Lettre 367 Quel uniforme pour les H’aredim

Il est vraisemblable que la loi sur l'exemption des Juifs H'aredim (Craignant D.ieu) est l'obstacle qui pourrait faire tomber le gouvernement.

(Pour un historique complet voir Lettre 177 Tsahal l'armée du peuple et Lettre 263 Tsahal sans exemption)

Boaz Bismuth, père d'une loi sans avenir?

On sait qu'en 1948, Ben Gourion avait accepté d'exempter les étudiants des Yechivot de service national. Ils étaient alors 300. Au fil du temps, les ministres de la défense successifs ont maintenu de facto cette exemption.

On en compte actuellement 80.000 en âge de servir. (18 à 26 ans) Leur nombre est en pleine croissance.

C'est la fracture principale qui divise le pays, exacerbée par la guerre du 7/10. Les réservistes ploient sous les ordres successifs de mobilisation rendant l'exemption de plus en plus insupportable. 

Historique de cette exemption.

En 1998 la cour suprême a décidé que l'exemption ne pouvait découler que d'un texte de loi. Elle a incité le gouvernement a mettre en place un cadre légal sur la conscription des Juifs orthodoxes.

La commission présidée par le juge Tal a préconisé un report d'incorporation limité aux étudiants des Yechivot désignés comme "Toratam Emounatam" (Qui ont foi en la Torah) Une loi votée en 2002 a prolongé l'exemption pour ces étudiants pour une durée de 5 ans renouvelée en 2007 et expirant en 2012.

Mais en 2012, la cour suprême a invalidé cette loi interdisant tout nouveau report en considération de l'égalité des citoyens devant la nation exigée par la loi fondamentale.

En 2017, la cour suprême a imposé que des sanctions soient prises contre ceux qui refusaient de servir.

Pourtant, pour raisons diverses liées aux circonstances ou aux difficultés à faire accepter cette réforme, des reports successifs ont été admis jusqu'en 2023.

Le 25 juin 2023, le gouvernement s'est engagé à élaborer un texte de loi avant mars 2024 en suspendant provisoirement l'enrôlement des Juifs orthodoxes.

La guerre du 7/10/23 aurait du accélérer le vote. Le contraire s'est produit. A compter du 1er avril 2024, le ministre de la défense était sensé lancer des ordres de mobilisation envers les juifs H'aredim. On a vu que toute tentative s'est soldée par des accrochages violents avec la police militaire, par une manifestation "du million" avec des slogans tels que "En prison plutôt qu'à l'armée" ou encore " Les ordres de mobilisation aux chiots". Il n'y a en définitive que quelques réfractaires emprisonnés et quelques dizaines mobilisés.

Un échec sur toute la ligne.

C'est en l'état que Netanyahu a désigné le député du Likoud Boaz Bismuth après avoir limogé Yuli Edelstein dont le projet était refusé par les partis religieux et l'opposition, comme étant trop rigoureux pour les uns, et trop libéral pour les autres.

Boaz Bismuth affirme vouloir « réguler le statut des étudiants de yeshiva à plein temps tout en reconnaissant l’importance de l’étude de la Torah ».

S’il affiche l’objectif de « réduire les inégalités de conscription » en intégrant davantage de Haredim dans le service militaire ou civil, il s'avère qu'en pratique ils seront exonérés, et que seuls ceux qui n'étudient pas pourront être mobilisés. 

Le recrutement porterait sur les diplômés des Yechivot, avec des seuils annuels : 8 160 recrues la première année, 6 840 la deuxième, 7 920 la troisième, 8 500 la quatrième, puis au moins 50 % de la cohorte annuelle la cinquième année. 

Au surplus, les jeunes ayant quittés le monde des H'aredim, sont comptés dans ce quota.

Demeure la question du type de service national. 

Les recrues pourront accomplir un service militaire ou un service de sécurité civile. Or on sait que Tsahal souffre d'un besoin cruel en soldats combattants. Très peu seront recrutés.

