Lettre 363 La guerre des otages s’achève
Nous demeurons dans l’attente des derniers cercueils. Ainsi une page sombre devrait se tourner.
Revenons ensemble sur cette guerre qui avait pour but premier de libérer les otages, et pour priorité absolue annoncée, d’exterminer le Hamas.
Le père Trump à l’instituteur Herzog: « C’est un si bon garçon. Tu pourrais peut être renoncer à la punition » (Sources: Gay Morad dans Yediyot)
Car vous aviez bien compris depuis longtemps que ces deux objectifs menés de front rendaient la campagne de Gaza bien compliquée.
Il y a ceux qui exigeaient cette libération quel qu’en soit le prix. Donc accepter la fin des combats et Hamas comme dirigeant de Gaza. Mais avec possibilité de reprendre la guerre avec les mains libres.
Et ceux qui affirmaient que seule la pression militaire musclée permettrait de contraindre Hamas à une négociation avantageuse. Libérer les otages tout en demeurant militairement dans la bande de Gaza. Forcer le Hamas in fine à déposer les armes.
En prenant un raccourcis, le gouvernement a tenté de faire les deux en même temps. Pression, négociation. En trois phases successives.
Il s’avère que si la pression militaire a contribué à la libération des otages, elle n’a pas été suffisante pour éradiquer le Hamas.
A la veille d’une bataille décisive d’encerclement de la ville de Gaza, en octobre 2025, Trump a mis un véto en imposant un plan prévoyant un cessez le feu contre libération des 20 derniers otages.
Revoyons le fil de cette saga.
Le 7 octobre 2023, Hamas a capturé 251 otages vivants et a emmené les corps de personnes massacrées.
Pendant trois semaines, Tsahal à lourdement bombardé la bande de Gaza, puis ses troupes ont pénétré et mis le Hamas en déroute. Sans approvisionnement, Hamas a demandé un cessez le feu par le truchement du Qatar.
L’accord mis en œuvre le 24 novembre 2023 prévoyait la libération de 50 otages contre 4 jours de trêve et libération de prisonniers palestiniens dits « de haute sécurité » et l’entrée de l’aide humanitaire. La trêve a été reconduite plusieurs fois à raison de deux jours contre 10 otages supplémentaires.
Au total, 112 otages furent libérés dont 86 Israéliens. Plus de 230 terroristes ( Sur 10.000 détenus) furent élargis des prisons israéliennes.
Le 1er décembre 2023, la trêve pris fin en raison des violations perpétrées par le Hamas par tirs sur Israël.
Demeuraient donc 139 otages vivants entre les mains du Hamas.
Au cours de l’année 2024 Tsahal réussi à libérer 7 otages en trois opérations mais en tua 3 autres par tirs erronés. Hamas détenait donc en théorie 129 otages.
En fin d’année, Hamas détenait encore 96 otages vivants, dont 94 kidnappés le 7/10 et deux autres qui avaient pénétrés à Gaza auparavant.
C’est dire que selon ce décompte macabre, 35 otages ont perdus la vie au cours de l’année 2024, soit par assassinats, mauvais traitements ou en conséquence des bombardements.
Sous la pression du président Biden, des pourparlers furent engagés en mai 2024 pour libérer d’autres otages. Hamas proposait de libérer tous les otages contre une fin de conflit et sortie de la bande de Gaza par Tsahal.
Netanyahu sous pression de ses deux ministres de droite extrême qui voulaient occuper Gaza, a refusé ce deal pour sauver sa coalition.
Le 17 janvier 2025, un accord très proche de celui envisagé en mai 2024 fut entériné par le gouvernement. On a donc perdu huit mois.
Les termes de cet accord ne furent pas dévoilés dans leurs détails. Ils prévoyaient trois étapes.
Une trêve de 42 jours contre libération d’otages et de prisonniers terroristes selon la jauge de 1 pour 30 pour les otages civils et 1 pour 50 pour les soldats. Tsahal devait se retirer de l’essentiel du territoire et autoriser la population à revenir vers le Nord.
La deuxième phase comprenait la libération du reste des otages vivants, puis la restitution des corps lors de la troisième phase. Ainsi qu’une sortie totale de la bande de Gaza.
La trêve débuta le 19 janvier 2025 pour six semaines. Au total, 30 otages furent libérés. 66 demeuraient donc en théorie en vie entre les mains du Hamas.
Le 18 mars, Tsahal mis fin à la trêve. Contre toute attente, le gouvernement a refusé d’envoyer une équipe de négociateurs pour la phase 2. Ceci sans tenir compte de l’avis des autorités militaires, religieuses et populaires qui exigeaient la libération de tous les otages ainsi que l'accord le prévoyait.
