Lettre 356 Les otages rentrent, le Hamas reste

Au moment même où Tsahal était aux portes de la ville de Gaza et en ordre de bataille, Trump a réussi à imposer un plan de paix aux deux belligérants.


María Corina Machado prix Nobel de la paix 2025

Un plan qui règle tout. Et qui répond aux exigences unanimes que voici:

* Hamas doit libérer les otages

* Fin du conflit

* Pas d'occupation par Israël

* Hamas doit déposer les armes

* Hamas ne peut demeurer le dirigeant

Tous adhèrent. A commencer par les pays arabes. Par le Monde occidental, par la population israélienne et surtout par celle de Gaza.

Et comme par magie, devant un tel consensus, les dirigeants du Hamas ont accepté les termes de cet accord dans sa phase 1 (Trois premiers points) avec pour complément l'échange de 2.000 terroristes.

Soyons objectifs, le Hamas a proposé un tel accord depuis le début du conflit. Mais Netanyahu a toujours estimé que le prix trop cher à payer car ce serait une soumission au dictat du Hamas.

Sa base et son gouvernement étaient vent debout contre ce deal. Accessoirement, on nous a expliqué qu'il serait impossible de reprendre les combats. 

Ah bon!

Il est exact qu'une partie de la population s'était enivrée des slogans "Victoire totale" et "Eradication du Hamas". Et on nous promis que "seule la pression militaire" permettrait d'aboutir à ces deux buts.

Mais comment Trump a t il réussi à forcer Netanyahu à signer un accord précisément la veille d'une bataille qui devait nous rapprocher de cette victoire totale? Que lui a t il promis? Une attaque concertée pour faire tomber le régime iranien?

L'a t il menacé de lui couper les vivres?

Car nous y sommes.

Le prix a payer est celui exigé par le Hamas.

Cette phase 1 du plan lui accorde tous les avantages sans renoncer à rien.

Quelle conclusion?

Le 7/10 est la conséquence exclusive de notre hubris, de notre défaillance. Et nous devons en payer le prix. Il était clairement fixé depuis le début de la guerre. Libération des otages contre fin de conflit et sortie de Gaza.

Nous payons ce prix aujourd’hui deux ans plus tard, mais avec les intérêts de retard en sus. 

Combien? 

Près de 1.000 soldats, la destruction des villes du Nord, une situation économique tragique et une position internationale catastrophique.

Et avec ça, 42 otages qui ont péri soit de mauvais traitements, soit assassinés, soit par tirs et bombardements amis.

Mais il faut tout de même remercier Donald Trump. Il semble selon lui que nous allions dans le mur.

Purgeons ici une autre question.

Donald n'a pas obtenu son hochet. Mais il vaut mieux une paix sans Nobel qu'un Nobel sans paix. 

Le prix Nobel de la paix a été attribué à une inconnue. Femme méritante, certes, mais qui retombera rapidement dans l'oubli. On a préféré le petit pion qui se bat contre des moulins à vent à l’ogre qui occupe la scène et qui est exécré par un monde bien-pensant. Ouf ou plouf?

Au Nobel on récompense les bonnes paroles sans actes, plutôt que les actes sans bonnes paroles. Obama en est l'exemple.

On pourra toujours gloser sur l'égo exacerbé de Trump, sur l'intérêt qu'il porte au conflit pour mieux asseoir les intérêts américains dans les pays du Golfe. Il n'en demeure pas moins qu'il demeure le seul qui a mouillé sa chemise pour les otages, lesquels lui ont reconnu le mérite de cette amorce de paix.

Mais quelle paix?

Les hommes politiques ne mentent pas. Ils interprètent les faits en les arrangeant à leur avantage.

Tous les otages seront à la maisons dans 72 heures.

Dans ce blog, ces slogans ont toujours été pris avec des pincettes et autant de réserves. Car nos dirigeants ont le chic pour nous prendre pour des billes. 

Netanyahu se vante d’avoir forcé le Hamas à libérer les otages sans avoir à se retirer de la bande de Gaza.

Ah bon!

Et en tendant l’oreille, on peut entendre sur « radio Hamas » que rien n’est gravé dans le marbre: Le dernier otage ne sera libéré que lorsque le dernier soldat de Tsahal se sera retiré de la totalité du territoire, axe de Philadelfi inclu.

Mais qui écoute cette station? Elle est brouillée par tant de monde. Donc inaudible.

Et l’illusion du bonneteur continue à faire effet.

Halevaï!! (Si seulement)

Alors regardez bien la réalité.

On va libérer 2.000 salauds. Des crapules qui méritent la peine de mort. N’en déplaise à maître Badinter.

Et hop! Dehors et libres comme l’air. Un encouragement au terrorisme. Un encouragement à recommencer.

Une prime au crime.

Il y a plus. Alors qu’Israël a tenté de neutraliser les dirigeants du Hamas à Doha, ce pays criminel qui soutient le terrorisme, Netanyahu a dû se mettre à genou pour demander pardon. Et sur fond de condamnation unanime. Il y aurait donc de bons terroristes et de bons pays voyous.

Mais le monde occidental s'assoit royalement dessus.

