Lettre 409 Pas de majorité sans un parti arabe

 « Je ne fais pas de politique »

C’était la réponse automatique que chaque Français moyen affichait dans les années 60 lorsqu’il était question d’élection et du choix du candidat.

Tout se passait dans l’isoloir de façon confidentielle.

Secrète. Et personne ne révélait son choix. Une sorte de cachotterie gigantesque. Voire grotesque.

Aujourd’hui chacun affiche son opinion. La politique est partout. Car tout est politique. Un peu trop.

En Israël aussi. Et encore plus.

Mais de façon sectorielle. Droite gauche s’affrontent sur les sujets qui fracturent la société: Réforme judiciaire, exemption des religieux, enquête publique sur les responsabilités du 7/10……

La création d’un État palestinien n’est plus un sujet: Tous contre.


Yoav Ségalowich, ex-commandant de police

Et voilà deux secteurs de la société qui font de la politique politicienne pour leurs seuls intérêts bien compris: Les Juifs orthodoxes et les Arabes israéliens. (Pardon pour le pléonasme. Il faudrait dire Israéliens de confession musulmane, ou plus simplement « les Musulmans »)

Ces deux catégories représentent chacune peu ou proue 20% de la population. C’est dire que 1/3 de la population au moins est marquée par son étiquette religieuse.

Les Orthodoxes militent pour un État juif respectant les prescriptions religieuses. Leur combat actuel vise la fermeture des cafés-restaurants qui ouvrent le Chabat.

Les partis Arabes contestent au contraire le caractère juif du pays et s’identifient comme Palestiniens. Ils militent pour un État de tous les citoyens sans rapport à la religion et pour un État palestinien aux côtés d’Israël. Leur revendication n’est pas forcément religieuse. Dans l’immédiat.

Et sans ces deux franges de population il est impossible de constituer une coalition majoritaire. Nous risquons de voir se reproduire le scénario de 2021.

Les religieux ont choisi leur camp. Ils roulent pour Netanyahu qui abonde dans leur sens et leur accorde des privilèges exorbitants.

Mais ils sont prêts à changer de monture s’ils s’aperçoivent que le Likoud risque de perdre les élections. Car le Likoud s’effrite avec le départ de poids lourds en désaccord avec la politique chaotique de Bibi. En cela ils ne dérogent pas à l’opportunisme de tous les partis. (Réécoutez « l’opportuniste » de Jacques Dutronc)

Quant aux partis Arabes, la question est plus tranchée. Personne n’en veut. Surtout après le 7/10. Ils incarnent un possible État palestinien. Ils sont donc hors sujet. Et tant qu’il y aura des ennemis Arabes à nos portes, ils seront considérés comme la cinquième colonne. Indésirables politiques pour certains. Indésirables tout court pour d’autres. A bannir et à chasser pour certains nationalistes.

Il y a quatre ans, Bennet avait formé une coalition avec le parti arabe RAM de Mansour Abbas qui lui apportait quatre mandat, sans lui confier de portefeuille. Ce dernier soutenait le gouvernement mais sans y siéger.


Mansour Abbas, président du parti RAM

Mal lui en a prit. Bennett avait ainsi franchi le Rubicon et trahi sa base électorale. Et son alliance du jour avec le centriste Lapid provoque une perte de voix potentielles, certainement pour la même raison. Une alliance possible avec un parti Arabe pour former une coalition.

Mais que feront donc les deux ténors actuels s’ils ne peuvent constituer une coalition avec les partis de leur tendance. Netanyahu avec les partis religieux et Eisenkott avec les partis anti Bibi. Ils n’obtiennent pas la majorité des 60 sièges à la Knesset.

Les religieux pourraient bien basculer vers Eisenkott. Mais il leur faudrait renoncer à l’exemption militaire. Mais Paris vaut bien une messe. Ils seraient certainement en position de force pour négocier un report (Un de plus) en permettant de déboulonner Netanyahu.

Réal politique oblige.

S’ils refusent, il ne reste à Eisenkott que les partis Arabes. Ce qui est extraordinaire, c’est qu’ils ne réclament rien. Un meilleur budget pour leurs écoles, leurs routes, leurs institutions bien défavorisées par rapport à celles des Juifs orthodoxes. Rien de bien extraordinaire.

Il y a à cela une condition, et elle est de taille. Pas d’alliance avec un parti anti sioniste. Qui pactise avec l’ennemi. Et c’est bien naturel.

Pour une partie non négligeable de la population, il ne devrait pas y avoir de partis religieux. Ni Juifs ni Arabes. Une sorte de laïcité à la française. Ces Israéliens du centre ou de gauche considèrent que celui qui ne sert pas dans l’armée devrait être privé de tous droits, y compris du droit de vote.

