Lettre 365 Comment pacifier Gaza

À Gaza comme ailleurs, il y a loin de la coupe aux lèvres.

La phase 2 a été entérinée par l’ONU. Elle doit aboutir à permettre à son terme, l’indépendance de l’Etat palestinien. Si toutefois elle aboutit à son terme.

Qui est le maître et qui est le chien?

 (La solution en fin de page)

C’est écrit en toutes lettres et approuvé par notre gouvernement. Il a donc intérêt à ce que ce plan échoue en cours de route.

Mettre en place un gouvernement de technocrates ne pose pas de grandes difficultés. Hamas a même donné son accord et sans y participer. Voilà une question résolue. Mais dans l’immédiat, personne à l’horizon.

Pourquoi? Comment s’installer dans Gaza pour mettre en place une administration et organiser la distribution de l’aide alimentaire sans être soumis au dictat du Hamas. Et ainsi n’avoir aucune marge de manœuvre. A l’instar de ce qui se passe au Liban avec le Hezbollah qui dicte sa loi.

Il faut donc qu’au préalable se mette en place cette fameuse force de pacification. On aurait pu imaginer qu’elle soit composée de soldats américains et anglais en partenariat avec Tsahal. Mais rien de tout ça n’est prévu. Trump s’est exclu de ce bourbier et la trêve implique qu’Israël demeure l’arme au pied dans sa zone jaune.

Alors qui? 

Deux candidats se sont présentés: l’Azerbaïdjan qui voudrait normaliser ses relations avec Israël et l’Indonésie pour redorer son blason sur le plan international.

Il serait question d’un contingent de 20.000 soldats. La première interrogation concerne le financement. Bonne question, merci de l’avoir posée. 

Car ces mercenaires ne seront pas placés sous le drapeau de l’ONU. Ni sous celui des USA, même s’ils devront agir sous ses ordres.  

« Wer soll das Bezahalen? » en bon français!

Il ne manque pas de finances pour reconstruire Gaza, mais payer des soldats pour se battre contre des terroristes! Payer leur solde, payer des dédommagements pour décès ou infirmité. Fournir des armes, des véhicules, des casernements.

A t on pensé à tout ça?

On peut supposer qu’à la base militaire américaine de Kiryat Gat, on planche ferme sur la logistique. Les 21 pays qui y sont représentés ont formé des commissions pour définir les grandes lignes de la composition de cette force, jusqu’à la couleur des uniformes.

Il va donc falloir mettre la main à la poche et le milliard de dollars budgétisé par Trump pour construire une base militaire dans Gaza devrait trouver à s’y investir.

Mais Hamas règne en maître à Gaza de sorte qu’il s’opposera à cette construction. Elle ne pourra donc se trouver que dans la zone jaune sous contrôle de Tsahal.

Quant aux troupes, une fois les conditions fixées et approuvées, elles devront suivre une formation spécifique, et les conditions d’ouverture du feu devront être précisées.

    • La résolution de l’ONU autorise l’ISF « à prendre toutes les mesures nécessaires » (“all necessary measures”) pour mener à bien son mandat. Cela est généralement interprété comme une clause de force coercitive.  
    • Certains analystes affirment cependant que la résolution est formulée de façon ambiguë : elle ne mentionne pas explicitement “Article 42” (celui qui autorise l’action militaire coercitive)

Voilà bien des étapes sensibles qui vont nécessiter un consensus international. Hamas a restauré ses tunnels et mobilisé des forces. Ses stocks d’armes n’ont pas été totalement anéantis et la contrebande n’a pas cessé.

On voit mal comment une armée limitée en nombre et en moyens (Aucun avion, chars…) pourrait réaliser ce que Tsahal n’a pas réussi en deux ans!!

Bon courage.

Et pour combien de temps? Ce fut la seconde question.

Ils pensent déjà au départ avant même d’arriver.

Mais comment ne pas avoir quelques doutes sur le possible affrontement de soldats qui n’ont aucune acrimonie les uns contre les autres. Pour ces soldats « mercenaires», quelle serait leur motivation pour s’étriper avec des terroristes qu’ils ne connaissent ni d’Eve ni des dents.

Il y a quelque chose qui sonne faux dans cette partition. Ils ne feront rien de plus que les casques bleus. Surveiller, patrouiller. Percevoir leur solde. C’est tout.

