Lettre 357 Le jour d’après en marche
Un silence assourdissant est tombé sur la région.
Un ange passe. Chants, danses, rires et pleurs en même temps.
Il y a un temps pour la guerre. Il y a un temps pour la paix. Avant c’est trop tôt. Après c’est trop tard. La fenêtre de tir est parfois difficile à saisir.
Les héros sont fatigués. Le peuple espère un retour à la normale.
A force de parler de paix, une colombe blanche va t elle apporter un brin d’olivier. Car tout fini par arriver. Forcément.
Recep Tayyip Erdoğan, l’homme fort du Moyen-Orient
Le 7/10 a été vécu comme un uppercut qui nous a sonné. Il a aussi sonné l’heure de la réflexion. Comme un signe divin que notre chemin semé d’embûches exigeait une pause, un regard nouveau, une respiration profonde. Avoir le courage d’être lâche. Pas facile pour un Israélien. Ce moine-soldat patriote toujours vainqueur car dos au mur.
Et pour la première fois, Tsahal dispose d’une telle avance technologique et stratégique sur ses voisins, que cette guerre a été portée hors nos frontières, jusqu’à 2.500 km.
Mais le petit poucet de Gaza a résisté. Avec des armes non conventionnelles contre lesquelles chars et bombardiers n’ont pas d’effet déterminant. Il a donc fallu revenir sur terre. Et faire ce que la morale de la Torah nous enseigne. Rétablir le pacte sécuritaire entre le peuple, son armée et ses dirigeants: Libérer les otages.
Deux hommes aux objectifs séparés ont fini par aboutir à ce résultat très improbable. Trump, dans la droite ligne de Biden, a élaboré un plan ambitieux de paix absolument lunaire, inaccessible, mais avec obstination obsessionnelle. Il y croit. Il persuade. Il fait de ses désirs des réalités.
Netanyahu était coincé dans une obsession opposée. Réussir l’incroyable mission au but double. Libération des otages par la pression militaire jusqu’à éradication du dernier terroriste.
Mais après deux ans d’une guerre usante, destructrice à l’intérieur comme à l’international, il était temps d’en tirer les conclusions. On ne gagne pas une guerre contre des terroristes avec 250 otages entre leurs mains.
Et revenait comme une lancinante litanie cette interrogation de la légitimité de ce plan de guerre qui nous éloignait toujours plus des accords d’Abraham.
Trump a choisi un moment critique pour imposer sa vision. Le moment où l’élastique allait rompre du fait de la pression politique internationale que Netanyahu et son gouvernement voulaient ignorer.
Trump a averti que nous allions dans le mur et qu’il ne pourrait plus rien pour nous. Il a donc mis fin à cette guerre. Stop au nom de la raison. De sa raison. Celle du plus fort.
Netanyahu annonce clairement à sa base qu’il analyse cette trêve comme une étape qui ne met pas fin au conflit. Il veut se ménager une porte de sortie. Reprendre la guerre si nécessaire.
Le jour historique n’est pas celui de la libération des otages. Ce jour arrive tard. Très tard. C’est celui du jour d’après. Cet après que Netanyahu n’a jamais voulu ni définir ni envisager. Cet après qu’il redoute. Qu’il voulait repousser après la guerre. Après une victoire qui devait l’immuniser. Le blanchir. Mais qui sera sa perte.
Et après le temps passé, l’analyse des actions militaires, des succès impressionnants de Tsahal, de l’inhumanité du Hamas, le Monde a besoin de faire retomber la pression. De revoir sa copie, chacun de son côté. De prendre de la hauteur, de l’objectivité.
Et contrairement à ce que voudrait faire accroire la rue arabe d’Europe, Hamas n’a jamais été autant détesté, notamment par les pays du Golfe, même par le Qatar qui semble vouloir s’allier au plan de Trump. Imposer ainsi un autre logiciel aux dirigeants du Hamas. Se civiliser. Tout un programme!
Et maintenant que le conflit a pris fin, et qu’un gouvernement neutre doit être mis en place, qui voudra encore soutenir le Hamas? L’empêcheur de tourner en rond. Les mouches vont changer d’âne!