Il y a une tendance libérale qui prend pied chez les Juifs orthodoxes avec des rabbins qui prônent l’enrôlement et le travail pour les jeunes.

Cette même tendance existe dans un parti arabe pragmatique. Mansour Abbas président du parti arabe RAM (Liste arabe unie) fait montre depuis des années d’une retenue dans les affaires qui opposent Israël aux pays Arabes et aux Palestiniens. Ce parti milite pour une amélioration du statut des Arabes israéliens et à leur meilleure intégration dans la société. RAM est de tendance islamiste conservatrice et non-sioniste. Mais Abbas serait prêt à coopérer avec un gouvernement modéré même s'il n'approuve pas toutes ses positions.

Voilà donc deux secteurs importants de la société dans lesquels une prise de conscience de la fracture les pousse à revoir leur copie. On l’a dit et redit. Si le danger aux frontières est vital, le danger de la division intérieure ne l’est pas moins.

Et plutôt que de vivre face à face, en opposition, il nous faudrait vivre côte à côte. En bonne intelligence. Netanyahu a toujours milité pour le statut quo. Chacun pour soi et le bon dieu pour tous! 

Les extrémistes de son gouvernement s’activent pour évincer les Arabes qu’ils soient israéliens ou Palestiniens. La troisième voie qui n’a pas été explorée serait de mettre tous les citoyens sur pied d’égalité en droits et charges au sein de la nation.

C’est dans ce cadre que pour rendre le parti arabe RAM fréquentable, Yoav Segalowich négocie avec Mansour Abbas.

Il vient de quitter le parti Yesh Atid dirigé par Yaïr Lapid pour intégrer ce parti arabe. Une première!

Né en 1959, il est le fondateur de la prestigieuse unité spéciale de police LAAV 433 de lutte contre les organisations mafieuses et qui a diligenté des enquêtes contre de hauts responsables politiques.

En qualité de membre de la Knesset il est réputé pour avoir combattu pour la défense du droit des femmes et contre la violence et la corruption dans le secteur arabe. Dans ce cadre, il a noué des relations constructives avec les responsables Arabes de villes importantes. Il est à ce titre bien considéré et reconnu comme promouvant la défense de ce secteur politique.

Un transfuge ou un renégat diront certains. Une évolution pragmatique diront d’autres. La réalité, c’est que le secteur arabe vit séparé de la population juive tout en contribuant à son développement économique. Les Arabes israéliens sont omniprésents dans les secteurs du bâtiment, de la santé (pharmacies), des supermarchés, des transports en commun.

On peut les ignorer, les rendre transparents, les confiner. Mais ils sont la et ne disparaîtront pas. Et ils sont en l’état indispensables à l’économie.

Ségalowich ouvre une porte. Un Juif dans un parti arabe de la même façon qu’un arabe pourrait figurer dans une liste juive.

Ce n’est pas sans conséquences. Car si Mansour Abbas ne peut se voir proposer un ministère, Ségalowich serait bienvenu. Et apporterait ainsi l’appoint pour former une coalition majoritaire. Par contre Netanyahu ne peut espérer un tel ralliement.

L’idée de Ségalowich est de neutraliser le secteur arabe qui demeure une grenade dégoupillée dans un tiroir. De l’unifier à la nation. De pacifier cette minorité au pays des Juifs.

La tâche est immense. Mais chaque fois que l’unité se renforce, la nation gagne en puissance.

Pacifier. Le maître-mot.

Un Belge en visite à Paris interpelle son voisin dans le métro. « Rassurez-moi, la guerre d’Algérie est bien finie? ». Le Français de répondre: « Certes oui »

« Alors pourquoi gardez vous tous ces Algériens prisonniers en France? »

Ce mot d’esprit en dit long. Les effets dévastateurs d’une guerre peuvent se prolonger très longtemps. 

Ségalowich l’a compris. Il cherche l’antidote. Une sorte de Mélanchon inversé. Adoucir une minorité, apaiser les dissensions au lieu de les exacerber.

Le parti RAM n’est crédité que de 5 mandats par les sondages. Il en faut au moins 4 pour être admis à la Knesset. Les semaines qui viennent nous dirons si la population arabe approuve ce mariage de la carpe et du lapin. Ségalowich serait très considéré auprès de cette population. Mansour Abbas a décidé de se presser lentement et n’acceptera un mariage avec Ségalowich qu’en fonction des réactions de sa base électorale.

Affaire à suivre. Ou à enterrer. Encore fallait-il en parler. Et, bien entendu, il n'est pas question ici de faire de la politique. Pas de ça chez nous!!


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