Lettre 358 Israël retrouve sa place dans le concert des nations

Israël lèche ses plaies.

Le retour des otages et la joie des familles ne masque qu’en apparence l’angoisse du jour d’après.


Sommet de Charm el Cheikh pour la paix à Gaza

On découvre que rien n’était prêt. Cette phase 2 signée à Charm ressemble à une pétition de principe. Une opération théâtrale et médiatique. Elle laisse un vide sidéral dans une cessation des combats bien éphémère.

Mais ce provisoire amène deux évidences:

* Hamas rétablit son ancien ordre nouveau

* Tsahal demeure l’arme au pied et va progressivement démobiliser

Cet espace de paix permet à chacun de souffler. De se refaire une santé. D’oublier les affres de la guerre. Sauf que le Hamas demeure provisoirement le maître des secteurs urbanisés. 

Et aussitôt le territoire libéré par Tsahal, Hamas a pris position en armes, a commencé par régler ses comptes avec ses opposants, ceux accusés de collaboration avec l’ennemi. Des exécutions sommaires et publiques ont aussitôt été mises en scène pour bien marquer les esprits. Les soldats israéliens postés sur la ligne jaune assistent à ce qu’ils considèrent comme un massacre, une épuration d’opposants. Mais ils n’ont aucun pouvoir pour intervenir.

Trump vient d’accuser le coup et menace le Hamas d’intervention s’il ne cesse ces exécutions.

La population vit à nouveau sous cette contrainte.

Cette reprise en main mérite d’être analysée. Elle s’accompagne d’une campagne de recrutement pour renforcer les rangs et remplacer les pertes. Les tunnels n’ont été que partiellement détruits. 

Et si Tsahal a eu tant de mal à déloger le Hamas, comment une force étrangère pourra en venir à bout si tel est l’objectif. 

Cette force a un nom. « Force internationale de stabilisation ». Mais elle n’a ni goût ni couleur. Il serait question de la Jordanie, l’Egypte, et d’autres pays musulmans tous aussi improbables les uns que les autres.

Vous avez compris. Rien de bien défini. Autant dire rien. Avec quel mandat, quel statut, quel armement?

Une belle Arlésienne. Une Jeanne d’Arc sans les voix.

Hamas aura tout le temps de se réorganiser, de se réarmer. Et si cette force voit le jour, elle sera face à une armée déterminée qui lui tiendra tête. Plus le temps passe, plus les velléités d’intervention seront vite refroidies.

Ne restera plus qu’à faire appel au seul acteur capable: Tsahal.

Mais Trump demeure serein. Interrogé sur la question du désarmement du Hamas, il a affirmé s’être entretenu avec ses dirigeants qui ont accepté. « Ils vont désarmer, je vous le dis. Et sinon, on les désarmera. S’il le faut par la force ».

Fermer le ban!

Tout est tellement improbable que cela se produit, se concrétise. 

Alors comprenez bien.

La veille de la prise de Gaza, nous étions sur le point d’ajouter une vaste démolition aux démolitions massives. Nous enfoncer plus encore dans la peste noire. Hamas bénéficiait d’un soutien moral absurde et indécent.

Le réflexe du faible contre le fort. Fut il le pire criminel. En décrétant la fin de la guerre, Trump nous a sorti de cette ornière. Il nous a replacé sur la  photo de famille et a inversé la vapeur. 

Désormais le Hamas reprend sa place naturelle d’organisation terroriste qu’il faut désarmer. Et tous sont raccord avec cette nécessité. Ainsi en demeurant l’arme aux pieds, nous gagnons cette bataille médiatique que le Hamas nous avait ravie. Preuve que nous avons trop tiré, trop bombardé sans aboutir à un résultat.

L’histoire reprend un cours naturel: l’humanité contre les forces du mal. Nous nous étions fourvoyés. Trump nous a remis sur le droit chemin. Celui de la seule victoire possible. La force légitime. Une légitimité issue du 7/10. Une légitimité qui résonne avec nos valeurs fondamentales reconnues, appréciées, approuvées. Du ban des nations nous voilà revenus au banc des bons élèves. Des premiers de la classe!

De ceux qui mettent la vie des otages au-dessus de tout.

Et Trump a aligné les étoiles du Moyen-Orient en associant à cette force légitime toutes les nations influentes. Il veut poursuivre la dynamique et acculer le Hamas au désarmement. Par la force morale. Par la pression de ceux qui jusqu’alors le soutenaient. Mais qui ont signé son abandon puisque la guerre est finie.

Hamas va donc se retrouver tout nu avec l’Iran comme seul soutien toxique. Avec une population qui va rapidement s’allier aux forces internationales dès qu’elles auront pris pied. Il est possible que Hamas n’attendra pas cette extrémité pour négocier un départ. Comme le fit l’OLP de Yasser Arafat en août 1982 pour quitter le Liban sous la pression de Tsahal en se réfugiant en Tunisie.