Car nous y sommes.
Le jour d’après prend forme avec ceux que précisément nous voulions écarter du jeu: la Turquie, le Qatar, l’Autorité palestinienne.
Est-ce la clairvoyance de Trump et de ses conseillers? Est-ce la déconfiture de la politique du gouvernement?
Erdogan à notre porte. Pour faire entrer le Hamas dans le rang. Ubuesque!
Et comment Netanyahu pouvait t il se positionner face aux pays arabes venus en Égypte pour régler l’avenir de Gaza et de la Palestine en son ensemble.
Une dynamique est en marche à grand coup de milliards. Sorti de Gaza, Israël n’a plus voix au chapitre. Ce n’est plus notre affaire. Netanyahu aurait finalement été invité à la conférence de Charm. On se demande ce qu’il aurait pu y faire alors qu’il s’agissait de signer sans discussion un plan qu’il refuse d’agréer en l’état.
Le devenir de la bande de Gaza sera piloté par Trump avec le Turc comme policier et le Qatar comme financier. Ces deux soutiens du Hamas auront ils la volonté d’exécuter le plan en le désarmant.
Car ce n’est pas Macron assis au rang des figurants qui pourra faire bouger les lignes. C’est aux dirigeants de la région d'y mettre de l’ordre. Un pari hasardeux mais absolument génial. Le temps des colonies est terminé.
Dans 15 jours il deviendra clair que nous n’avons plus la main. Que ce consortium agira comme bon lui semble. Mais il a signé. Trump ne les lâchera pas. La voie est tracée.
C’est à n’en pas douter la fin des slogans et mantras qui nous guidaient vers une guerre sans fin. Vers cette conception qu’il n’y aura jamais de paix avec les Arabes. Qu’un bon Arabe est un Arabe mort. Ou que le Hamas ne respecte aucun accord.
Au moment même où l’Indonésie, le plus grand pays musulman de l’Asie déclare vouloir intégrer les accords d’Abraham et donc normaliser ses rapports avec Israël. Comment demeurer droit dans nos bottes dans cette conception nihiliste?
(270 millions d’habitants dont 85% de musulmans dont le président est attendu en Israël!!)
Alors rappelez-vous de la vision messianique de Théodore Herzel:
« Si vous le voulez vraiment ce ne sera pas un rêve »
אם תירצו אין זו אגדה
(IM TIRTSOU EIN ZO AGADA)
« Et c’est parce que c’était impossible que nous l’avons fait » ( Mark Twain)
Et c’est cet homme rejeté par une partie du monde occidental qui veut appliquer cette maxime, avec des pays arabes qui reconnaissent sa force de caractère, sa force tout court. Cette force qui a cours au Moyen-Orient.
Et quand on vit au Moyen-Orient, il faut bien s’entendre avec ses voisins. Et renforcer les liens avec ceux qui acceptent de négocier. La aussi il y a un prix à payer. Ce prix qui nous paraît impossible après le 7/10. Et que le plan Trump veut mettre à l’ordre du jour.
L’ennemi d’Israël et du monde libre c’est l’idéologie islamiste. Et c’est au monde arabe de la détruire. Les Frères musulmans ont été bannis de la plus part des pays Arabes. Il leur appartient de poursuivre le travail contre les organisations terroristes qui gangrènent la région.
Et en tout premier au Qatar de soutenir les Palestiniens contre le Hamas. Et dans ce grand destin régional, il y a une entité qui reviendra au premier plan: La Palestine.
La aussi il y a une conception qui a la peau dure: « Ce futur Etat ne peut être qu’un ennemi de plus aux portes d’Israël ».
C’est évident. Mais regardez!
Jordanie, Syrie, Liban, autant de pays à nos frontières, autant de pays ennemis potentiels.
Et pourtant.
Ni ces pays et encore moins leurs peuples ne sont nos ennemis. Ce sont les régimes islamistes qui les dirigent qu’il faut combattre, provoquer leur chute.
Tel est bien le cas de l’Iran.
Soyons lucide.
