Lettre 359 Qui reconstruira Gaza?
Les guerres ont ceci d’avantageux qu’elles donnent l’occasion de reconstruire ce qui a été détruit.
Remplacer le vieux par du neuf. Provoquer un essor par le renouveau. Faire peau neuve.
Et pendant que Tsahal bombardait lourdement, d’autres planchaient déjà sur des plans de reconstruction. Car si Trump avait annoncé tout et son contraire, la reconstruction de la bande de Gaza demeurait une constante. Construire, c’est bon pour les affaires. Et de préférence avec l’argent des autres.
Et en sifflant la fin de la guerre, Trump met ces plans au cœur de l’actualité.
Mais pour construire, il faut au préalable être maître du terrain. De la sécurité. De la gestion civile et administrative. Il faut donc neutraliser le Hamas.
Et que voici une nouvelle course à l’échalote!
Qui sera chargé du marché du siècle? Et dans son prolongement, qui sera le maître de Gaza. Une seule certitude, ce ne sera pas Israël si le plan se poursuit.
Car regardez bien.
Pour que Hamas accepte la phase 1, Trump a dû intégrer deux acteurs qui le soutiennent, Qatar et la Turquie. Leur intention est certainement de maintenir le Hamas en vie, autant que faire se peut.
Et ce scénario catastrophe n’a été possible qu’en raison de l’entêtement de Netanyahu à refuser l’introduction de l’Autorité palestinienne. Il préfère le Hamas affaibli mais en vie pour éloigner la concrétisation de l’Etat palestinien. Sa conception d’avant le 7/10 n’a pas changé.
Mais rien n’est joué.
Car Trump donnerait certes préférence à l’Egypte appuyée par l’Arabie Saoudite et les richissimes Émirs du pétrole. Le nerf de la guerre, mais aussi de la paix. De la reconstruction. Ils exigent que l’Autorité palestinienne viennent remplacer le Hamas et Trump considère qu’Israël doit céder pour permettre aux accords d’Abraham de se concrétiser.
Voilà bien le deal. Lui non plus n’a pas changé.
La Turquie voudrait prendre pied à Gaza sous le prétexte d’aider à la découverte des corps d’otages. Ils seraient enfouis sous les décombres des bombardements. (Une pierre dans notre jardin) Et des moyens d’excavation seraient apportés par la Turquie. Et voilà pourquoi Hamas tarde à rendre les corps pour valider ce projet. Une fois sur place, il suffira de tirer sur le fil.
Israël aura du mal à s’opposer à ce scénario catastrophe encore que son véto pourrait recevoir l’aval de Trump. Il ne les a associés que pour permettre la libération des otages. Pour la suite, ils devront donner des gages de franche collaboration.
Car l’Egypte tient la corde et agite les membres de la ligue arabe pour qu’ils la chargent de mettre en place le gouvernement provisoire.
Quelle mouche l’a piquée. L’Egypte s’est totalement désintéressée de cette enclave qui lui appartenait jusqu’en 1967. Et voilà qu’elle fait des pieds et des mains pour s’opposer aux deux pays affiliés aux Frères Musulmans. Y aurait-il le feu au lac? La crainte d’un flambée de violence au cœur du pays des pyramides? La présence de ces deux pays à ses portes serait elle une menace existentielle.
L’équilibre des forces se joue sur la maîtrise de la bande de Gaza et de sa reconstruction. Dans l’immédiat, c’est Trump qui a les cartes en mains et il les garde proche de la poitrine. Il a mis en concurrence des frères ennemis pour accélérer le processus et débloquer la situation. Forcer les uns à agir pour devancer les autres.
Va t il à nouveau tordre le bras à Netanyahu pour qu’il accepte le plan de l’Egypte avec l’introduction de l’Autorité palestinienne? Il peut aussi bien se passer de l'avis d'Israël en nous mettant sur la touche.
Jared Kouchner n’a t il pas déclaré qu’Israël s’était fourvoyé ce qui supposait un changement de logiciel.
Alors regardez bien.
Netanyahu a renversé la vapeur en déclarant que ce plan était le meilleur jamais obtenu. Libération des otages sans sortir de Gaza. Il s'en est félicité. Façon de parler!
Car que faisons nous dans ledit périmètre, sinon servir de garant passif à la sécurité sous les seuls ordres de Trump. Il lâchera les chiens si Hamas se comporte mal.
Par contre, dès qu’une force internationale sera sur place, nous n’aurons plus aucune mission dans ce plan. Et que nul vienne nous soutenir qu’on pourra intervenir plus facilement. Tout le contraire. Ce plan nous met hors jeu. La conquête de Gaza et la colonisation sont reléguées aux poubelles de l’histoire. Fin du sketch!
Parlons du Hamas.
Israël sorti du jeu, il devra forcément composer avec les organisations en place s’il veut conserver une place qui deviendra progressivement un strapontin.
C’est à cet endroit que le Qatar et la Turquie vont servir de partenaires et d’intermédiaires. Un ordre nouveau redistribue les rôles et il n’y a pas de place pour le terrorisme. Si le Hamas veut entrer dans le gouvernement provisoire, il devra se désarmer. C’est du moins la condition sine qua non. Mais que faire avec les milices anonymes qu’il sera difficile de maîtriser?
Dès que la reconstruction sera en marche, on imagine mal Hamas mettre les installations en péril; et pas davantage Tsahal se livrer à de nouvelles destructions. Les deux belligérants ne seront plus sur la photo.
Alors regardez bien.
Le plan de Trump ressemble à n’en pas douter à cette Riviera orientale qu’il avait esquissée et que tous ont raillé. L’urgence sera de loger les Gazaouis. Mais rien n’empêchera les richissimes pétroliers du Golfe de construire hôtels luxueux, plages de rêves, port de plaisance pour leurs yachts, aéroport pour le tourisme.