Il fallait trouver des factions ennemis au sein même des Palestiniens. C’est le peuple qui doit se libérer de ses chaînes.

Trump aurait il sous estimé cet obstacle? Il se peut que oui. Et il commence déjà à s'impatienter. Et Netanyahu traine les pieds, exigeant que les deux derniers corps d'otage soient restitués avant de passer à la phase 2.

Et Hamas qui a bien compris le message, retarde cette restitution. Ainsi rien ne se passe. On retrouve à nouveau Hamas et Netanyahu sur la même ligne. Gagner du temps.

Netanyahu a bien compris que le plan Trump comporte un point de culbute: Aucun pays n'est prêt à envoyer ses soldats au casse-pipe! La date du 1er janvier 2026 fixée par Trump parait illusoire.

Les Américains avancent "plein gaz avec le frein à main serré". Jaja mon général!

Et les Turcs torpillent toute velléité de pays étrangers pour être le seul avec le Qatar à pouvoir envoyer des troupes. Hamas a fait savoir qu'il mettait son véto sur tout autre force. 

Et comme de bien entendu, Netanyahu met à son tour son véto, espérant qu'au final, faute de combattant, c'est Tsahal qui ira faire le ménage.

Si l'Egypte est sur les rangs, on sent bien que si tous sont calé dans les starking block personne ne veut provoquer un faux départ.

Résultat: Le désarmement de Gaza n’est pas pour demain, et la déradicalisation pas pour après demain.

Nous allons donc demeurer dans 50% de la bande de Gaza en ruine et quasiment sans habitants. Pour un temps certain puisque notre retrait ne doit intervenir que lorsque la force d’interposition sera en place et aura pacifié le territoire.

Et c’est pourquoi nos ministres de droite extrême ne se manifestent pas. Netanyahu a du les persuader que nous occuperons cette partie de Gaza en laissant les autres faire le sale boulot de l’autre côté. Tout bénéfice. Avec en prime une possible implantation de colonies.

Au final, si ce plan se perd dans les sables, Hamas redevient un capital à protéger comme garantie que la Palestine restera également dans les sables.

La même conception qu’avant le 7/10.

Diviser pour régner. En attendant, le gouvernement devra manger son chapeau mais quand il deviendra évident qu’on ne peut se débarrasser du Hamas, Israël reprendra la main à la première incartade.

Et Trump, voyant que rien n'avance, risque bien de prendre la seule option qui ne relance pas la guerre: Faire entrer de troupes turques envers et contre tous.

Alors regardez bien.

Le prince saoudien MBS a émis un doute sur la possibilité de désarmer le Hamas et surtout pas avec un contingent arabe. Un musulman ne tire pas sur un frère de religion.

Comment lui donner tort.

Il propose une version B du plan Trump. Commencer la reconstruction dans la zone jaune sous contrôle de Tsahal pour y loger les Gazaouis. Et sous notre protection. Reconstruction, déplacement de la population, puis désarmement progressif. Et pourquoi pas par Tsahal si personne n’y va.

Il pose un caillou dans notre jardin. Exit les ambitions de colonisation de nos extrémistes. A moins qu’elles puissent se concrétiser sur l’espace libéré par le Hamas, donc en bord de mer.

Fantaisie? L’important n’est il pas de donner à chacun des raisons d’approuver.

Le financement est la. L’Arabie Saoudite l’a proposé.  Alors pourquoi attendre une improbable force de désarmement bien mal armée mentalement.

Avec une population sous tente et sous influence terroriste. La déradicalisation est aussi importante que le désarmement du Hamas qui se fera peut être naturellement dans son isolement et sans aide extérieure.

Disons le in petto. Nous sommes au point zéro du plan Trump dans sa phase 2. Trump doit choisir la bonne option. Israël aussi: Avec ou sans l’Arabie Saoudite.

Trump a dit « avec ». C’est à nous de parler.

Ben Salman dispose des clés. Il en a les moyens. Tous le suivront. Il suffit que Trump donne le feu vert. Netanyahu, comme à son habitude suivra. Trump ne lui a t il pas promis de le sauver des prisons internes ou internationales.

Il paraît que c’est ce qui explique que Netanyahu est devenu son « Yesman ».

