Lettre 346 Les otages légitiment la poursuite de la guerre

 Les otages sont le capital de survie du Hamas.

Mais aussi le maillon faible qui le perdra.

Pyrrhus et ses éléphants vainqueurs de Rome

Regardez bien.

On reproche à Netanyahu d’avoir fait échouer chaque négociation pour la libération des 20 derniers otages.

Curieux, non ?

Tant que Hamas détient des otages, la guerre visant à son éradication demeure légitime. C’est la raison pour laquelle avec beaucoup de sagacité, Netanyahu a toujours déclaré qu’il poursuivait deux buts: éradication du Hamas pour libérer tous les otages.

Apparemment contradictoires, mais l’un légitimant l’autre. Et c’est pourquoi il faut que ces otages existent en tant que tels. Les souffrances et les horreurs qu’ils endurent justifient celles qu’endurent les Gazaouis.

CQFD.

Vous en voulez une preuve?

Depuis des mois, Tsahal manœuvre pour exercer une pression maximale sur le Hamas. Pour l’obliger à revenir à la table des négociations et accepter le plan Witkoff validé par Netanyahu.

Libération de 10 otages et trêve de deux mois pour finaliser la fin du conflit contre libération des derniers orages.

L’idée initiale de Netanyahu était de reprendre les combats après la première phase, comme il le fit en février 2024 puisqu’aussi bien il sait que Hamas refusera de désarmer. Voire de libérer les derniers otages.

L’inconvénient majeur, c’est que cette trêve allait permettre à Hamas de se refaire une santé, fabriquer ou faire rentrer des armes nouvelles et rendre plus difficile et longue la prise de Gaza-ville.

Et du temps il n’en a guère. Trump, sous la pression interne et internationale, le presse à aboutir alors surtout que le 8 septembre approche avec la reconnaissance d’un État palestinien à l’ONU.

Netanyahu a donc choisi la prise immédiate de Gaza-ville plutôt que la libération de 10 otages. Dura lex, sed lex!

Scandale!

Pas tant que ça. Lorsque Witkoff a présenté son plan de libération partielle en deux phases il y a six mois, les familles d’otages l’on refusé. Elles militaient comme une majorité d’Israéliens pour la libération totale immédiate et la fin du conflit.

Et on repart sur notre démonstration initiale: 

Exit le plan Witkoff et pression militaire maximale pour faire accepter par Hamas le plan de libération totale immédiate à nos conditions: désarmement du Hamas.

Évidemment, les familles d’otages changent leur fusil d’épaule et exigent que Netanyahu donne de suite une réponse positive pour la libération de 10 otages. Ce qui est pris est pris.

Mais ni son ni images. Netanyahu prépare la nouvelle campagne Markavot Guidon B.

Mais pour légitimer la prise de Gaza-ville et les dommages collatéraux incontournables, il faut impérativement que les otages demeurent bien au chaud. Ils sont la caution de la légitimité de la poursuite de la guerre.

Subitement, la monnaie d’échange a perdu sa valeur. Netanyahu joue ici avec le feu. Mais son plan est lumineux. Dans ce jeu de poker menteur, Netanyahu fait passer un message empoisonné au Hamas: « Tu crois me faire chanter avec les otages. Je te les abandonne! Tu crèveras avec eux! »

Le brelan d’as change subitement de mains, la mouche a changé d’âne. 

C’est beau, is’nt it?

Tous sont bluffés. Hamas compris.

Le peuple met la vie otages par-dessus tout. Grave erreur. Vous jouez le jeu du Hamas! Vous jouez sa partition. Changeons les règles, les priorités, que les otages deviennent ainsi un poids pour le Hamas et non un atout. Abandonnons nos valeurs morales supérieures. Agissons en terroristes pour éradiquer le terrorisme.

Stoppons ici le délire!

Mais ce serait bien la stratégie de Netanyahu. Envers et contre tous, mais avec l’assentiment de Trump. Pour un temps seulement.

Mais il y a un hic.

