Lettre 343 Grève pour les otages
Le gouvernement avait déclaré tout au long de ce conflit qui dure depuis trop longtemps que la libération des otages était sa priorité. Qu'il soulevait chaque pierre pour aboutir à leur retour.
Mais tous ont bien compris que c'était à la condition que cet objectif soit compatible avec la "victoire totale" par l'éradication du Hamas. Un objectif honorable mais qui sacrifie fatalement les derniers otages vivants.
Et c'est précisément au moment où les négociations sont dans l'impasse que la population fait monter la pression en provoquant une manifestation monstre avec fermeture de la plupart des entreprises en signe de solidarité.
Ce gouvernement tombera pour n'avoir pas compris que la victoire c'est avant tout la libération de tous les otages. Les soldats ne risquent leur vie que pour cet objectif. C'est ce qu'on leur a affirmé. C'est ce qui soutient leur mental. Sinon à quoi bon après deux ans.
Attaquer Gaza city sera leur tombeau.
Cette grève ne bougera pas le gouvernement d'un millimètre. Netanyahu se fendra d'un nouveau discours empathique mais creux. Il a trop promis et trop peu tenu.
Malheureusement, cette manifestation, une de plus, ne fera que renforcer les exigences du Hamas. Le peuple est prêt à accepter ses conditions: Fin du conflit contre libération des otages.
Une solution qui était sur la table il y a un an. Mais entre temps il y a eu tant de soldats tombés au feu. Comment légitimer une telle solution aux yeux des familles endeuillées. Pourtant ces mêmes familles demandent aussi la fin du conflit.
Et demain, fera t on comme si ce cri du peuple n'avait pas en lieu? La police aux ordres de Ben Gvir a procédé à l'arrestation de nombreux manifestants pour trouble à l'ordre public. Cet ordre public qui a été si gravement perturbé le 7/10 et qui nécessite une solution.
Les courbes finissent toujours par se croiser. Et nous y sommes! Voilà que se rencontrent deux conceptions du conflit. Inconciliables.
D’un côté ceux qui militent pour une poursuite de la guerre dans la ligne dure qui a été définie par le gouvernement. Ne pas se soumettre au Hamas. Le contraindre à libérer les otages par la pression militaire. Le forcer à quitter Gaza et proposer à la population de la suivre. Puis annexer ce territoire. Mettre ainsi fin à la menace et éviter une récidive du 7/10. Montrer sa force pour décourager ses ennemis.
Les manifestants soutiennent une solution qui met la vie des derniers otages au centre du débat. Payer le prix pour leur libération jusqu’à accepter de se retirer de la bande de Gaza en laissant le Hamas en place. Mais se réserver la possibilité de ré intervenir en cas de violation d’un cessez le feu.
Ils seraient majoritaires selon les sondages. Mais qui leur demande leur avis?
Les deux opinions sont légitimes. L’une est sentimentale, humaine, solidaire, mais avec une fin de conflit au gout amer. L’autre est martiale, brutale mais règle le problème.
Alors regardez bien. Ne se pose qu’une seule question. Le coût face à la faisabilité.
Un deal glacial: Sacrifions 20 otages vivants pour rétablir la sécurité aux frontières et épargner des vies futures. Cela suppose une disparition du terrorisme. Une déradicalisation de la population de Gaza.
Et pour cela poursuivre la guerre en mobilisant les réservistes sur le moyen terme, deux ou trois ans, pour éradiquer la menace des tunnels et assurer le maintien de l’ordre. On a connu ça en Algérie. Mais aussi à Gaza de 1967 à 2005.
Dans les deux cas, on connaît la fin.
Mais la n’est pas l’obstacle. Ce qu’on pouvait faire auparavant ne fonctionne plus. La population musulmane dans le monde occidental est devenue influente. C’est un relai efficace du Hamas sous couvert de la défense légitime d’une population considérée comme innocente, inoffensive, pour ne pas dire vertueuse.
