Lettre 344 La guerre de Troie n’aura pas lieu

Nous vivons un drame cornélien dans toute sa splendeur. Le choix entre la vie des 20 derniers otages ou la « victoire totale » de Gaza.

Car cette fois, c’est l’un ou c’est l’autre. Pas les deux. Ni l’un pour obtenir l’autre.

Allez comprendre quelque chose! On négocie, oui mais….Libération partielle, libération totale. Rien n’est encore bien défini.

Une contradiction en apporte une autre. Cette guerre entrera dans l’histoire comme le combat du lion contre le rat pour la libération d’otages. 

La guerre des otages.


Le cheval de Troie

Car à y bien regarder, cette question n’a jamais disparu du contexte. Au contraire, chaque décision stratégique devait prendre en considération deux impératifs incompatibles: Eradication des forces maléfiques du Hamas avec l’interdiction de mettre la vie des otages en péril. Ou plus encore, négociations réitérées pour leur libération imposant trêves et retraits du théâtre d’opérations.

Un peu comme la « drôle de guerre » de 1939: J’y vais, j’y vais pas!

La mythologie grecque pourrait être d’un bon enseignement

La déesse Aphrodite  a promis à Pâris, fils du roi Priam de Troie, l’amour de la plus belle femme du monde. Cette femme est Hélène, mariée à Ménélas, roi de Sparte. Pâris part donc pour Sparte. Ménélas, respectant la loi sacrée de l’hospitalité l'accueille avec faste. Mais il doit partir pour assister à des funérailles en Crête. Hélène rencontre Pâris et vacille entre sa fidélité et l’attrait pour Pâris.

Profitant l'absence de Ménélas, Pâris met son plan à exécution. Il prend Hélène de force, l’embarque sur son navire et s’enfuit avec une partie des trésors de Sparte pour retourner à Troie.

Quand Ménélas rentre à Sparte et découvre la disparition de sa femme, il appelle aux armes et rassemble les chefs grecs (Agamemnon, Ulysse, Achille, Ajax, etc.).

Ainsi commence la guerre de Troie qui finira comme on le sait par la prise de la ville, la libération d’Hélène et son retour en Grèce.

Après l’épisode du cheval de bois, la ville de Troie sera rasée, le roi Priam et sa cour massacrés, la population déportée.

N’allons pas jusqu’à comparer le rapt d’Hélène à celui des otages. Certes non! Même s’il subsiste quelques similitudes.

N’a t on pas accueilli les gens de Gaza pour leur donner du travail, soigné leurs enfants. N’ont ils pas profité de leur séjour en Israël pour glaner des informations leur permettant ensuite de mieux perpétrer leur « razzia» et kidnapper les otages. Et cette guerre n’a t elle pas été engagée avec pour but presque exclusif de permettre leur libération.

Le résultat sera à terme quasiment identique. Gaza, terre de désolation. Élimination de ses chefs. Migration de la population.

De l’antiquité à nos jours, rien ne change, tout se reproduit, se réécrit. L’amour en moins. 

Demeure la question du cocu de l’histoire, de sa vengeance.

Netanyahu s’est fixé un but. Mettre fin aux attaques terroristes de Gaza et rétablir la sécurité. C’est un plan compliqué qui suppose une résilience du peuple qui lui fait défaut. Envahir et occuper Gaza engendre de lourdes charges, qu’elles soient économiques ou humaines. 

Netanyahu le sait, le désamour d’une partie influente de la population le force à jongler sur deux tableaux: Relancer perpétuellement les négociations et persévérer dans la conquête militaire.

Et pour donner une légitimité à ces deux actions contradictoires, il affirme que la pression militaire forcera le Hamas à assouplir sa position.

En réalité, Netanyahu joue ici un bras de fer avec le Hamas auquel il veut dicter ses conditions: Le désarmement et le départ du Hamas.

Et à défaut, occuper Gaza, éradiquer les poches de résistance et mettre en place un régime militaire en poussant à terme la population à partir.

Dans ce plan, la vie de 20 otages n’est plus une priorité. Chaque guerre engendre des pertes humaines. La pilule est dure à avaler. Mais le chef d’une nation doit savoir faire des choix, même les plus impopulaires, dans l’intérêt supérieur de la nation.

Selon Netanyahu, le Hamas serait sous « pression atomique » du fait de l’encerclement de Gaza city. On serait donc à deux doigts de le forcer à accepter nos conditions. Et de mettre en place un régime civil provisoire avec participation de l’Egypte et des pays du golfe.

Si les familles implorent d’accepter en l’état le plan agréé par le Hamas, Trump a fait preuve d’empathie mais les a incitées à la patience tout en reconnaissant que certains des 20 otages ne sont plus en vie. Voir qu’il sera très difficile de les libérer tous car Hamas conserve cet atout de survie.

Serions nous arrivés à la dernière marche de cet escalier? Et ces 20 âmes valent-elles de renoncer à une victoire totale sur le terrain.

Demeure l’éternelle question de la justesse du choix ainsi imposé et de l’adhésion de la population.