Toutes les stratégies élaborées à ce jour ont échouées.

Prendre position sur la frontière égyptienne (Axe de Philadelfi), couper la bande de Gaza en deux parties pour empêcher des passages d’armes. Efficacité très limitée après deux ans de guerre.

Séparer la population du Hamas. Mais après le retrait précédent de Tsahal, un million de Gazaouis sont retournés autours de Gaza-ville dans le Nord, le reste est demeuré au Sud. Un échec.

Modifier les méthodes de distribution de l’aide humanitaire pour priver le Hamas de cette manne. Le Hamas a lancé une campagne médiatique pour alerter le monde sur une prétendue famine. Échec bien embarassant.

Couper l’aide humanitaire pour affamer la population et tordre le bras au Hamas. Comme un boomerang en pleine figure. Hamas s’est retiré des négociations et la France a annoncé la reconnaissance d’un État palestinien. Un autre échec.

Et maintenant, déplacer la population de Gaza-ville vers le Sud pour isoler le Hamas et pouvoir détruire son bastion principal.

En trois semaines, 10.000 personnes ont accepté de partir. Désormais, Hamas bloque la sortie et menace. Couper eau, électricité et aide humanitaire? Impossible.

Alors comment? C’est le dilemme annoncé par le chef-d’état major Zamir. Ses soldats ne sont ni des gardes chiourmes, ni des Totenkopfs.

Il faudra un « certain temps » pour réaliser cette opération qui va coûter cher, très cher en vies humaines. En cruauté mentale. En dangers permanents pour les soldats et pour les otages. Mais aussi pour les Juifs dans le monde.

Netanyahu zappe et ne voit que le but. Son but. Sa victoire. Son allégorie. Être reconnu comme un Charles Martel qui a fait reculer le terrorisme arabe à Gaza.

Mais Gaza n’est pas Poitier. Et nous ne sommes pas en 732. Les massacres sont prohibés. Tout comme se protéger derrière la population. Mais qui en fera reproche au Hamas? Puisque qu’il est qualifié d’organisation terroriste, il dispose de tous les moyens du terrorisme. Sans limites.

Allons nous vers un nouveau Stalingrad ou la prise de la Smala d’Abdelkader par le duc d’Aumale?

Ce plan lumineux ne répond pas aux impératifs de Trump. Dans un mois, si rien n’aura bougé, l’encerclement de Gaza-ville nous vaudra bien des tracas. Et rien ne sera réglé pour la population parquée dans le Sud, ni structures, ni habitat adapté pour passer l’hiver.

Imaginez la suite, la bronca internationale.

Et surtout oubliez les otages. Cessez de manifester. Dans ce plan ils ont un rôle, ils ont changé de costume, changé de répertoire. Ils sont l’alibi de Bibi. Dans le prochain tableau de ce théâtre de l’horreur, ils reprendront leur rôle de martyrs aux bons soins du Hamas, cruauté oblige.

Leur perte sera aussi celle de Netanyahu. Car au final il ne fera pas mieux que de nous replacer dans les affres de l’occupation. Hamas sera vaincu, certes,  mais toujours vivant sous une forme ou une autre.

Et ce qui est extraordinaire, c’est que pas un ministre, pas un membre de la coalition, pas même un député orthodoxe, ne s’est levé pour émettre un bémol. Rien. Interviewés, ils reprennent tous les propos de Bibi comme des perroquets. Tous d’accord, tous soumis. Tous pour un, un pour tous, mais personne pour les otages. Comme dans les régimes totalitaires. On se tait.

La guerre des otages aura fait tout au plus 20 victimes. Un peccadille au regard des morts sur la route ou des pertes militaires.

900 soldats ont péri à ce jour. La barre des milles sera dépassée.

Un peu d’humour noir s’impose.

En raison des bombardements perpétuels perpétrés par le Hamas depuis des années, nombreux étaient ceux qui invitaient le gouvernement à envahir la bande de Gaza et de régler son compte au Hamas. 