L’Arabie Saoudite parlait d’investir 500 milliards de dollars en 2014. Ce chiffre donne le tournis.
Demeure la question de l’Etat palestinien. Jusqu’à présent, il devait forcément se situer en Cisjordanie aussi nommée la Judée Samarie. Mais cet Etat pourrait sortir des cendres de Gaza. Un pays moderne, certes restreint, mais soutenu par des riches financiers. L’absence de colonies juives facilite cette implantation. Tel n’est pas le cas de la Cisjordanie où le conflit perdurera.
Et dans l'immédiat.
Peut on attendre, ou faut il dès à présent programmer cette reconstruction comme si Hamas était neutralisé. Avancer à marche forcée. Organiser de front la gouvernance civile et l’administration de la reconstruction.
Trump utilise le mode performatif: «Que la lumière soit! Et la lumière fut ». Et sur le même mode: «Que la paix soit. J’ai dit! ».
Et puisque le plan prévoit la reconstruction, c’est comme si c’était fait. On voit mal qui pourrait s’y opposer. Tous y ont intérêt. Même Hamas. Il y a tant d’argent qui va affluer. Chacun en prendra sa part. Israël aussi. Marché conclu.
Et que vient faire la population? Elle servira de main-d'œuvre à bas coût. Elle construira des villas qu’elle n’occupera jamais. Des HLM qui seront alloués aux plus influents.
Mais faisons un premier état des lieux.
Gaza est une zone apocalyptique digne du film éponyme Apocalypse Now.
Rien ne subsiste. Mais rien. Tout est à repenser. À planifier, à aplanir. On estime la masse de déblais à 50 millions de M3. Il n’y a pas d’exemple au monde d’un tel chantier gigantesque. C'est l'équivalent des villes de Dresde et Berlin détruites complètement par les bombardements alliés.
Et ce qui demeure encore debout devra être arasé.
Il existe trois plans différemment aboutis de reconstruction.
Le projet américain est piloté par l’israélo américain Rotenberg spécialisé en matière d’urbanisation globale notamment en Afrique. Il comprend la construction en « urgence » de logements pour un million d’habitants dans un délai de 15 ans et pour un prix de 50 milliards.
Pourquoi un tel délai?
Avant de commencer la construction il faudra s’occuper du déblaiement avec une logistique sans précédents. Déminer les secteurs de combats, retirer les engins qui n’ont pas explosé. Trouver un endroit pour stocker les déblais ou les recycler pour la construction. Les travaux d’Hercule.
Il faudra ensuite s’occuper des voiries et réseaux divers. Tout est à repenser, à planifier.
Le projet égyptien a été présenté en mars dernier à la ligue arabe. Il a reçu l approbation sous le vocable "GAZA 2030". Le défi consiste à achever la reconstruction à cette date soit en 5 ans. On peut toujours rêver.
Les débris serviraient de matériaux de remblais pour renforcer le sol sablonneux, à construire un port et gagner du terrain sur la mer avec des brises lames.
Ce plan serait exécuté sous le contrôle de l’Autorité palestinienne.
Les Français ne sont pas en reste. « Imagine Gaza-Building peace » piloté par Ofer Brunstein, un Franco Israélien conseiller personnel de Macron sur le conflit israélo-palestinien.
Ce plan cadre n’est pas détaillé et suppose comme préalable la création d une organisation internationale sous contrôle de la CEE et d’une banque mondiale arabe.
L’idée serait de faire participer à ce projet Palestiniens et Israéliens comme modèle de développement et de rétablissement de la confiance réciproque entre les deux peuples.
Un projet bien dans la ligne de la diplomatie de l'Élysée mais aussi peu abouti qu’utopique.
Son initiateur met l'accent sur les besoins de la population et non sur l’investissement foncier.
C’est un projet futuriste qui se veut respectueux de l'environnement, avec des matériaux écologiques, des panneaux solaires, des recueils d’eaux pluviales. Des concours artistiques seront organisés sur le thème de la paix.
Tout sauf de nouveaux camps de réfugiés.
Demeure l’éternelle question du financement. Tous mettraient la main à la poche. Surtout les pays de Golfe.
Vous avez compris. Il y a loin de la coupe aux lèvres. Mais la dynamique est lancée. Le plan égyptien parait tenir la corde. Il est le seul à bénéficier de l'aval des financiers.
Il coche toutes les cases fixées par Trump dans les accords d'Abraham. L'Autorité palestinienne ne peut actuellement prétendre en être le dirigeant. Une autorité administrative de technocrates sera mise en place de façon immédiate. Il serait question très sérieusement de l'Anglais Tony Blair, cet ancien premier ministre modéré très bien accueilli par les pays arabes.
Un retour vers le passé. Le mandat britannique débouchant sur un Etat palestinien débarrassé de terrorisme?
Mais tous ces plans ignorent un paramètre vital: quid de la population? On ne peut transformer la bande de Gaza en chantier sans l’extraire des zones concernées. Il faudra donc la parquer dans l’actuelle zone humanitaire au sud et vider celle-ci du Nord. Ou l’inverse. Et s’il faut attendre10 ans pour recevoir les premiers logements, voilà qui promet une belle pagaille. Ou plutôt la continuation des actuels camps de réfugiés pour une longue période.
Précisément ce qu'il convient d'éviter.
Ce qui est sûr, c'est que cette reconstruction donnera du travail a beaucoup de monde. Elle sera une source de revenus et de profits pour toute la région. Quant on travaille, on a moins la tête à la guerre.
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