Lettre 388 Trump entre Churchill et Chamberlain

 Le monde est suspendu aux lèvres de Trump.

La bourse fait du yoyo. Le baril aussi. Chacune de ses paroles vaut mille commentaires, mille contradictions, mille interrogations. 

Car cette guerre surprend un continent incapable de s’inscrire dans une spirale qui lui donne le vertige. La société de consommation qui perdure depuis 50 ans tétanise les populations qui n’ont d’yeux que pour le prix à la pompe.

Tout le reste est faribole.

Mohammed Ben Salmane

L’Iran c’est ailleurs. Il suffit de changer de chaîne. Zapper la guerre, la misère des autres. Et continuer comme au temps d’avant, à la recherche improbable des 30 glorieuses de l’après guerre.

« Jacques a dit! » Un jeu enfantin dans lequel Trump excelle. Et ne faite rien quand Donald n’a rien dit.

(En hébreu: Eliezer Amar ou David Amar ou Hameh’ Amar ou encore Herzel Amar, au choix. Pour Trump: Simon Say’s)

Et même lorsqu’il dit, il n’est pas sûr qu’il faille se lever. Il met ses auditeurs dans un brouillard épais qui nécessite un décodage dont les paramètres changent chaque jour, chaque heure. La machine Enigma en perd son latin.

Ecce Homo!

(Expression latine signifiant « Voici l'homme », issue de l'Évangile selon Jean, prononcée par Ponce Pilate en présentant Jésus couronné d'épines aux Juifs)

Reste à savoir par qui il sera crucifié. Pas par les Juifs!

Un monde fébrile qui fait pression sur Trump pour qu’il mette la barre moins haute, voire qu’il recule, qu’il renonce. Et c’est pour satisfaire ces sociétés fébriles qu’il a renoncé à son ultimatum concernant la réouverture sous 48 heures du détroit d’Ormuz. 

Enfin comprenez bien.

Ces pays du Golfe qui transpirent la richesse ont deux talons d’Achille. 

Le premier, c’est la crainte de voire leurs ventes de pétrole gelées. Ils ne peuvent s’en passer longtemps.

Mais la seconde est bien plus dramatique. Le manque d’eau ou d’électricité. En cas de bombardement de ces installations, leur population n’aura d’autre solution que de fuir. Fuir! Pour aller où?

Car la parole menaçante des Ayatollahs est au moins autant prise au sérieux. Dans cette escalade verbale, ils sont bien plus crédibles que le tortueux Trump.

Les pays du Golfe sont frappés de panique. Ils ont le choix entre virer les Américains et se trouver tout nus face à l’Iran, ou subir ses foudres comme pays traîtres à l’Islam.

Dans les deux cas, leur situation est tellement tragique qu’ils semblent vouloir franchir le pas et entrer en guerre dans la coalition. Mais comment le faire sans devenir l’allié improbable de l’entité sioniste.

Alors cette prétendue négociation avec l’Iran leur donne de l’air, du grain à moudre. Trump annonce la fin du conflit sous cinq jours. Une sorte de suppositoire « Défébrile » pour soigner la fièvre enfantine. Ce laps de temps est aussi celui nécessaire aux paras et marin’s américains pour arriver sur site. 

L’escalade pour la désescalade.

Mais deux événements méritent d’être examinés: Le Liban et l’Arabie Saoudite.

Le Liban a décidé d’expulser l’ambassadeur iranien Reza Shibani et lui a donné jusqu’au 29 mars pour faire ses valises. En langage diplomatique, ses lettres d’accréditation lui ont été retirée et il est déclaré « persona non grata ».

Il a également rappelé son propre ambassadeur envoyé à Téhéran.

Cette mesure a été saluée par la diplomatie française considérée comme courageuse. 

Elle confirme la volonté du gouvernement libanais de retrouver sa complète souveraineté en se débarrassant des Gardiens de la Révolution qui ont pris pied dans une banlieue de Beyrouth, dernièrement bombardée par Israël. 

