Lettre 364 L'Etat palestinien demeure un concept
Deux événements majeurs s’entrechoquent.
D’une part la validation du plan Trump par l’ONU, et d’autre part le marché du siècle signé entre l’Arabie Saoudite et les USA sur fond de normalisation ratée.
Trump occupe le devant de la scène depuis des mois sur tous les théâtres d’opération. Il avait besoin de l’aval de l’ONU pour engager la phase 2 de son plan et mettre sur pied une force de pacification et de désarmement du Hamas.
Seuls, Chinois et Russes se sont abstenus. Un plébiscite.
Ce plan Trump est tellement bien léché qu’il ne pouvait en être autrement. Il traduit la volonté générale. Jusqu’au point 18 concernant l’esquisse timide d’un Etat palestinien.
Et c’est à cet instant précis que le prince héritier vient planter sa flèche: Pas de normalisation avec Israël sans processus abouti vers l’indépendance de la Palestine.
Comprenez bien. Le plan de paix Trump est trop vague quant à la création d’un Etat palestinien. Les Saoudiens veulent des actes concrets en Judée Samarie. Et les actes criminels perpétrés par des activistes de droite extrême contre des villages arabes ne sont pas pour arranger les choses.
Le prince héritier savait qu'il pouvait retarder son entrée dans les accords d'Abraham sans que Trump en prenne ombrage et refuse de lui vendre les F35.
Trump s’est assis sur la sécurité d’Israël.
América first!
En Israël on s’interroge sur cette nouvelle entorse aux intérêts nationaux. Netanyahu ne réagit pas. Mais le peut-il puisqu’il refuse de modifier sa position concernant la Palestine: C’est un niet catégorique.
Voyons de plus prêt comment analyser ces événements.
La loi américaine « Qualitative Military Edge » (QME) du 15 octobre 2008 vise à garantir qu’Israël dispose d'une supériorité militaire qualitative dans la région. Cette politique repose sur des accords bilatéraux et des engagements des États-Unis à fournir des équipements militaires avancés à Israël, en veillant à ce que le pays conserve un avantage technologique et tactique sur ses voisins.
L’avion furtif F-35 a une capacité de réduction de la signature radar, ce qui lui permet d’opérer dans des environnements très défensifs sans être facilement détecté. Il est aussi doté de capteurs avancés, d’une avionique de pointe, et d’une capacité de fusion des données lui offrant une connaissance situationnelle optimale. En termes de performance, il a une portée importante, une grande agilité, et il peut transporter une variété d’armements, ce qui en fait un appareil polyvalent et redoutable.
L’F-35 israélien se distingue surtout par des améliorations spécifiques et des adaptations locales. Par exemple, Israël a intégré des systèmes de communication, de surveillance et d’armements sur mesure, adaptés à ses besoins opérationnels. De plus, Israël bénéficie d’une coopération étroite avec les États-Unis, ce qui lui permet d’avoir accès à des technologies avancées et des mises à jour plus rapides.
Peut on craindre qu'Israël perde cet atout stratégique majeur?
D’une part, ces avions ne seront livrables que dans 6 ans. D’autre part, les USA ont implantés des codes et puces intelligentes dans ces avions qui permettent de les contrôler, leur interdire un territoire, voire de les neutraliser. Les avions furtifs israéliens sont libres de ces dispositifs.
Autant d'arguments qui pourraient nous tranquilliser.
Demeure la crainte que l’Arabie Saoudite pourrait tomber entre les mains de régimes hostiles.
Mais ce deal comporte aussi un accord de défense américain plaçant de facto l’Arabie Saoudite dans l’axe anti iranien aux côtés d’Israël avec une possible future normalisation.
Un autre marché pose difficulté: La vente d’un réacteur d’enrichissement nucléaire civile mais qui démontre une volonté possible de multiplication de l’arme nucléaire.
Mais lorsqu'un pays ami vous annonce qu'il va investir un trillion (mille milliards) de dollars chez vous, toutes les difficultés sont balayées.
Cet État palestinien est-il pour demain?
Si le 7/10 fut un tournant plaçant l’Etat palestinien hors sujet pour toutes les composantes de l’arc politique israélien, il n’en fut pas de même à l’international.