Les sanctions posent aussi problème.

En cas de non-respect des objectifs, les financements des étudiants bénéficiant de reports seront retirés. Les étudiants non exemptés ne pourront pas obtenir de permis de conduire, de bourses universitaires ni voyager à l’étranger avant 23 ans. Ils seront aussi exclus des programmes de logement subventionné et de divers avantages fiscaux ou sociaux.

Après 26 ans, aucune sanction ne s’appliquera. 

Un comité mixte militaires/Religieux pourra statuer sur des exemptions particulières. On sait ce que ce type de réserve suppose.

Une partie du monde orthodoxe est vent debout contre ce projet considéré comme irrespectueux du monde de la Torah, et exige l'abolition de toutes sanctions. L'opposition de même, considérant que cette loi n'apportera aucune mobilisation véritable dans les unités combattantes.

Au sein même du Likoud, des députés considèrent que ce texte ne correspond pas aux exigences minimales de Tsahal, et qu'il ne passera pas le crible de la cour suprême.

En l'état, ce projet ne bénéficie pas d'une majorité à la Knesset. C'est la raison pour laquelle Netanyahu a annulé en dernière minute l'allocution télévisée prévue sur le sujet.

Le trouble politique rejaillit sur les élections à venir. Au Likoud et dans le parti Tzionout a Datit, (Parti religieux sioniste dont les membres servent dans Tsahal et qui risque de ne pas passer le seuil d'éligibilité) on craint la sanction des électeurs attachés à l'égalité des charges.

Mais ces élans de sagesse ne décourage pas Netanyahu lequel presse la commission des lois à promouvoir ce texte. Il sait que face à un vote, personne ne scie la branche sur laquelle il est confortablement assis.

Mais attention, il ne faut pas tenter le diable! (החיפזון מהסטן = Ha H’ipazone Mehasatane)

Alors regardez bien.

Le monde des religieux a monté des murs autour de son ghetto plaçant ses enfants hors du monde tel que construit par les laïcs. Lorsqu'il affirme que par la prière et l'étude de la torah, ces étudiants protègent Israël, il ne fait refuser un mélange sociétal qu'il redoute. La perte d'une jeunesse attirée par un monde libéral et permissif dont elle a jusque la été protégée.

Et à supposer qu'une loi les oblige à servir, ce serait une forme de révolution supposant la bénédiction des sages de la religion dont ils suivent aveuglément les directives.

Tel n'est pas le cas aujourd'hui, bien au contraire. Et on peut comprendre cette réticence, même si Tsahal a mis en place toutes les mesures assurant à cette jeunesse, le respect des prescriptions religieuses. 

Mais un enfant de Juif orthodoxe n'a jamais vu son père en uniforme rejoindre son unité pour une période de réserve, ni porter une arme à la ceinture. Il n'y a pas de transmission d'une tradition militaire de père en fils.

Voilà bien ce qu'il faut changer. On a donné du temps au temps depuis 1948.

Cette loi devait être régularisée depuis 2002. Il est plus que grand temps de mettre ces citoyens au diapason. La solidarité du pays l'appelle. Plus que ça, il en va de la survie du pays. De sa résilience, de sa force, de son succès dans les épreuves qui sont devant nous.

D'autres, non moins religieux, et sionistes convaincus, servent dans des unités combattantes d'élite. Preuve qu'on peut servir dans l'armée sans déchoir dans sa piété.

Mais Netanyahu jongle encore et toujours avec des privilèges qu'il n'approuve pas, mais qui lui assurent une stabilité politique.

Alors pourquoi ne pas leur accorder une dispense générale, même si elle est illégale, puisque lui-même demande une dispense de jugement exorbitante du droit commun.

Nécessité ne fait-elle pas loi? Quitte à la violer. Car la loi est bonne fille, elle ne hurle pas lorsqu'on la viole!!


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