Lettre 307 Hamas maître des horlo

 Quel déluge de sentiments et de bonheur. On attendait ce moment de soulagement depuis un an. Le peuple en avait besoin comme une bouffée d’oxygène. Comme un baume sur une plaie mentale d’une douleur infinie.

Et certains auraient voulu nous en priver!

Pour des raisons pourtant fort légitimes. 

Le déséquilibre de l’échange entre des otages simples civils totalement innocents contre des terroristes condamnés à vie avec du sang sur les mains. Un pour trente!! Un pour cinquante.

Et surtout la crainte que ces 1700 terroristes deviennent autant de bombes humaines en puissance comme dans la négociation précédente pour libérer le soldat Shalit.

Mais un choix s’impose; la vie des otages est supérieure à un risque potentiel d’attentats. Un danger de mort certain contre un danger potentiel. Le choix est vite fait.

Et à qui revient le crédit de cette victoire? Essentiellement au combat acharné des familles dont la détermination n’a pas faibli.

Enfin!!

Le processus de libération des otages est en marche. Et le Hamas s’y tient.


Steve Witkoff, envoyé spécial de Trump

Trump a tordu le bras de Netanyahu. Il ne sera pas question de reprendre le combat après la fin de la première phase de 42 jours de trêve. Trump va poursuivre sa pression pour que tous reviennent. C’est son crédo.

Il faudra donc sortir de Gaza pour obtenir libération des otages restants. C’est le prix à payer. Et le Hamas aura obtenu carton plein: Sa survie. Sa pérennité. N’en déplaise à Trump!

Y avait il un autre scénario?

Le principal reproche formulé contre Netanyahu était d’avoir refusé de planifier « le Jour d’après » comme l’exigeait la presque totalité des intervenants militaires ou politiques.

Et pourquoi donc?

D’une part, ses deux ministres de droite extrême planifiaient une occupation militaire et l’implantation d’un nouveau Goush Katif avec quelques milliers de colons déjà prêts à investir les lieux. Bis repetita. 

Du déjà vu. On connaît la suite, attentats, pertes humaines, cercueils, « Outar le Pirsoum », colonisation et scandale international.

D’autre part il était assez évident que la seule entité capable de tenir tête à un Hamas affaibli était l’Autorité palestinienne appuyée par une coalition militaire arabe avec pour objectif futur de réunir le futur État palestinien.

Tout ce que le clan Bibi abhorre. A tort ou à raison.

Donc rien, Nada, Lo Kloum, le vide, ou plutôt le Hamas comme pis aller. La même conception qu’avant le 7 octobre. Privilégier le Hamas pour mieux torpiller l’Autorité palestinienne.

Car voilà bien le choix de Netanyahu. Comme à son habitude, ne pas choisir, continuer comme par le passé en divisant les Palestiniens pour mieux régner.

Mais où cela nous mène t il?

Regardons de plus prêt les termes de l’accord négocié et qui fait polémique.

Phase 1 

* Libération de 33 otages par groupes de 3 ou 4 chaque samedi sur six semaines. La dernière semaine, les 14 derniers otages seront libérés.

* Libération de terroristes des prisons israéliennes en contre partie avec une jauge de 1 pour 30 pour les civils et 1 pour 50 pour les soldats.

* Retrait progressif de Tsahal pour faciliter le retour des Gazaouis vers le Nord.

* Entrée de 650 camions humanitaires par jour. (Au lieu de 250)

Phase 2 

* Négociation pour la libération des 65 otages restants. Cette négociation doit s’ouvrir 16 jours après le cessez le feu soit vers le 2 février.

* Hamas exige la fin définitive des combats et le retrait total de Tsahal y compris des axes stratégiques.

Netanyahu veut les contrôler. 

Phase 3 

* Retour des corps d’otages restants.

* Plan de reconstruction de Gaza sur trois à cinq ans supervisé par les instances internationales.

* Rien n’est prévu pour la gouvernance.

Où se trouve la pierre d’achoppement?

Mais bien entendu en fin de phase 1 puisque entre le 2 février et le 1er mars, les parties vont entamer des négociations qui porteront sur l’ampleur du retrait de Tsahal et donc sur la liberté d’action du Hamas pour la gouvernance de la population.

Et si Netanyahu n’accepte pas clairement de retirer l’armée des points stratégiques, il y a fort à penser que le dernière libération des 14 otages de la première phase sera bloquée.

Pourquoi?

Dans cette affaire, Hamas cherche à optimiser la durée de la trêve en retenant les otages aussi longtemps que possible. 

Les otages sont son capital, il n’a va pas brûler ses cartouches. Et ça peut déraper gravement. 

Car Netanyahu embrasse le même intérêt que le Hamas: Faire durer les choses.

Car on voit bien qu’après 15 mois de durs combats, le Hamas est toujours là. Et cette trêve rentre aussi dans son plan. 

Dès à présent, les Gazaouis cantonnés dans des camps de réfugiés au Sud, sont autorisés à revenir dans le Nord de la bande de Gaza. Reprendre possession de leur maison, ou de ce qui en reste. Même si cet habitat est « inapproprié » et c’est un euphémisme.

Netanyahu parle de reprendre les combats. Contre ce bouclier humain, Tsahal ne pourra agir. Répéter les bombardements massifs serait diabolique. Perseverare diabolicum!

On entend tout et son contraire. Le Hamas ne sera plus le dirigeant politique. Mais alors qui? Comment? 

Trump veut mettre fin à la guerre tout en évinçant le Hamas. Par quelle recette miracle?

Il faut se réveiller. Et arrêter de se raconter des histoires. Le Hamas dictera ses conditions pour la phase 2 comme il le fit pour les 33 premiers otages.

Et avec une organisation terroriste, il faut envisager le scénario du pire.