Cette reprise des combats eut un effet dévastateur sur le plan international après qu’Israël décida de couper et l’aide humanitaire, et tout approvisionnement en eau, carburant et électricité. On parla de génocide.
Sur les 66 otages encore vivants, seuls 20 demeuraient encore entre les mains du Hamas lors des négociations d’octobre 2025.
46 otages supplémentaires seraient donc décédés entre temps soit une perte totale de 81 otages décédés en cours de détention.
Il s’agit principalement des corps restitués au cours des trois trêves.
Nous aboutissons après deux ans d’une guerre dévastatrice à une situation qui nous est imposée par Donald Trump, qu’elle nous plaise ou non. Hamas a repris les rennes à Gaza. Israël détient une zone de sécurité dont elle devra sortir dès qu’une force internationale prendra pied à Gaza.
Il sera alors hors de question que Tsahal intervienne. Tout est décidé à partir de la base de commandement américain de Kiryat Gat.
Des mauvaises langues affirment qu’un résultat identique pouvait être obtenu de mai 2024 ou janvier 2025 et épargner ainsi la vie de nombreux soldats et otages. Ces mêmes farouches opposants au régime reprochent à Netanyahu d’avoir torpillé plusieurs occasions d’accord pour sauver sa coalition.
Nous allons tourner une page douloureuse du conflit qui nous mine depuis cent ans. Nous en sortons avec un goût amer:
* Un peuple fracturé et sans consensus sur les questions qui fâchent. (Réforme judiciaire, exemption militaire, liberté de la presse, enquête publique sur les causes et responsabilités du 7/10)
* Une nation au tréfonds du bannissement avec un réveil de la rue arabe et de l’antisémitisme primaire
* Une sécurité en question pour les populations déplacées (Galilée et enveloppe de Gaza) et placées dans les mêmes affres que précédemment.
* Une société américaine qui nous soutient désormais du bout des lèvres avec une jeunesse propalestinienne
* Un État palestinien plus que jamais à l’ordre du jour
Et ça n’est pas tout!
* Le Turc Erdogan en pleine ascension dans les pays périphériques à Israël et allié au Qatar pour prendre pied à Gaza. Tout ça faute d’avoir organisé depuis longtemps « le Jour d’après ». (Trump a besoin de leurs lourds investissements pour doper son économie en berne)
En résumé, bien des batailles gagnées mais aucune solution aux dangers qui nous guettent.
Une seule satisfaction: Tout au long des lettres qui précèdent, la vie des otages a été le fil conducteur de notre combat. Que de temps perdu! Que de slogans éculés et finalement abandonnés! Que de sangs versés! (Osera t on écrire en vain!)
Alors regardez bien.
Le 7/10 est déjà oublié dans le reste du monde. Un épisode désastreux et qui n’aurait jamais dû arriver. Dont le Hamas est coupable, mais dont nous sommes responsables pour avoir baissé la garde. Et comptables envers les victimes.
Mais certains voudraient aussi le faire oublier en Israël. En en changeant le nom. « Guerre de renaissance » plutôt que guerre du 7/10 ou des otages. Comme pour en effacer les erreurs politiques sinon militaires. En refusant de désigner une commission d’enquête publique qui pourrait faire tomber des têtes. Dont celle de Netanyahu pour avoir permis le financement du Hamas par le Qatar.
Il y avait d’autres chemins. D’autres façons de voir. D’aboutir à une résilience collective qui nous fait tant défaut et qui fut l’un des mobiles qui ont concouru à l’attaque du Hamas.
Non, cette guerre n’est pas née du vide. Le contexte de division du pays a préexisté, demeure et va encore faire couler beaucoup d’encre sinon de sang.
Rien n’a été apuré. La pseudo résilience sous les bombardements a rapidement disparu.
Au final, la seule victoire dans cette guerre bien trop longue, c’est la libération des otages, de tous les otages, du moins de ceux demeurés vivants.
Il faudra un jour prochain s’interroger sur les raisons pour lesquelles trop nombreux sont ceux revenus dans des cercueils. Et qu’on aurait pu sauver.
Vous avez le droit de penser que cette libération est le fruit de la pression militaire ou de la détermination du gouvernement. Elle eut aussi un prix.
Et que retiendra l’histoire de cette dévastation? Aurons nous un jour à rendre compte des crimes de guerre que l’on nous impute?
Par contre il est évident que le plan Trump en fut la consécration. Et il est en marche. La base militaire à Kiryat Gat ne serait qu’une localisation provisoire. Elle ne peut décemment demeurer en Israël et inclure des soldats venus de pays étrangers voire hostiles.
