Lettre 375 L’aide humanitaire, la manne du Hamas

 Pour une fois, il ne sera pas question de Trump!

Est-ce bien possible? Il pourrait bien prendre le sujet en main. Il aime tant passer du coq à l’âne.

Le passage de Rafah vient d’ouvrir ses portes dans les deux sens. Il y a les mesures possibles, surtout celles qui dépendent d’Israël. Il y a celles qui n’avancent pas car elles dépendent du Hamas. Mais patience et longueur de temps valent mieux que force ni que rage.

Un passage limité au strict minimum

Rafah est le seul point de passage qui n’est pas frontalier avec Israël, mais avec l’Egypte. Il est constant que la contrebande passait par là ou par les tunnels qui donnent sur le Sinaï égyptien. Avec l’assentiment du gouvernement égyptien bien qu’il s’en défende. Version jésuite.

Après avoir mis son véto, Netanyahu a plié sous condition qu’il y ait plus de sorties que d’entrées. Et sous contrôle de Tsahal à distance. 

En rouge, la zone sous contrôle israélien, en gris, celle où se trouve la population sous contrôle du Hamas

Mais qui donc voudrait entrer à Gaza. Les journalistes sont exclus. Sécurité oblige. Et ceux qui ont quitté Gaza ne peuvent que retrouver leur maison en ruine.

Les candidats à la sortie sont nombreux. Dès le premier jour, une centaine de malades a été autorisée à quitter l’enclave pour se faire soigner à l’étranger. Ce flux devrait se poursuivre pour autant que des pays d’accueil acceptent de les intégrer pour raison médicale, pour suivre un cursus d’études ou sous le statut de réfugié politique. 

Le scandale du  « transfert volontaire » est en marche. Comme par enchantement plus personne ne s’y oppose.

Mais comme les Palestiniens vivent en communautés tribales, il y a fort à penser qu’ils ne quitteront pas si vite ce statut de réfugié dont ils profitent depuis quatre générations. Une prébende inédite dans l’histoire onusienne.

Et comme Trump promet de leur construire de luxueuses résidences face à la mer, s’éloigner serait s’égarer.

Et dans cette seconde phase du plan, il est question d’un renforcement de l’aide humanitaire. 4.500 camions par semaine. Le double de ce qui est nécessaire en rapport avec la population. Le Hamas fait le plein et perçoit des taxes sur les commerçants.

Mais il faut bien satisfaire un monde occidental qui a tant vociféré au vu des images d’enfants en malnutrition. 

Fake news ou non
© Photo de Mahmoud ssa/Anadolu via Getty Images / Photo de Mahmoud ssa/Anadolu via Getty Images - la famine à Gaza

(Ce photographe est l'auteur de multiples photos de ce type dont certaines sont contestées. Mais elles ont circulé de façon virale)

Quoi qu'il en soit.

Une noria de camions est en marche. Vive la vie!

Il est incroyable de voir que cette marchandise entre gratuitement à Gaza et que l’UNRWA subventionne les familles pour leur permettre de s’approvisionner. On paie deux fois la même marchandise. Un comble.

Une économie qui permet au Hamas de s’imposer comme le dirigeant incontournable, que nul ne délogera. Et on voit mal Tsahal reprendre une campagne qui avait provoqué un tollé, et encore moins mettre fin à cette aide alimentaire pléthorique.

Car cette trop fameuse aide alimentaire a été et demeure le nerf de la guerre.

Et mal nous en a pris d’avoir voulu couper les vivres. Nous avons été accusés de crime de guerre.

Une association dénommée Tsav 9 a milité pour cette suspension considérant que si les otages étaient privés de tout, ni soins, ni conditions sanitaires, une pita pour quatre par jour, il n’y avait aucune raison de fournir quoi que ce soit à Gaza. Ni eau, ni électricité, ni carburant. Rien, le blocus complet.

Pour info, Tsav 8 est l'ordre de mobilisation ordinaire adressé aux réservistes pour une durée variable. Tsav 9 est un ordre de mobilisation à effet immédiat pour une durée limitée de trois semaines dans les cas d’extrême urgence. On comprend mieux l’usage de ce sigle. Se mobiliser contre le passage de l’aide humanitaire.

Ces activistes ont organisé des manifestations notamment devant la Knesset. Et avec un certain succès puisque l’aide humanitaire a été bloquée pendant trois mois du 2 mars au 18 mai 2025.

Néanmoins ce moyen de pression n’a pas apporté l’effet escompté et sous la pression internationale il a fallu y mettre fin sans résultat tangible.

Par contre les organisations palestiniennes se sont servies de cet épisode pour lancer des plaintes pénales ciblées grâce aux reportages médiatiques permettant leur identification.

Ainsi, le parquet national antiterroriste (PNAT) a ouvert au printemps 2025 une information judiciaire à Paris pour “complicité de génocide” et “incitation au génocide”. Rien que ça!