Si Trump a pris la main, c’est qu’il est persuadé que nous ne pouvons pas poursuivre dans le déni. Que le 7/10 est le signe que seul un vaste mouvement vers des accords de paix régionaux peut apporter la sécurité. Cette sécurité mise à mal, et qui après deux ans de guerre demeure en question.
Et la preuve en est que si nous disposons d’une armée exceptionnelle taillée pour combattre et soumettre des États ennemis, elle peine à soumettre une organisation terroriste qui ne respecte aucune loi.
Le plan en 20 points nous a apporté le calme, le retour à la routine. Sans alertes ni angoisses. Bref, la belle vie au pays des merveilles.
Soyons serein mais demeurons vigilants.
Car si jusqu’à présent l’ONU avait voté à de multiples reprises pour la création de cet État, les USA avaient toujours usé de leur véto pour bloquer ce qui était considéré comme une prime au terrorisme et un danger pour la stabilité moyen-orientale.
Mais qu’y a t il donc de changé?
Cette fois, c’est l’Amérique qui a proposé cette création validée les yeux fermés par la quasi totalité de la planète.
Notre opposition farouche semble bien isolée dans le concert des nations qui aspirent à ajouter un État arabe supplémentaire à nos portes.
Revenir ainsi à la solution à deux États. Revenir en 1947. Réparer ainsi la bourde du refus des pays arabes qui nous a valu tant de tourments.
N’allez pas si vite en besogne!
Il y a les mots, les aspirations. Mais la réalité n’a pas changé. En proposant de mettre en place un processus vers l’indépendance palestinienne, le plan Trump ne fait rien de plus que de valider l’Autorité palestinienne en Judée Samarie (Cisjordanie) et ne dit rien de concret sur le devenir de la bande de Gaza et de la réunion de ces deux entités.
Car lisez bien le point 18:
"Pendant que la reconstruction de Gaza progresse, et si le programme de réforme de l’Autorité palestinienne est fidèlement mis en œuvre, les conditions pourront devenir propices à une voie crédible vers l’autodétermination et la reconnaissance d’un État palestinien, en tant qu’aspiration du peuple palestinien."
(Voir lettre 354 in fine)
Avez vous compris quelque chose? Si, si et encore si tu es bien gentil, je boirais une bière à ta santé!
Il n’y a à ce jour aucun représentant capable de représenter les Palestiniens dans leur ensemble. Abou Mazen vient de fêter ses 90 ans et son successeur présumé est corrompu et détesté.
Par contre, le vote de l’ONU valide le mandat donné aux Américains pour mettre en place une force internationale de stabilisation (ISF). Il serait question de l’Indonésie et de l’Azerbaïdjan. Il n’y a ni calendrier, ni modalité du statut de cette force.
Et de façon assez exceptionnelle, le Conseil de paix devant gérer la bande de Gaza est placé sous la présidence de Donald Trump pendant la période transitoire courant jusqu'à fin 2007.
Tout se trouve donc entre les mains de Trump, mettre en place cette force de militaire et constituer un gouvernement provisoire.
Quand à la Judée Samarie, niente. Nada. Le statu quo. Ce plan a été concocté pour permettre à Netanyahu de le signer des deux mains. La Palestine demeure un concept. Une vue de l’esprit. Si Abbas a approuvé ce plan, il ne lui apporte rien d’autre qu’un strapontin dans la future gouvernance de Gaza. Par contre, on n’imagine pas Israël autoriser l’entré du Fatah à Gaza.
Mais voilà le hic. Si tout est entre les mains de Trump, on a vu comment il est capable de traiter ses « amis » lorsque ses intérêts et ceux de l’Amérique sont en jeu.
Côté Hamas, c’est un niet catégorique. Il se veut protecteur de son peuple. Comme vous le savez, le ridicule ne tue pas.
Nous sommes donc très très loin d’une Autorité palestinienne déclarant son indépendance et encore moins d’une reconnaissance par ces mêmes États qui ont approuvé le plan.
La rue arabe ne s’y est pas trompée: elle ne pavoise pas. La phase 2 donne carte blanche à Trump. Il devient le maître de Gaza.
C'est désormais à lui de jouer.
Dans ce big deal du siècle, nous demeurons spectateurs. Il faut bien avouer que le pays a assez souffert. N'oublions pas les trois otages assassinés demeurant entre les mains du Hamas.
Qu'ils ne passent pas en pertes et profits.
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