Lettre 415 Contourner Ormuz
Un train peut en cacher un autre.
Faire et défaire c'est aussi travailler. Vous allez découvrir pourquoi.
Ormuz était fermé. Bloqué qui par les Iraniens, qui par les Américains. Puis il fut question de droits de passage, d'ouverture sélective.
Trump ne pouvait accepter moins que le status quo ante. Il a donc décidé de négocier. Mais ici encore il faut rappeler que les Etats nourris d'idéologie islamiste ne négocient ni avec le grand Satan, ni avec son acolyte sioniste.
Trump a laché l'affaire. On est entré dans une guerre larvée à bas bruit. Une sorte d'action-réaction plus proche de la guerre d'usure.
Qui jetera le gant le premier?
La flotte américaine s'essoufle à assurer le passage des tankers tout en bloquant l'exportation du pétrole iranien.
Une guerre larvée illustrée par des tirs sur les navires qui y transitent. Et les prix flambent à la pompe.
Alors regardez bien. Les prix ne sont pas prêts à baisser. Bien au contraire. Nous sommes à l'aube d'une recrudescence de la bataille économique qui se joue dans ce secteur où transitent 20% du pétrole mondial.
Du golfe persique à la Mer Rouge
Car les Houthis viennent de rentrer dans la danse. Alors que les USA exercent une strangulation sur les exportations de pétrole à destination de la Chine, avec en sus des sanctions économiques accrues, l'Iran exerce une pression sur l'Arabie Saoudite. Il bombarde ses installations pétrolières et active son allié du Yemen lequel vient de prendre par surprise possession du détroit de Bab el Mandeb.
Le sénario du pire est en marche. C'est l'accès au canal de Suez qui est remis en cause.
Comprenez bien: En débloquant à grand peine le détroit d'Ormuz, Trump ne fait que repousser le bouchon. Pour atteindre l'Europe ou l'Amérique, il faudra faire le tour de l'Afrique. Trois semaines de navigation supplémentaires avec le coût qui en résulte.
Vous avez appris où se trouvait le détroit d'Ormuz. Faites connaisance de son frère jumeau, le détroit de Bab el Mandeb.
Sous la pression militaires des Houthis, les forces yéménites loyalistes ont abandonné l'ile stratégique de Parim plantée au milieu de ce détroit qui donne accès à la mer rouge et au canal de Suez.
A cet endroit, le passage se resserre sur environ 15 km.
C'est un verrou duquel, avec des armes banales tels des lances roquettes, il est possible d'interdire le flux maritime ou le filtrer.
Jérusalem s'inquiète de cette évolution néfaste mais n'a pris aucune disposition tant que ses intérêts ne sont pas remis en cause.
Mais c'est l'ensemble du flux maritime mondial, donc de l'économie qui est concerné. L'Iran, par le biais de son auxiliaire islamiste, vient de prendre la main avec un plan B qu'il avait annoncé.
Cette île se trouve face à l'enclave française de Djibouti et on ne peut que s'étonner que personne n'a cru devoir y prendre position pour renforcer l'armée loyaliste du Yemen.
Ni les Saoudiens, ni les USA.
Trump est taiseux. Il a déclaré que les Houthis n'ont pas l'intention de s'en prendre à eux (?).
Il a à deux reprises rejeté la demande saoudienne d'intervenir pour protéger l'île. Eux-mêmes paraissent bien désemparés face à cette armée défroquée des Houthis qu'il serait pourtant facile de déloger.
Israël ne pourra se permettre de voir son port d'Elat, par lequel transite toute l'importation asiatique, fermé à la navigation. La flotte est sur le pied de guerre et on attend ele rochain round pour savoir qui fera quoi.
Et dans l'immédiat?
Les détroits sont fermés. Qu'à cela ne tienne! Il suffit de trouver une voie alternative. Simple à dire. Compliqué à réaliser. Mais s'il faut payer des millions de dollars pour le passage de chaque tanker, il y a matière à réflexion.
Les chiffres sont têtus.
20 millions de barils de pétrole passent chaque jour dans le détroit d'Ormuz. Chaque jour!
Par la route? Il faudrait mettre en place une noria de camions. Faire circuler en permanence 80.000 camions citerne. Que dire. Embouteillages au teminal, embouteillage sur la route, embouteillage au déchargement. On oublie.
La solution d'une voie fluviale alternative a été proposée. Créer un canal pour accueillir ces monstres du transport suppose de creuser une voie de 200 mètres de large, comme le canal de Suez, mais avec une profondeur de 30 mètres. Sur une longueur variant de 120 à 150 km pour le plus court. S’il contourne le détroit d’Ormuz, il demeure menacé par le détroit de Bab el Mandeb contrôlé désormais par les Houthis au Yémen.