Comme on s’y attendait, le Hezbollah a condamné cette mesure qualifiée de soumission manifeste aux pressions étrangères.

Il a recommandé à l’ambassadeur de ne pas se soumettre à ce dictat.

La réaction Iranienne ne s’est pas faite attendre. Un missile a été tiré sur Beyrouth qui s’attend à recevoir une pluie de missiles si les ressortissants iraniens sont expulsés. 

Qui protègera le Liban? Et que feront les autres pays arabes face à cette décision qui appelle une prise de position collective.

L’Arabie Saoudite a clairement pris position.

Le prince héritier Mohammed Ben Salmane est intervenu auprès de Trump pour l’exhorter à poursuivre la guerre sans se perdre dans des négociations fussent elles productives.

Il a qualifié l’Iran de menace sur le long terme pour les pays du Golfe persique. Et que seule la chute de ce régime extrémiste pourrait mettre fin à cette menace. Il a insisté sur l’opportunité historique de changer le Moyen-Orient.

Trump a fixé le plan en 15 points lequel ressemble à une reddition sans condition. Les Iraniens devraient abandonner tous leurs programmes, nucléaire, balistique et idéologique.

Mais qui imagine les nouveaux tenants du pouvoir, pires que les précédents, se coucher devant le grand Satan américain et lui remettre l’uranium enrichi? Renoncer à tout. A l’idéologie. Seul un Occidental décérébré peut y croire.

Trump est en permanence dans une démarche de la carotte et du bâton et frappe précisément lorsque l’adversaire a la carotte au bout des lèvres.

Les Iraniens déclarent ne pas être sa dupe et rappellent que Trump avait attaqué avant même l’expiration du délai qu’il avait fixé dans le cadre des précédentes négociations. Ils n’entendent pas renoncer à leurs propres exigences qualifiées par Trump de surréalistes.

Et pendant les travaux, la vente continue!

Israël est bombardé comme jamais. 

Il faut le dire: Depuis trois semaines, on a  détruit, éliminé, touché les points stratégiques. Mais tous sont d’accord pour dire que seule une intervention au sol pourra avoir une influence décisive.

Et nous sommes très loin de l’envoi du contingent. Et que faire avec 5.000 soldats, fussent ils la fine fleur des unités spéciales, sinon agir ponctuellement. Conquérir une île, réussir un coup de force. Mais rien de plus.

Trump va donc négocier le « bout de gras » pour déclarer dans quelques jours « mais comment se fait-il que face à une telle armada, l’Iran ne se couche pas ». Et le bâton tombera sur le détroit d’Ormuz puis sur l’île de Kharg.

Il n’ y a pas d’autre scénario digne des efforts déployés à ce jour.

Ou alors les nations fébriles et les pays en panique auront exaucé les vœux de la majorité des Américains. Preuve que le monde occidental est incapable de gagner contre des régimes terroristes.

Si les Iraniens n’ont jamais gagné une guerre, ils ne sont jamais sortis perdants d’une négociation. Trump le sait. Il les redoute. Sait que cette voie est sans issue. Mais jusque quand aura t il le choix?

Entre Winston Churchill pour la guerre totale, et Neville Chamberlain pour la politique d’apaisement.

Souvenons nous que Chamberlain du démissionner le 10 mai 1940 après les offensives allemandes. Il fut considéré comme cause d’un échec militaire. Et fut remplacé par Churchill. Ce choix va changer l’histoire.

Quelques jours après sa nomination, ce fut la débâcle de Dunkerque. Dans son discours qui marquera l’histoire il affirma:

« Nous nous battrons jusqu’au bout. Nous ne nous rendrons jamais » (We never surrender)

Une seule différence et elle est de taille. Churchill jouissait du soutien inconditionnel de son peuple. 

Et après la victoire, il fut remercié pour avoir trop exigé de lui. 

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