Netanyahu commencera par temporiser laissant entendre qu’il va reprendre la guerre tout en laissant du temps au temps. Trump va pester. La droite extrême va protester, menacer de faire choir le gouvernement s’il ne reprend pas la lutte. 

Ce temps de latence conviendra parfaitement au Hamas. Lorsqu’il aura repris le terrain abandonné par Tsahal, il va durcir sa position. Imposer sa loi.

Malgré tout, sous la pression médiatique et populaire, Netanyahu finira par entamer des discussions avec le Hamas ce qui nous amène au cours de l’été. 

Il lui faudra trouver un accord avec l’opposition pour former un gouvernement élargi pour remplacer SMOTRICH de la droite extrême qui se retirera comme il l'a promis.

A tout le mieux, un accord avec le Hamas sera consacré en septembre prochain pour cette phase 2.

Le Hamas libérera encore une trentaine d’otages sur une période de six à 12 mois. Un ou deux par semaine. Une longue trêve pour bien reprendre Gaza en mains, avec toute l’aide humanitaire, et les financements de la reconstruction. 

Car il faudra bien trouver des solutions pour cette population de sans abris. Son programme est tellement évident que personne ne veut l’envisager. Ce serait une terrible déculottée. 

Et les trente derniers otages ou leurs dépouilles ne seront jamais restitués. Jamais! Pour continuer à nous faire danser! Et les familles d’otages l’ont bien compris en exigeant un accord « tous contre tous ». 

Mais c’est le Hamas qui est le maître des horloges. Il dicte sa loi. Se joue de la torture psychologique qu’il impose aux familles.

Arriveront alors les élections de 2026. Voilà bien l’agenda de Netanyahu. Entre temps il aura fait voter les lois d’exemption pour les juifs orthodoxes et de la réforme judiciaire.

A moins que tout ne capote avant.

Nous écrivons ici l’une des pages les plus horribles de la création. Le comble de l’inhumanité. Et tout cela dans l’indifférence générale d’un Monde qui détourne son regard. Après tout, les Juifs sont des spécialistes de la martyrologie. C’est la leur marque de fabrique!

Une honte. Nulle empathie.

Et c’est à cet instant précis que la résistance de Ben Gvir et Smotrich redevient compréhensible. Comme tous ceux qui déclarent que cet accord est une terrible erreur. Qu’il est une soumission au Hamas. 

Et on se reprend à mettre en équation ce choix entre la vie et la guerre. Libération et fin de conflit ou abandon des otages et éradication du Hamas.

Comme la perpétuelle dissonance d’un choix cornélien qui hante les esprits. Négocier avec des terroristes? Soumission? Ou réaction brutale et jusqu’au-boutiste?

La vérité, c’est que nous sommes faibles face à la souffrance et qu’ils sont cruels. Des humanistes face à des monstres qui appuient là où ça fait mal.

Mais samedi prochain, la série ‘Hatoufim saison 1 reprendra pour un troisième épisode. Qui seront les quatre heureux élus et les 86 malheureux déçus? Il y aura 10 millions de spectateurs suspendus à la voiture de la Croix Rouge. A quelques images volées.

Suspens. Du  Hitchcock en noir et blanc. Surtout en noir, très noir. Comme les corbeaux.

Comme sur le radeau de la Méduse où les vivants furent tirés à la courte paille. 

Un scénario qui n’aurait jamais dû arriver.

En aparté:

Un avocat juif issu de l’immigration russe fut élu bâtonnier du barreau de notre bonne ville de Metz. Selon l’usage, il fut convié ainsi que ses collègues bâtonniers à la cérémonie organisée par le garde des sceaux. Arrivé à l’hôtel de Bourvallais 13 Place Vendôme, il fut accueilli par une haie d’honneur composée de gardes républicains en uniformes de cérémonie, sabres au clair.

Dans un premier réflexe chaplinesque, il eut un mouvement de recul. Puis emboîtant le pas de ses collègues, lui vint à l’esprit la mémoire de ses ancêtres, chassés et massacrés à coups de sabre par les cosaques.

Et lui, petit juif venu de nulle part entrait dans le cénacle, le saint des saints, comme une revanche sur l'adversité.

Le 7 octobre ne demeurera pas impuni. Nous aurons raison de l’Histoire. Et puisqu’aujourd’hui elle ne vient pas à nous, demain nous irons à elle.

Et si ce n’est pas nous, ce seront nos enfants. Car l’histoire démontre que l’humanité est toujours victorieuse de la cruauté.

Le Tsar en sait quelque chose. L’histoire véridique du petit bâtonnier juif en est la preuve.

Z (Il est vivant en grec) ou Ham Israël ‘Haï 

(עם ישראל חי) Le peuple d’Israël est vivant.

Il faut y croire. Mais le Hamas pense la même chose. Et on voit mal qui pourra le bouter hors de Gaza.

Mais somme toute, le calme est revenu. Les soldats épargnés. La vie reprend son cours.

C’est toujours ça, en attendant la suite.

Commentaires

  1. Effrayant cette soumission au hamas quand en fait il n'y a rien d'autre à faire.
    Série TV abominable assurée de nous tenir des années durant.
    Supplice chinois.

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  2. Malgré l’horreur que vit Israël depuis 16 mois, il y a quand même des points positifs.
    Le Hezbollah et vaincu militairement.
    Les capacités militaires du ramasse sont considérablement réduites, même si il semble garder une emprise politique importante.
    Espérons que le nouveau régime syrien rétablira des liens avec Israël. En tout cas, le régime pro russe de Assad a disparu.
    Enfin, dans l’optique des futures élections israéliennes , Naftali Bennett semble être en tête des sondages. il pourrait, je l’espère constituer une majorité solide en excluant les extrêmes des deux bords.

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