Les projets foisonnent. Avec écluses pour passer les montagnes, avec tunnels pour passer en dessous. Projets aussi fous que pharaoniques. Il serait question de centaines de milliards de dollars. Mais l'écueil n'est pas tant l'argent que le temps. Environ 30 ans. D'ici la, la crise sera soit derrière nous, soit l'énergie aura changé de nature. Trop tard.
Le pipeline?
Bonne pioche.
Il existe en l’état un seul pipeline fonctionnel construit par l’Arabie Saoudite lequel débouche sur la mer rouge au port de Yanbu avec un accès direct vers le canal de Suez. D’une longueur de 1.200 km et d’une capacité de 7 millions de barils par jour (30% de la quantité totale), il a été construit en 1982 au moment de la guerre Iran-Irak et de l’attaque contre des pétroliers.
Il remplace un projet plus ancien. C'est ce pipeline qui vient d'être attaqué par les Houthis et mis temporairement hors de service.
L’oléoduc Tapline inauguré en 1950 reliait les champs pétroliers de l’Arabie Saoudite au port de Sidon au Liban, via la Jordanie et la Syrie. Il a réduit son activité dans les années 80 en raison de l’instabilité politique qui sévissait dans la région. Il fut mis hors service en 1990.
Le pipeline IPSA (Irak Pipeline Trough Saudi Arabia) construit fin 1980 relie le sud de l’Irak vers le port de Yanbu. D’une capacité limitée à 1,65 millions de barils/ jour, il est fermé depuis 1990 en raison d’un litige entre l’Arabie Saoudite et l’Irak.
Un projet de pipeline est en cours de construction par l’Irak d’une capacité de 2,5 millions de barils/ jour. Mais son trajet final est incertain. Il devrait déboucher en Méditerranée par la Turquie. Des accords de transit sont en cours.
Alors regardez bien.
Il existait un oléoduc construit en 1932 et qui reliait les champs pétrolifères de Kirkouk (Irak) au port de Haïfa alors sous mandat britannique. Il serpentait sur 1.200 km pour aboutir à Haïfa et Tripoli (Liban). Sa capacité était très limitée: 4 millions de tonnes/an. (80.000 barils/jour)
En 1939, les Britanniques vont construire la grande raffinerie de Haïfa pour transformer le pétrole avant de l’expédier vers l’Europe.
Pendant la révolte arabe (1936-1939) l’oléoduc fut régulièrement saboté par les insurgés arabes de Palestine qui y voyaient le symbole du colonialisme anglais et sioniste. Pour le protéger, l’armée britannique créa les célèbres Special Night Squad dirigés par Orde Wingate, unités mixtes de soldats anglais et Juifs de la Hagana.
Lors de la création de l’Etat (19848) et la guerre qui a suivi, les Irakiens refusèrent de livrer le pétrole vers Israël. Il fut fermé et n’a jamais été remis en service. Histoire ancienne.
Pourtant, Des experts considèrent qu’un corridor énergétique de même type pourrait avantageusement être créé débouchant directement sur la Méditerranée. Le port de Haïfa présente de grands avantages. (Port en eaux profondes, grande capacité, installations pétrochimiques à proximité directe)
Mais un tel projet dépend d’une normalisation renforcée avec les pays du Golfe. Donc d’une solution à la question palestinienne.
Tout est lié.
Le dilemme, c'est d'engager des travaux pour le moyen terme alors que la voie maririme est la solution la plus simple et la moins couteuse. Les pays du golfe préfèrent se coucher devant les mollahs et accepter certaines contraintes plutot que de se lancer dans des solutions alternatives onéreuses et pas forcément efficaces.
Mais Trump les attend au tournant. L'Arabie Saoudite joue sur deux tableaux. Elle a signé des accords de partenariat avec l'Iran, la Turquie et le Pakistan. Tout en voulant conserver la couverture militaire américaine. Il lui faudra choisir.
Le détroit d'Ormuz a encore de beaux jours devant lui. Alors on fait et on défait. Ormuz, le détroit incontournable. Vous comprenez mieux la valeur de ce joker entre les mains du seul voisin qui veut se l'approprier. Mettre en place un droit de passage. Et soumettre ses voisins à ses dictats pour chasser les USA de ce secteur.
Trump temporise. Il a les mains liées jusqu'aux élections du Midterm. Cette guerre est impopulaire. Et de la sorte, l'Arabie Saoudite se retrouve seule dans une guerre qu'elle ne peut assumer.
Demeure l'éternelle question: Quand, mais enfin quand le monde occidental va t il se mettre en marche pour remettre de l'ordre. Faire régner les lois internationales de la naviguation mises à mal par des Etats pirates.
Voici la réponse:
Lorsque les dégats économiques seront plus importants que le prix d'une campagne militaire. Nous avons plus besoin de gilets pare-balles que de gilets jaunes.
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