Après son départ, l’OLP cessera la lutte armée pour donner préférence à la diplomatie. Mais comparaison n’est pas raison.

Et si un jour prochain Tsahal est appelé à agir à nouveau pour parachever le désarmement, il le fera avec l’assentiment international aux côtés des forces alliées. 

La voie royale! Chapeau l’artiste.

Trump a mis de l’ordre dans la photo de famille. Nous retrouvons notre place au premier rang à côté de l’oncle Sam. Hamas affaibli, déconfit, n’est plus sur la photo. Il doit disparaître. Se faire oublier.

Macron est au dernier rang, près du chauffage et baille aux corneilles. L’essentiel n’est il pas de participer.

Et dans l’immédiat.

Hamas n’a livré à ce jour que 9 corps sur 28. Et prétend qu’il a livré tous les corps qu’il détenait. Il affirme faire tous les efforts pour localiser les autres, mais il manquerait de moyens techniques.

Il affirmait pourtant les détenir tous. Et Tsahal sait qu’il détient pour le moins 10 corps qu’il retient. Pour les trois derniers corps restitués, Israël a restitué 45 dépouilles de terroristes. C’est la jauge: 1 pour 15.

Trump n’estime pas en l’état qu’il s’agisse d’une entorse aux accords et déclare qu’il autorisera Tsahal à agir par la force si Hamas fait de la rétention. Mais que lui seul donnera l’ordre.

Il se veut le maître du jeu. Netanyahu est son subordonné. Situation surprenante de vassalité.

Israël a rempli sa part: 1.968 terroristes ont été élargis des prisons israéliennes vers la Judée Samarie. Parmi eux, 1700 activistes qui ont été faits prisonniers pendant la guerre et qui n’ont pas participé aux massacres du 7/10.

Les terroristes lourds n’en font pas partie, ce qui pourrait expliquer la nonchalance dans la restitution des corps.

Nous sommes donc dans une situation provisoire car indéfinie. Mais la dynamique enclenchée ne doit pas s’arrêter.

Et la phase B est déjà en cours de discussion en Égypte. Il serait question d’envoyer un premier contingent de 1.000 policiers palestiniens recrutés par l’Autorité palestinienne pour l’augmenter à terme à 10.000.

Israël va freiner des quatre fers mais Trump décidera.  On ne peut laisser le vide s’installer.

Car la stratégie serait la même que dans les autres pays limitrophes, Syrie, Liban et Irak où les milices ne disparaissent pas, mais se novent en forces politiques sans faire usage de leurs armes. Ou si peu.

Avec Gaza, la situation est un peu différente car le gouvernement provisoire de paix demandera du temps pour s’installer. Trump a donc de facto admis que pendant une période provisoire, Hamas demeure la force armée qui continuera à faire respecter le calme. Même à sa façon. Sinon le chaos pourrait s’installer.

C’est en l’état la seule force structurée capable de faire la police. Le plan ne demande pas la disparition du Hamas mais son désarmement. Par contre, comme toute force de police, il pourrait conserver ses armes de défense jusqu’à ce qu’un Etat organisé s’installe.

C’est une réal politique très éloignée des objectifs fixés par le plan lequel reste à négocier. Et bien évidemment, avec le temps qui passe, Hamas sera incontournable lorsqu’un gouvernement, tout aussi provisoire, devra être constitué. L’idée serait de le pousser à quitter son idéologie pour devenir un parti de gouvernement associé à la marche de l’Etat.

Une sorte de libanisation ou de « Hezbolatisation » de la bande de Gaza.

Voilà qui contredit les lignes qui précèdent. On voit mal ce qui dans l’immédiat pousserait Hamas à fuir. On lui a donné les clés. Il va les conserver. Pas comme squatter. Il est chez lui et y reste.

Le pari de Trump, c’est que faute de pouvoir éradiquer le Hamas jusqu’au dernier terroriste, il faut s’attaquer à l’idéologie. La tempérer. Calmer le jeu en le privant de ses soutiens. De ses financiers.

Le limiter à une organisation politique.

« Si tu ne peux pas vaincre militairement ton ennemi, fais en ton ami ». Un ami bien incontrôlable.

Car enfin, deux millions de Gazaouis vont retourner dans leur maison en ruine. Il faudra bien revenir à la situation antérieure pour la distribution de l’aide humanitaire, des aides financières. Restaurer des hôpitaux, dispensaires, écoles etc…

Et même si on met en place un pouvoir militaire parallèle, il sera contesté par le Hamas. A qui la population devra t elle s’affilier. À celui qui le nourrit? À l’étranger installé par la contrainte.

Mais tout cela n’est que provisoire.

Il y eut après guerre des ponts provisoires construits par les alliés qui ont perduré vingt ou trente ans!

Et lorsque l’Indien perd son chemin, il revient au dernier point connu. Nous y sommes. Repartons du bon pied.

Avec Trump comme chef scout! 

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