Lettre 379 Un conflit asymétrique

 If you Have to shoot, shoot, don’t Talk.

Cette maxime enseigne que les pourparlers diplomatiques dégénèrent rarement en conflits armés. Tous s’accordent à considérer que l’Iran ne cherche qu’à tirer les choses en longueur. A chaque rupture de dialogue, les négociateurs reviennent avec des propositions qu’ils s’empressent ensuite d’édulcorer.

Le porte avion Gérald Ford devant Haïfa

Pourtant Trump s’évertue à répéter que les Iraniens veulent un accord et que lui-même préfère aboutir par la voie diplomatique.

En Israël, les autorités sont persuadées que les négociations vont échouer puisque Trump exige une sortie de crise rapide. 

Alors regardez bien.

Le second porte avions Gérald Ford vient d’accoster au large de Haïfa. Sa mission serait de protéger Israël  contre les tirs iraniens. Et, mesure rarissime, les USA   recommandent à leur ressortissants de quitter Israël tant qu’il y a encore des vols et si possible encore aujourd’hui.

En Israël, le message a été reçu 5/5. On s’attend donc à une attaque samedi ou dimanche. Pourtant, aucune compagnie aérienne n’a suspendu ses vols.

Manipulation supplémentaire ou réelle intention?

Une réunion technique est prévue lundi pour approfondir les conditions de suspension du nucléaire iranien. Mais on sait que les exigences américaines ont été refusées par les Iraniens. Trump exige la destruction des trois centres d’enrichissement, la remise du stock d’uranium enrichi aux USA, et la limitation du l’enrichissement pour les seuls besoins médicaux.

Et il y a en arrière plan, d’autres exigences concernant les missiles balistiques et le soutien aux proxies. Bref on est loin d’un accord.

Ceci voudrait dire qu’à la veille d’une rencontre, Trump engagerait les hostilités, ponctuelles ou de grande envergure.

Inédit.

Pourtant le 13 juin 2025, lorsqu’Israël a lancé son opération de bombardement des sites nucléaires, les Américains étaient en pourparlers de puis plusieurs mois. Mais sans véritables avancées. Et ces pourparlers ont repris après cette guerre des 12 jours.

Les mêmes causes produiraient donc les mêmes effets. En clair, une attaque surprise avant lundi devrait permettre de forcer la main aux Iraniens. Pas de faire tomber le régime.

Le scénario réitéré d’une attaque préventive d’Israël pourrait bien couper court aux tergiversations.

Car voilà le hic. Trump a compris qu’une attaque aérienne serait à cet égard inefficace, et il ne veut en aucun cas s’embourber dans un conflit de longue haleine. Et surtout sans sacs plastics noirs.

Les Iraniens le savent. Ils n’attendent que cette occasion pour embraser le Moyen-Orient et, pour le moins, bloquer le détroit d’Ormuz. Pourtant rien de tel ne s’est produit en juin dernier. Alors pourquoi craindre un tel sénario avec une armada prête à remettre les pendules à l’heure.

Mais vous avez bien compris que se déroule sous nos yeux une guerre asymétrique. La puissance militaire contre la puissance idéologique. La guerre règlementée par les concepts humanitaires face à la négation de toute limite et l’usage de la barbarie contre les civils.

Une asymétrie du concept de la guerre qui repose la question du parallélisme des moyens. Il faut soit renoncer à éradiquer les organisations et régimes terroristes ou changer de paradigme.

Ce que les Américains n’ont pas hésité à faire en rasant Dresde en 1944 et en bombardant lourdement DAESH en 2017 sans faire grand cas des populations civiles.

Le monde occidental n’a pas encore pris la mesure du problème. Il continue à penser que les armes de dissuasion le protègent alors qu’elles s’avèrent inefficaces puisque l’adversaire sait que leur usage est interdit. La belle affaire! Les Ayatollahs peuvent dormir tranquilles. 

Que vaut une armada aux canons silencieux face aux missiles balistiques dirigés sur des villes.

Le monde des puissants aux mains entravées contre celui des faibles sans foi ni loi. Une incapacité à vaincre des deux côtés. Ce qui explique l’usage de la menace militaire au service de la diplomatie. Mais avec quelle efficacité?

A méditer.

Trump se doit d’expliquer à son peuple en quoi l’intervention américaine contre l’Iran est d’une nécessité impérieuse. Il se trouve que les missiles balistiques iraniens sont capables d’atteindre les States. Est-ce suffisant?

Tirons une conclusion.

Rien n’est réglé. Hamas et Hezbollah n’ont pas disparu et se renforcent. La menace est toujours présente. Le plan Trump de pacification de Gaza marque le pas. Le Qatar, la Turquie et l’Autorité palestinienne sont dans la place.

Un seul avantage provisoire: Tsahal occupe 50% de la bande de Gaza. 

Et le régime des Ayatollahs ne tomberait pas. Serait-ce un retour à la case départ?

Demain Trump ordonnera une frappe ciblée. C’est le scénario le plus prévisible. Ou il perdra tout crédit.

La question n’est pas s’il frappera mais quand.

Deuxième question: Quand pourrons nous manger un Kabab à Téhéran




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