Et pour preuve, le commandement américain de Kiryat Gat réduit ses troupes pour laisser place aux conseillers militaires d’une vingtaine de pays, pays arabes inclus, lesquels planchent sur les conditions juridiques de l’appropriation des terrains privés sur lesquels il est question de procéder à la reconstruction. Ils planifient également le déplacement de populations vers la zone jaune sous contrôle de Tsahal. Certains pays insistent pour que l’Autorité palestinienne soit chargée de constituer le nouveau gouvernement provisoire.

La bande de Gaza serait ainsi coupée en deux dans le sens nord-sud. La nouvelle Gaza à l’Est serait reconstruite tandis que l’ancienne Gaza à l’Ouest serait laissé à l’abandon jusqu’à pacification. Une forme de « mur de Berlin » séparera ces deux zones et Netanyahu aurait donné son accord.

En pratique, la force de pacification prendrait position dans la nouvelle Gaza, puis plus tard, tenterait de désarmer le Hamas demeuré dans l’ancienne Gaza. Il paraît ainsi évident qu’aucun pays membre de la coalition n’envisage d’envoyer des troupes dans la partie ouest sous contrôle du Hamas.

Selon des sources confidentielles citées par le journal Aharetz, les services de sécurité n’auraient pas été consultés. 

Et de tout cela, peu de choses transpirent. Netanyahu s’aligne sur les décisions prises à la Maison Blanche. Il espère qu’au final toute cette construction s’effondre et que Tsahal puisse reprendre la main. Mais que pourra t on faire avec 20.000 soldats étrangers en place, sinon plus.

Si ce plan B progresse, Tsahal devra se retirer et la bande de sécurité disparaîtra complètement et ne sera sécurisée que par cette force internationale. Une sorte d’aventure que goûte peu l’état major.

C’est l’histoire du patron d’une entreprise forestière américaine  qui donne des instructions à son esclave noir.

« Tu vas couper du bois. Prends ta hache et longe le fleuve jusqu’au croisement. Tu me suis? »

« Je te suis bouana. »

« Tu tourneras à droite puis à gauche après le grand chêne. Tu me suis? »

« Je te suis bouana, je te suis »

« La, tu couperas trois arbres que j’ai marqué en rouge »

Le patron veut s’assurer que son noir a bien compris et lui demande: « Tu as compris. Dis moi où? »

Et l’esclave de répondre docilement: « Où! »

C’est peu ou prou la condition de notre premier ministre. 

Le premier gramophone n’a t il pas été vendu sous la marque connue de « La voix de son maître ». (His Master’s Voice)

En 1898 le peintre anglais Francis Barrau peignit sous ce titre un tableau représentant le chien Nipper face à un phonographe et qui reconnaît l’enregistrement de la voix de son maître décédé peu avant. 

En 1900, la Gramophone Company adopte l’image comme marque commerciale. C’est l’un des logos le plus connu au monde.

En France, Pathé Marconi, filiale du groupe, commercialise des électrophones sous cette marque et logo en français. Jusqu’à l’ère des cassettes et CD où la marque se mutera en chaîne de magasins.

Il y a un autre maître au Moyen Orient que le chien Donald écoute attentivement. MBS et ses trillons de pétro dollars. La normalisation faisait partie du deal des F35. C’est cuit. Désormais c’est normalisation contre Etat palestinien.

Netanyahu ferait bien d’acheter un gramophone de la marque. Mais il y a dans son gouvernement des chiens Nipper qui écoutent un autre disque avec la voix d’un maître autrement plus spirituel.

A chacun son disque. A chacun son maître. A chacun son chien. A chacun sa voix(e).

Mais il n’y a plus de gramophone pour les écouter. Au fait, dans quelle langue d’outre tombe parlait le maître du chien Nipper?

Aucune importance puisqu’un chien ne comprend pas la langue des hommes. C’est souvent aussi le cas des hommes entre eux.

Au fait, qu’est devenu le chien Nipper? Il est mort en 1895 et a été enterré dans le jardin de la famille Barrau. 54 Clarence street Kingston dans le Surrey (Angleterre). Plus tard, la banque Barclays a construit une agence sur cet emplacement.

Il subsiste une plaque. « Sur ce site fut enterré Nipper, le chien qui inspira l’image ‘His Master’s Voice’. »

Auriez vous imaginé une telle histoire? 

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