Lettre 414 Israël laïque ou religieux
Tempête dans un verre d’eau ou phénomène inquiétant.
Quo Vadis Israël?
Méa Shéarim, Bnei Brak. Vous connaissaient ces quartiers hyper religieux. Le premier de Jérusalem, le second de Tel-Aviv. Une sorte de plongeon dans le ghetto historique de Varsovie avec cafetans noirs et Shtreimels, même sous un soleil torride.
N’y entre pas qui veut comme il veut. Il y a des codes vestimentaires, des interdits notamment le Chabbat. Aucune circulation. Aucune activité. Tout est fermé.
Jusque là tout va bien! Une sorte de folklore pour touristes lesquels ne sont plus les bienvenus. Insultes, crachats, et autres déconvenues.
Méa Shéarim est un petit quartier à l’abri des regards.
Et voilà que dans un autre quartier du centre ville, s’est ouvert « Café Ba Simta » (Café de la ruelle) dont l’association qui l’exploite a décidé d’ouvrir aussi le Chabbat, au service de la population dite laïque.
Levée de boucliers chez les Orthodoxes. Pas de ça chez nous. Ils assaillent l’endroit, bloquent l’accès, lancent des oukases: Shabbess, Guewalt!!!!!
Les laïques se mobilisent, arrivent de toute part, on s’affrontent. La police s’en mêle. Et on recommence chaque samedi. Une sorte de rituel. Il faut sauver le soldat Ryan. Sacrilège du Chabat contre liberté de vivre. D'entreprendre.
Vous l’avez compris: Éruption locale d’un problème sociétal plus général qui s’est cristallisé autours de l’exemption de la loi inaboutie d’exemption du service militaire.
Las, après deux mois d’accrochages parfois violents, les dirigeants du café ont jeté l’éponge. Ils vont respecter le Chabbat! Victoire des activistes religieux. Soumission face à la violence physique et verbale. La scène politique s’empare du sujet.
« Aujourd’hui on ferme les cafés, demain on fermera les routes! »
La loi israélienne n’interdit pas l’ouverture de commerces le Chabbat. Il est en principe interdit de faire travailler un juif ce jour là. Une loi de 2018 libère les café-restaurant de cette contrainte.
Sur le plan local, les règlements « חוקי עזר » (H’okey Ezer) peuvent varier d’une ville à l’autre.
À Jérusalem, il n’y a pas d’interdiction d’ouvrir un café le Chabbat. Plusieurs cafés sont ouverts. (Café Sira, Bezalel, Enoteca, Wine bar)
En 20023, la municipalité avait lancé un appel d’offre pour l’exploitation d’un café dans le jardin la Roseraie à Talbiya. Le cahier des charges imposait la fermeture le samedi. Le mouvement
« Hitorerout » (Réveil) avait introduit un recours et obtenu l’annulation de cette clause comme contraire au règlement municipal.
Mais il y a force de loi et force tout court. Il y a force de loi civile et force de loi religieuse. Pour certains activistes, la loi religieuse est supérieure, surtout la où ils habitent.
Autre exemple.
Dans un quartier aux confins de Bnei-Brak des logements neufs à prix contrôlés (מחיר למישתכן) ont été attribués par tirage au sort. Il est donc marqué par la mixité religieux-laïques. Progressivement, des rues ont été barrées le Chabbat comme passant devant une synagogue. Certains habitants ont du mal à accéder chez eux.
La cohabitation devient difficile. Chaque partant n’a d’autre solution que de vendre à un religieux. Aucun laïque ne veut désormais investir dans ce quartier qui va progressivement intégrer le quartier de Bnei-Brak avec les règles stricts qui s’y appliquent.
Le pire, oui, le pire, c’est que le prix de vente chute. Il est fixé par le marché orthodoxe sans rapport avec le marché réel.
La situation est la même à Arad, Beit Shemech, et d’autres villes « mixtes » où la pression religieuse chasse le mécréant.
Nous y sommes.
Élad (Proche de Rosh ha Ayïn) est une ville religieuse par excellence. On ne peut s’y établir sans être agréé par une commission. Cette ville en cul de sac est fermée hermétiquement le Chabbat. Ça ne dérange personne. C’est un choix de vie.
En y regardant bien, les Juifs orthodoxes ne se cantonnent pas aux villes précitées. Ils sont désormais présents dans toutes les villes du pays.
Imaginez la suite.
Soyons lucides. Israël a été créé pour servir de pays refuge des Juifs. C’est sa marque de fabrique, son emprunte génétique. Il faut donc accepter ertaines contraintes liées à l'application de la loi juive pour que chacun y trouve son compte. Mais jusqu'à quelle ligne rouge? Jusqu'où dans un pays démocratique et libre peut-on imposer des règles pas forcment partagées?
Un ras le bol certains s'est installé. Et c'est un euphémisme. Et des deux côtés.
Vous voulez un scoop? A quand la concentration d’Israéliens laïques dans des villes sans synagogue, sans religieux et sans contraintes le Chabbat. Comme Tel Aviv au bon vieux temps. Car dans la ville qui danse il y a aussi des frictions.
Un autre paramètre fait bouger les lignes: la population religieuse est en forte augmentation. Elle est organisée, convaincue de son bon droit et prête à franchir les lignes rouges pour la bonne cause.
Quant aux laïques, ils sont sur le reculoir. L’exemple du Café Ba Simta est assez parlant. Liberté ou interdiction. Tout n’est pas qu’une question de point de vue. Ce sont deux modes de vie incompatibles qui s’affrontent.
Mais il y a plus.
Café Ba Simta est exploité par des Juifs messianiques qui reconnaissent Jésus comme le Messie. On comprend mieux l’acharnement des Juifs orthodoxes contre cet établissement plus particulièrement.
Il faut ici revenir aux 150 premières années de notre ère lorsque les Juifs se déchiraient sur la vérité du Christ. Un groupe non négligeable se proclamèrent Juifs du Christ en revendiquant sa parole pour réformer le culte. Restés minoritaires, ils vont finir par se démarquer de la religion juive pour fonder la religion chrétienne laquelle sera adoptée par Rome en 380 par l’édit de Thessalonique sous le règne de Théodose 1er.
Au 19ème siècle se développa aux États unis et en Israël un mouvement messianique sous forme de communautés indépendantes dépourvues de temple. On estime qu’entre 500.000 et un million de personnes se revendiquent de ce mouvement dans le monde, dont 50.000 en Israël. Le Café Ba Simta est exploité par le mouvement messianique « Jews for Jesus » dont le responsable est Yoel Ben David. Ces Juifs (Ou chrétiens!?) pratiquent le prosélytisme missionnaire.
Y a t il de la place pour ces Juifs de la dérive? Pourquoi oui, ou non?
On ne se refait pas!
Pour rire.
Nous sommes sûr à 100% que le Christ était juif pour trois raisons:
- Il était convaincu que sa mère était vierge.
- Il voulait réformer la religion juive à sa main pour la rendre moins stricte
- Il a fini par rependre l'affaire de charpente de son père
On est tous un peu passé par là.
Comme celui qui revenant d'une visite chez son psychiatre auquel sa mère définitivement juive lui demande avec curiosité "Alors, que t'a t il dit?"
"Il m'a dit que j'avais le complexe d'Eudipe"
Et la mère juive de répondre en Yiddish:
"Oedipe, Chmeudipe, Obé du host liebe die mame"
(Pourvu que tu aimes ta maman)
Eudipe n'aurait pas dit mieux!
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