Laissons aux responsables arabes la mission de régler l’avenir de Gaza. Tant que notre sécurité n’est pas menacée, pourquoi entraver les projets de paix de Trump.
Le jour d’après sera aussi le jour des comptes.
Ce jour que la guerre a masqué. Repoussé. Effacé. L’ardoise est lourde. Très lourde. A tous points de vue. Et le retour des otages est la quadrature du cercle. Ces otages qui vont témoigner. Qui vont découvrir qu’ils ont été abandonnés par des politiques qui préféraient une guerre de conquête pour occuper Gaza.
Ils sont en droit de demander des comptes. Des explications. Des excuses. Des indemnités.
On nous a imposé une autre conception: Pas d’enquête publique avant la fin du conflit. Ainsi les responsables sont demeurés en place.
Morts comme vivants pointent du doigt ceux qui ont failli. Militaires, services de renseignements, hommes politiques. Voici venu le jour de présenter vos excuses et d’assumer vos responsabilités.
En dehors de toute politique. Mais aussi par la censure politique qui ne tardera pas à venir.
Tous ont été libérés mais beaucoup manquent à l’appel. Soldats tombés au champs d’honneur, civils et militaires enlevés, persécutés, exterminés. Otages qui ont péri faute d’accord. L’œil de Caïn vous regarde, vous demande des comptes.
Et les succès militaires ou politiques n’effaceront pas cette lourde responsabilité.
Ce d’autant plus que la fin de la guerre ne rétablit pas complètement le pacte de sécurité avec les citoyens.
Ici et maintenant vont se jouer deux événements majeurs de ce jour d’après. Le destin de la bande de Gaza et la purge des scories d’un drame terrible qui nous hantera encore longtemps. En faire l’économie serait pire que le mal. Un cancer qui continuerait à se propager.
Hier, personne ne voulait en assumer la responsabilité.
Aujourd’hui, chacun cherche à tirer la couverture à soi pour s’attribuer la paternité de ce jour historique qui met fin au drame. Les mêmes qui refusaient de mettre fin à la guerre pour libérer les otages, veulent aujourd’hui s’en attribuer le bénéfice. Une façon de retourner sa veste. De prendre le « Trump » (le train en marche).
Il n’y a qu’un seul contributeur à ce succès: Ce formidable peuple et son armée d’élite. Et ceux qui chaque samedi soir sont venus manifester avec conviction place des otages. Ces Kaplanistes anonymes qui n’ont jamais relâché la pression contre un gouvernement hermétique.
Ces femmes et hommes de l’ombre qui ont colonisé les ponts avec drapeaux noirs et banderoles pour crier leur amour des grands principes qui fondent notre démocratie. Ceux que l’animateur de télé Arthur a appelé le « Dôme de faire ».
Trump est le promoteur. Israël est son tremplin vers un couronnement qui lui revient. Et s’il aboutit dans son projet fou de faire à Gaza une zone de tourisme et de prospérité, nous serons les premiers à la coloniser. Dans le bon sens du terme.
Qui aurait pensé qu’il pourrait y avoir plusieurs vols par jours entre Tel Aviv et Dubaï.
Les pessimistes sont ceux qui ne veulent pas sortir de leur conception éculée. Israël n’a pas été construit pour lancer une croisade messianique, mais pour servir de refuge, de sanctuaire au peuple juif. Dans la paix avec ses voisins.
Quand certains parlent de paix, Trump essaie de la faire. Et puisque les armes se sont tues, faisons tout pour qu’elles demeurent comme une sentinelle. Comme une garantie contre une récidive.
Et alors, alors seulement, ce qui n’aurait jamais dû se produire ne se reproduira pas.
Le client mécontent d’une étude notariale se présenta à l’accueil en criant haut et fort: « Je suis venu tirer les choses au clair ».
Le clerc de notaire en charge du dossier s’esquiva rapidement pour mettre « ses choses » à l’abri.
Netanyahu n’est ni clair, ni clerc, mais il est comptable. Il ne pourra pas longtemps s’esquiver. S’il a pu s’excuser devant le Qatar, refusera t il de s’excuser face à son peuple?
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