La situation serait bien meilleure pour Bibi si la réforme judiciaire et la question de l’exemption des Juifs orthodoxes n’existaient pas. 

Ces deux machinations politiques divisent tellement le pays qu’il est regrettable que Netanyahu n’ait pu les mettre en veilleuse. Le temps de la guerre.

Il se trouve donc obligé de satisfaire politiquement sa coalition en poursuivant ces projets de lois impopulaires, et dans le même temps poursuivre la guerre contre la volonté d’un peuple remonté contre lui.

Un véritable numéro de funambule dans lequel Netanyahu excelle.

Car tout le monde a bien compris que Netanyahu demeure arc-bouté sur sa position et veut s’inscrire dans l’histoire comme celui qui a mis le Hamas à genou. Sa base électorale l’exige.

Ses opposants estiment que le prix à payer est catastrophique, insupportable et mène le pays à sa perte. 

A l’inverse, accepter le Hamas comme dirigeant avec retour à la case départ paraît impossible. Insupportable.

On pouvait le faire il y a plus d’un an en libérant tous les otages. (?)

Donc il est évident qu’on ne le fera pas aujourd’hui. Il faut boire le vin quand il est tiré, le boire jusqu’à la lie.

La guerre psychologique n’a pas encore atteint ses sommets. Hamas nous a montré des images ignobles. Pris à la gorge, il pourrait bien monter d’un cran dans la cruauté. Se servir des otages comme bouclier humain. Les assassiner un à un.

La guerre des otages n’est pas terminée. Gaza serait un piège détestable, un engrenage dans lequel nous mettons la main et qui progressivement nous détruira tout entier dans un monde qui a déjà pris position contre nous, donc pour le Hamas.

Si l’Amérique de l’après Trump venait à nous abandonner, vers qui nous pourrions bien nous retourner? Ni vers la Russie, encore moins vers la Chine.

Israël a gagné toutes ses guerres avec l’appui international. Même limité.

Que représente un petit pays de 10 millions d’habitants boycotté par l’ensemble de la planète. 

Et c’est bien là que l’Iran veut nous amener.

Cette analyse réaliste ignore les acquis de cette guerre. Il y a tant de changement aux frontières. Liban et Syrie seraient en voie de pourparlers de paix. Vaincre le Hamas serait un signe très fort de notre capacité à éradiquer le terrorisme et réduire d’autant l’influence iranienne.

Netanyahu, envers et contre tous, veut forcer le destin dans un plan ambitieux soutenu par Trump et par d’autres pays arabes prêts à s’impliquer financièrement.

Netanyahu a donné ordre à Tsahal d’accélérer la campagne « Gédéon 2 » pour conquérir la ville de Gaza. Le chef d’état-major traîne les pieds car ses troupes sont éreintées. Cette campagne serait étalée sur six mois. Avec des rotations plus larges. Le général en chef Zamir s’est clairement exprimé pour l’acceptation du plan Witkof validé par le Hamas (Libération de 10 otages). « Les conditions stratégiques sont remplies pour libérer les otages ». Vous avez bien lu! Il préfère la trêve à l’invasion de Gaza ville.

Mais Netanyahu n’a toujours pas décidé de l’envoi d’une équipe de négociation, ni décidé de l’endroit. Il voudrait donc auparavant accentuer la pression militaire. 

Hamas a enrôlé des troupes fraîches, des enfants de 16-17 ans. Trop jeunes pour connaître le danger et aveuglés par l’idéologie. Une sorte de « Hitlerjunge » de 1945 montée au front pour remplacer les pertes. Un chant du cygne et une boucherie en vue.

Qui à tort, qui a raison?

La prudence enseigne qu’entre deux maux il faut choisir le moindre. La tête du Hamas vaut-elle ce plongeon dans l’inconnu.

Mais c’est ici que la politique reprend le dessus: Maintenir en vie la coalition gouvernementale.

Serait-ce au final la seule priorité?

Alors oui, nos otages sont perdus.

Et la guerre de Troie n’aura pas lieu. Comprenez que les choix stratégiques ne sont pas forcément ceux ostensiblement affichés.

Il faut se souvenir que le fameux cheval de Troie était un cadeau offert comme fin d’un conflit qui durait depuis 10 ans, sans que la ville puisse être conquise. Les Grecs l’abandonnèrent en se retirant.

Les Troyens croyant tenir la victoire l’introduisirent dans la ville et les soldats cachés à l’intérieur en ouvrir les portes et elle fut ainsi conquise.

Gaza ne serait elle pas ce cadeau empoisonné que nous avons rendu il y a 20 ans.

Nous n’avons jamais été autant tourmentés par ce questionnement. Comment faire le bon choix. Comment sortir de cette ornière. De ce choix cornélien entre la vie des otages et l’anéantissement du Hamas.

Si ce n’est pas aux familles d’otages de dicter la stratégie, Netanyahu a les cartes en mains. Il faut espérer qu’il agisse dans l’intérêt bien compris de la nation en pesant le pour et le contre.

Et comme toujours, chacun verra midi à sa porte.

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