Le 7/10 doit être relégué à un simple épisode d’une guerre où la cruauté de l’un vaut celle de l’autre.
Le coût: 400 milliards de Shekels (50 milliards d’euros) comme un coup de fusil dans l’aile.
Et c’est pas fini. Un embargo, un isolement international, une perte définitive du soutien de pays amis. Une levée de bouclier qui renforcera nos ennemis. Bref, la destruction de tout ce qui a été construit en 75 ans. Au final un affaiblissement qui garantira un retour au 7/10. Dans deux ans Trump sera remplacé par un modéré. La carte blanche deviendra carton rouge. Il faudra renoncer à Gaza.
Et pour finir, une déstabilisations de la société israélienne déjà bien entamée.
Alors on baisse la culotte ou on met le casque lourd? Hommes de peu de foi! A un soldat, on peut tout demander quand la patrie est en danger.
Mais l’est-elle vraiment? Le Hamas est vaincu. Il n’a jamais représentée une menace existentielle. Alors pourquoi sortir le grand jeu? Monter sur ses grands chevaux? Mettre le pays en péril pour un plan d’occupation aux risques connus, avérés, déjà vus. Déjà vécus?
Il y a dans ce combat des paramètres psychologiques cachés. Des non-dits. Un refus de voir le fond du problème, sa cause profonde, jeter le bébé avec l’eau du bain. Puisque je ne trouve pas la solution, je ne fais pas dans la dentelle: « j’efface, je dynamite, je ventile, je disperse, j’éparpille, je pulvérise, façon puzzle ». (Bernard Blier dans les Tontons flingueurs)
Il nous faut faire le choix. Et nous unir tous pour le concrétiser. Mais quand la légitimité du gouvernement est remise en cause, son plan qui sacrifie les otages ne passera pas.
Pourquoi? Parce que ce gouvernement est responsable de leur enlèvement, de leur souffrance, de leur vie.
Ce jour de manifestation est un jour d’union pour la raison et contre le plan aventureux qui risque de ne mener qu’à la descente aux enfers. N’a t on pas assez souffert, assez perdu pour en remettre une couche dans un pari aventureux.
Mettre la vie au sommet de nos valeurs. Quel est le message des manifestants: « Tu as négocié pendant des mois pour imposer tes conditions, mais tu as échoué. Maintenant c’est fini. Tu ne peux qu’accepter l’offre adverse, sinon rien ».
Mais il est vrai que c’est au pire moment que le choix se pose. Le gouvernement a trop tardé. Trop "parlotté".
En fait, il n’y a plus le choix. Hamas ne reviendra pas à la table des négociations tant que ses conditions ne seront pas acceptées. Et c'est peut-être bien à cela que le gouvernement voulait aboutir. A ce qu'il n'y ait plus le choix. Machiavel n'aurait pas mieux fait!
Gaza nous revoilà. Tant pis pour les otages. Israël, pays où coulent les larmes et le fiel.
Quelle fine analyse psychologique des protagonistes et des enjeux géopolitiques et humains .. on sent quand même la propension à privilégier la solution douce permettant le retour des otages .. pourkoi ne pas imaginer les récupérer et à la moindre incartade du Hamas y retourner pour le neutraliser définitivement .. tout le monde serait content au terme de cette action en 2 temps (le cas échéant) .. le temps presse pour les otages vivants restants et la deuxième phase n’a pas de caractère urgent surtout avec un blocus sur les armes efficace et si Gaza City reste le dernier bastion terroriste qui finirait par une rédition suite à un siège hermétique.
RépondreSupprimerMerci pour ta réponse cher cousin
Francis
Bien pensé en logique du scientifique impénitent. Mais si le temps presse, c’est surtout sur le plan militaire. Trump s’impatiente. Les dégâts collatéraux s’accumulent. Les généraux veulent la peau du Hamas, maintenant. Le chef d’état major pense comme toi. Ma nouvelle lettre évoque cette dichotomie. Un vide sidéral est devant nous. Plonger ou s’abstenir?
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