Cette base doit être transférée à …….Gaza. Un budget d’un milliard de dollars est prévu et le commandement américain prospecte pour définir l’endroit de sa construction. Cette base pourrait accueillir quelques milliers de soldats américains mais aussi de pays engagés dans le désarmement du Hamas.
Dans l’immédiat, personne ne se bouscule au portillon. Il y aurait dit-on un possible contingent de Gazaouis prêt à en découdre avec le Hamas. Armer le peuple contre son dictateur.
Avec Kiryat Gat comme centre de commandement et une base opérationnelle au cœur de Gaza, deux acteurs actuels pourraient occuper un rôle très secondaire: Tsahal et Hamas.
Une projection rapide pourrait bien dicter la construction d’un port et d’un aéroport pour assurer l’indépendance de l’approvisionnement. Il faudra aussi construire des routes et des dispensaires. Ce n’est pas encore Rammstein, mais on sait combien ces bases américaines sont sources de prospérité.
Alors regardez bien. La Riviera pourrait bien ainsi prendre forme. Herzl l’avait bien annoncé:
אם תרצו אין זו אגדה
IM TIRTSOU EIN ZO AGADA
(Si vous le voulez vraiment, ce ne sera pas une légende)
Pour le coup, Trump semble bien décidé à ne pas lâcher l’affaire. Dans cette base, il pourra faire entrer ceux qu'Israël refuse d’agréer. Turquie et Qatar. A moins que l'Arabie Saoudite et l'Egypte se décident à envoyer des troupes pour leur couper l'herbe sous les pieds.
Netanyahu paraît bien passif devant la prise en main de Trump. Quelle mouche Tsé Tsé l'a piqué?
Un début de réponse nous est venu par l’algarade de Trump qui s’est fendu à la Knesset d’un trait d’humour déplacé à l’adresse du président Herzog: « Mais pourquoi n’accordez vous pas votre grâce présidentielle à Netanyahu? Il fait un très bon travail! ». (Voir la carricature ci-dessus)
Et de réitérer cette intrusion dans les affaires internes par une lettre très officielle de président à président, avec cette affirmation que ce procès serait purement politique.
Herzog s’est drapé dans sa dignité en renvoyant l’impétrant à suivre la procédure adéquate. Elle prévoit que cette grâce ne peut être accordée qu’à un condamné, ou contre la reconnaissance de culpabilité supposant un retrait de la vie publique.
Netanyahu déclare y réfléchir mais refuse de plaider coupable. Il faudrait donc gracier un innocent. Au pays des merveilles, rien d’impossible!
Netanyahu aurait il négocié l’appui personnel de Trump contre une soumission sur les affaires de Gaza? Trump lui a t il promis de le soutenir dans sa prochaine campagne électorale? Une nouvelle lettre est-elle prête?
Il y a aussi l’aide américaine sur les 20 années à venir qui est en cours de discussion au parlement à raison de 5 milliards de dollars par ans pour l’achat d’armements. Et qui impose donc de faire profil bas.
L’affaire des 200 terroristes du Hamas bloqués dans les tunnels dans la zone sous contrôle de Tsahal devrait nous éclairer. Une seule solution envisageable: Reddition et direction prison.
Si Netanyahu accepte qu’ils puissent être épargnés comme Trump le demande, la vassalisation de Netanyahu sera complète.
Et dans tout deal, il y a forcément une contrepartie. Bon pour lui ou pour le pays? Cette question lancinante nous occupe depuis le début de son procès. Donc il eut fallu soit ne pas le commencer, soit y mettre fin dès le début de la guerre. Mais en vertu de quoi? L'intérêt supérieur de la nation? Cet intérêt supérieur ne dictait il pas que l'accusé démissionnât?
A l’entendre, la situation n’a jamais été aussi bonne. Tout dépend à qui on pose la question.
Il y a certes des raisons d’optimisme dans la possible normalisation avec plusieurs pays autrefois ennemis. Une arlésienne qui se fait attendre car conditionnée par la création d’un État palestinien. Mais que Trump, encore lui, va nous l'imposer. Et faire ainsi notre bonheur. Un État palestinien à l’horizon.
Et puisque nos politiques hésitent depuis des décennies à franchir le Rubicon, c’est un ami de l’extérieur qui va le décider à notre place.
Netanyahu pourra dire aux détracteurs de son propre camp qu’il n’avait pas le choix. Les politiciens sont emprunts de réal politique. Ils ne hurlent pas lorsqu’on les viole.
Ainsi va la vie en Israël.
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