et dans la foulée, une autre journaliste d’écrire: « Le temps de l’insoumission est arrivé. Trop c’est trop. Les réservistes doivent refuser de servir ». (Ariella Ringel Hopmann)
Traîtrise? Lucidité?
L’autre fracture réside dans la vision messianique du « Grand Israël » des Juifs orthodoxes nationalistes. Une autre branche du judaïsme religieux qui sert dans Tsahal, incarnés au gouvernement par deux ministres de droite extrême: Ben Gvir et Smotrich.
Ils veulent annexer la Judée Samarie, Gaza, et plus si affinité. La Palestine est un gros mot. Les Palestiniens inexistants. Il faut les faire disparaître.
Gaza doit incarner une revanche sur des Israéliens bien pensants qui ont abandonné en 2005 une terre conquise et occupée par 7.500 colons sionistes nationalistes. Protégés par 100.000 soldats!
Et c’est pour cette raison que la guerre ne doit pas s’arrêter avant que le Hamas soit éradiqué et la population soumise ou (et) évacuée. A entendre les plus motivés, tout doit être rasé. La vengeance du serpent à plumes. Avec une reprise de la colonisation.
Alors que les otages prennent leur mal en patience!
Il n’est ni question de libérer des terroristes qui ont du sang juif sur les mains. Ni d’accepter un accord qui signerait la fin de la guerre et le retrait de Tsahal. Si c’est le prix à payer, les otages seront libérés par la force, morts ou vivants. Ou rien.
La ministre Struck a osé déclarer qu’il fallait contrôler toute la bande de Gaza en ce compris le secteur où se trouvent les otages, même au prix de leur sacrifice.
Aussi simple que ça.
Et comme Netanyahu est prêt à tout, mais à tout, pour sauver sa coalition, il se couche.
Et comme nous l’écrivions il y a 8 jours, aucun accord n’aura lieu avant la suspension des travaux de la Knesset. Pire, Hamas semble bien décidé à pousser Netanyahu dans ses derniers retranchements et exiger le retrait total de Tsahal. Et plus Netanyahu assouplit sa position, plus Hamas augmente ses prétentions. Jusqu’à exiger libération des terroristes du 7/10!!!
Et on l’accuse de traîner les pieds, faire capoter les négociations.
La vérité c’est qu’on nous ment. Les prétendus rapprochements et optimismes d’un accord imminent sont pure invention. Hamas n’a pas bougé d’un iota. Il sait que Trump et la population sont prêts à payer le prix fort. Mettre fin à cette guerre à tous prix.
Sur le terrain, les derniers secteurs encore intacts sont en cours de démolition. La bande de Gaza est rasée. La population confinée. La faim menace. Les vidéos d’enfants squelettiques, vraies ou truquées, nous disqualifient. Comme dans les camps de la mort! Attention danger.
Le plan des extrémistes est en cours de concrétisation. Les portes de l’enfer promises par Trump sont ouvertes.
Malgré cela aucun des deux buts fixés ne se réalise. Mais l’image d’Israël dans le monde est catastrophique. Déjà les touristes israéliens sont en danger d’arrestation. L’antisémitisme est de retour dans sa version la plus tragique. C’est l’inquisition.
Et nous vivons les jours les plus sombres depuis le retour à Sion. Pas quelques jours. Des centaines. Un cauchemar sans fin. Un traumatisme qui nous poursuivra des années. Une souffrance collective ignorée, écartée par l’échelon politique. Comme si le pacte social fondamental pouvait être relégué au second plan pour assouvir des idéaux religieux nationalistes supérieurs.
La voix du peuple hurle sa souffrance. Mais la survie de la coalition paraît prioritaire. Le retour de boomerang sera terrible. Surtout lorsque le peuple va découvrir la triste réalité. Les otages seront morts, ou morts-vivants ce qui est pire encore.
Trop long, trop tard.
Voilà donc deux tragédies intérieures qui minent les fondamentaux d’une société fracturée. La guerre masque provisoirement ce qui pourrait dégénérer en une guerre civile. Il faut donc la prolonger. Tous demeurent ainsi au garde à vous. Presque tous!
Mais rien ne se règle. Au contraire. Le big bang est en marche. Les protagonistes deviennent peu à peu irréconciliables.
Pourquoi?
Parce que la religion doit être un ciment et non une source de division. Mais lorsqu’elle devient idéologie politique, elle ne peut que diviser et polluer les relations sociales. Nous y sommes.
La raison des uns est absurde pour les autres. Et vice et versa.
Le choc du 7/10 fut comme un séisme qui a annihilée la raison. On ne sait plus trop bien qui a tort et qui a raison. Chacun s’enferme dans ses convictions. Sans lucidité sur les enjeux.
Et ce n’est pas un dirigeant qui craint de perdre le pouvoir qui pourra nous sauver de ce chaos.
Mais il sera rattrapé par sa lâcheté. Le peuple ne lui pardonnera pas d’avoir vendu les otages pour sauver sa tête. Ni d’avoir envoyé toujours les mêmes au casse-pipe.
Souviens toi des grands principes:
כל ישראל ערבים זה לזה (Kol Israël arevim zè lezé)
« Tous les membres d’Israël sont responsables les uns des autres » (Talmud bavli, Sanhédrin)
L’accomplissement des préceptes religieux n’implique t il pas que l’unité règne au sein du pays.
Tout serait tellement plus simple si les deux traças évoqués n’existaient pas. Si la religion ne s’immisçait pas en politique. Mais en 1905, Israël n'existait pas.
A y regarder de plus près, le pays n’est ni prêt à modifier le régime parlementaire, ni à voter une loi sur la laïcité.
Deux maux qui polluent le pays mais dont nul ne parle. Surtout pas les orthodoxes qui en tirent le plus grand profit.
Personne ne veut scier la branche sur laquelle il est assis. Et quand le bateau coule, il faut bien jeter les chaloupes à la mer.
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