Dans ce cadre, des mandats d’amener ont été délivrés en juillet 2025 à l’encontre de deux franco israéliennes, Maître Nili Kupfer-Naouri (Association Israël Is Foreveret Rachel Touitou (Organisation Tsav 9), accusées d’avoir organisé ou participé à des blocages de convois humanitaires destinés à Gaza. 

Maître Nili Kupfer-Naouri

Ces mandats visent à les faire comparaître devant des juges d’instruction. Si elles ne se présentent pas, les magistrats pourraient transformer ces mandats en mandats d’arrêt, avec des procédures d’extradition depuis Israël. 

Il existe certes des accords d’extradition entre la France et Israël, mais sous conditions strictes concernant les citoyens israéliens. 

En l’occurrence, Israel refusera d’extrader ces personnes considérant qu’elles n’ont commis aucune infraction.

Ces activistes ont déclaré qu’elles agissaient dans le cadre de la liberté d’opinion et pour la défense de leur pays.

C’est tout un sujet. Alors regardez bien.

Nul n’est sensé alimenter son ennemi. Surtout lorsque l’aide fournie est captée par le gouvernement ennemi. A plus forte raison si ce gouvernement n’est autre qu’une organisation terroriste. Et qui plus est qui détient des otages dans des conditions inhumaines.

Alors quoi?

Le point de rupture du raisonnement se trouve dans la proportionnalité du blocus. 

Israël soutient que :

  • l’aide est détournée par le Hamas
  • elle alimente l’effort de guerre de l’ennemi

Les critiques répondent que :

  • le blocage affecte massivement les civils
  • le contrôle de l’aide est insuffisant ou arbitraire
  • l’impact humanitaire est disproportionné

Le débat juridique ne porte donc pas sur le droit de bloquer, mais sur la proportionnalité, la distinction entre civils et militaires, et l’intention réelle.

Et la question des otages ?

Sur le plan strictement juridique :

  • aucun lien automatique entre blocage humanitaire et libération d’otages
  • utiliser la souffrance civile comme levier n’est pas reconnu comme moyen légal

Sur le plan politique et stratégique, certains États estiment que la pression fonctionne d’autres qu’elle durcit l’adversaire.        

Mais où se trouve donc le curseur de cette proportionnalité? 
Les tribunaux connaissent ce principe dans les affaires de légitime défense. Dans un monde où la violence devient endémique, la définition demeure celle d’une proportionnalité où la victime devient l'agresseur et doit se justifier, prouver le bien fondé de sa réaction.
Une mini Shoah commise par le Hamas ne justifie t elle pas l’usage d’une force extrême en retour? D’un blocus.
Car quand l’ennemi est partout dans la population, et que celle-ci peut plus en être distinguée, l’ennemi ne forme t il pas un bloc indistinct. 
Mais l’Occident continue à appliquer ses définitions obsolètes en abaissant le seuil des crimes de guerre ou contre l’humanité. On se doit d’attendre d’un pays comme Israël une totale retenue. L’icône de la moralité devrait tendre l’autre joue au lieu d’utiliser la méthode de la terre brûlée.

Et voici donc ces deux Franco israéliennes poursuivies sur un fondement légal plus que discutable alors qu’elles n’ont fait que militer, sans qu’on puisse considérer que s’opposer physiquement au passage de camions puisse matérialiser à lui seul un blocus. 

L’autre question est de savoir pourquoi la justice française s’investit dans ce type de procédure. Maître William Goldnadel a été choisi par ces deux prévenues qui ont décidé de ne pas répondre à une convocation dont elle ont pris connaissance par le truchement de la presse

Il convient d’ajouter que le dépôt d’une « plainte avec constitution de partie civile » devant un juge d’instruction permet à tout particulier d’activer une procédure pénale et oblige le juge d’instruction d’instruire.

Instruire ne veut pas dire juger. Il faut espérer que l’affaire fera l’objet d’une décision de non-lieu.

Cette affaire n’est pas unique.

De nombreuses plaintes sont en cours devant divers pays contre des soldats identifiés grâce aux réseaux sociaux et aux images diffusées par les soldats eux-mêmes. Erreur de jeunesse. Tsahal y a mis un terme et depuis lors, tout soldat répondant à la presse apparaît toujours à visage masqué.

Les plus célèbres d’entre eux sont Netanyahu et Galant poursuivis devant le tribunal pénal international. Bas les masques! Trump est intervenu pour dénoncer cette chasse aux sorcières. Reste à savoir si cette honorable juridiction ne va pas être remplacée dans le grand chamboulement de l’ordre nouveau qu’il veut imposer.

Voyez-vous. On finit toujours par parler de lui. Et il aime ça. Que ce soit en bien ou en mal.


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