A une femme qui militait pour cette solution, un commandant lui remis une pétition à signer ainsi libellée:

« J’exige que Tsahal envahisse Gaza même au prix de la vie de 1.000 soldats »

Au moment de signer, cette mère de plusieurs enfants en âge de combattre jeta la plume.

A ça non!!!

Pourtant nous y sommes.

Reste à voir le résultat.

La prise de la Smala eut lieu le 16 mai 1843. 120 ans plus tard, la France quittait l’Algérie la queue entre les jambes après 12 ans d’une guerre atroce.

Et elle venait tout juste de se faire virer en 1954 de l’Indochine après la chute de Dien Biên Phu.

Et de rappeler notre mantra:

« On ne fait pas la guerre avec 250 otages entre les mains de terroristes, ou alors on les sacrifie »

CQFD.

Ce qu’il fallait démontrer.

Soyons justes, 210 otages ont été libérés vivants. Ce qui prouverait que Netanyahu tord le cou à notre mantra. Et qu’il peut faire du « en même temps ». A condition de prendre son temps. De mobiliser encore et encore. 40.000 réservistes en septembre, autant en novembre et décembre à grands renforts d’avantages financiers pour motiver la mobilisation.

Pyrrhus, vous savez ce grand chef de guerre grec parti pour combattre les légions romaines en - 280 avec ses redoutables éléphants, et gagna deux batailles à Héraclée et Auscule.

Mais dont les pertes étaient telles qu’il aurait déclaré: « Encore une victoire comme celle-là et je suis perdu ». Contrairement à lui, Rome avait des ressources inépuisables. Il du se retirer.

C’est exactement ce qui se produit dans la guerre d’Ukraine. Celui des deux belligérants qui possède le plus de ressources militaires vaincra. Ce n’est qu’une question de temps.

Et comme disent les Arabes, « vous avez les montres, nous on a le temps ». Et pour eux, la vie n’a pas le même prix. 

Voulez vous encore une référence historique. 

En 1565 la flotte ottomane de Souleimane le Magnifique sous le commandement de Mustafa Pacha, faisait le siège de l’île de Malte. Depuis cette île, les Chevaliers de Malte attaquaient les navires ottomans. Mais il opposèrent une telle résistance sous la direction de Jean de La Valette que l’amiral ottoman du renoncer. On lui attribue le dicton devenu légendaire « Malta Yok!» (Malte beurk, Malte n’existe pas). Ce qu’on ne peut vaincre n’existe pas.

Mais comparons ce qui est comparable.

La culture c’est comme la confiture………Mais c’est toujours bon à prendre en ces temps nouveaux de sa chute.


Commentaires

  1. Bref, personne ne sortira victorieux de cette guerre.C'est clair.Trop de resentiment de part et d'autre.Elle continuera indéfinitiment sous une forme ou une autre.Même la creation d'un état palestinien n'a plus de sens ni aucun avenir.
    Tous condamnés à combattre éternellement.
    C'est le signe aussi que quelquechose nous depasse dans un conflit dont les racines ne sont pas que terrestres.
    On ne tue pas les ideologies de quelque bord qu'elles soient.

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    1. Ceux qui veulent reconnaître un État palestiniens mettent tant de conditions que leurs déclarations sont caducs et ne servent qu’à calmer les esprits et acheter une paix sociale dans leur pays.
      Au bout du compte on se souviendra un jour que les accords Abraham permettaient d’éviter cette conflagration, même si à terme il fallait Reconnaître un état palestinien lequel n’aurait pu vivre sans s’associer d’une façon ou d’une autre à Israel.
      L’ Option qui est choisi aujourd’hui par l’extrême droite tend davantage à Nous isoler totalement du reste du monde par un plan visant à chasser les palestiniens.
      Le 7 octobre Est un drame qui ne justifie pas tout et le blocus qui risque de se créer contre Israel y compris par les Américains, risque de nous affaiblir et ouvrir précisément la porte à d’autres 7/10

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