L’accord signé prévoit la libération des otages après retrait de Tsahal sur une ligne jaune qui laisse au Hamas 47% du territoire. Et la quasi totalité des zones urbaines. Vous avez compris.

Les mains libres pour permettre d’organiser cette libération. Mais surtout les mains libres. Et sans un coup de feu. 

Déjà le Hamas a repris position en armes pour gérer la population qui remonte vers Gaza ville. Une reprise en main puisque Tsahal s'est retiré.

Alors mardi, que se passera t il?

La presse israélienne sera remplie de photos dithyrambiques sur le bonheur des familles. Toutes? Certes non.

Mais pourquoi vous affirme t on le contraire? Une dynamique est lancée. Tous doivent converger vers ce but. Gare à celui qui viendrait émettre un doute.

Et pourtant. Il y a tant de points d’ombre.

Ce temps est trop court. Techniquement, il paraît difficile de réunir 20 otages de droite et de gauche alors que le retrait de Tsahal est en cours.

En outre rien n’est fixé. Ni la liste des terroristes à libérer. Ni les lignes de retrait progressif, ni le timing. On doit encore en discuter.

Bref, le Hamas demeure sur un « oui mais » et si dans 72 heures il n’y a pas d’accord sur ces points, attendez vous à savoir que la joie peut avoir un goût amère.

On scande les termes d’un accord bien flou comme pour empêcher quiconque de s’en éloigner. Et tous d’y croire. On vous ment!

Car Hamas n’est pas fou. Contrairement à ce qui est présenté, c’est lui qui a la main sur le bonneteau. Du moins tant qu’il détient les otages, ou certains d’entre eux.

Et la réalité, c’est que dès retrait de Tsahal, dimanche ou lundi, Hamas sera seul maître de Gaza, de sa population, de l’aide humanitaire.

Et cette belle dynamique offre au Hamas les clés de Gaza. Ces clés qu’il avait perdues, et qu’il retrouve sans avoir à combattre.

On est loin d’une Bérézina. 

Alors quels sont les points positifs pour Israël?

En l’état, dès lors que la fin de la guerre est décrétée avec la caution personnelle de Trump, Israël est sorti du jeu. Tsahal entre en phase défensive à une ligne proche des ses frontières. La fameuse zone de sécurité fixée à quelques centaines de mètres et l’axe de Philadelfi pourraient bien être remis en cause.

Quoi d’autre? 

Un consortium composé de la Turquie, du Qatar et l’Arabie Saoudite devrait assurer la suite du plan. Le plan prévoit la mise en place d’un gouvernement de paix confié à Tony Blair. 

Il est clair que l’Autorité palestinienne va revenir au devant de la scène et que la transition vers un Etat palestinien est inévitable. Ces Etats en sont les garants.

C’est écrit noir sur blanc dans le plan, raison pour laquelle ni Netanyahu ni le Hamas n’ont pas validé la phase 2. Hamas serait à nouveau l'obstacle à l'Etat palestinien. L'allié improbable mais constant de Netanyahu.

Et qui va remplir le vide laissé par Tsahal?

Dans l'immédiat, le Hamas c’est évident. 

A moins que Macron envoie ses troupes. Il aime tant s’affirmer à l’international et si peu en France.

Halevaï!! (Si seulement). Sans rire?

Soyons sérieux.

Sans une force militaire organisée, structurée, planifiée, il ne sera pas possible de désarmer le Hamas. Comment pourra t elle pénétrer au cœur de la population sans se heurter au Hamas?

Silence radio sur ce sujet. L'heure est à l'euphorie du retour des otages.

Alors regardez bien.

La seule force militaire immédiate possible est l'armée égyptienne. Ni son ni image.

Les Américains? Ce serait une grande première. Trump l’évoque. Sans plus. Mais déjà 200 instructeurs sont arrivés en Israël pour piloter la force internationale.

Alors qui?

La Turquie? Quand? Comment? Il n'y a ni port ni aéroport. Par le port d'Ashdod?

Jamais.

Par le Sinaï?

Et comment faire accroire que cet Etat qui reconnaît le Hamas comme force de libération pourrait le désarmer.

Réponse lundi après la réunion en Égypte en présence de Trump et, paraît il de Macron.

Une seule certitude. Israël aura les mains libres dès le retour du dernier otage. Et ses troupes resteront massées aux frontières.

Une milice est armée depuis des mois par Tsahal pour contrer le Hamas. Tout cela nous promet une belle libanisation du secteur.

Netanyahu pense surement qu'il conserve les cartes en mains, bien contre sa poitrine.

Après tout, cette phase 2 regarde ceux qui l'ont inventée. Quand à notre sécurité, c'est à nous de l'organiser. 

Au final nous aurons gagné quelques années de tranquillité. Le temps que le Hamas se remette de ses blessures.

Alors demeurons optimiste. Ce lundi sera un lundi au soleil. En espérant qu’il luira pour tout le monde.


Commentaires

  1. Moment d'euphorie pour les famille.Pas toutes.En effet.
    Acceptons en l'augure.
    Faire semblant d'y croire car une nouvelle phase s'ouvre.
    Israel n'a d'autre choix que renforcer sa sécurité et ne pas reproduire ses erreurs.
    A chaque jour suffit sa peine.

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