Lettre 361 une base militaire américaine en Israël

Une force d'occupation en Israël.

Deux cents Marines débarquent en Israël

On nous cache tout on nous dit rien…….Plus on apprend plus on ne sait rien.

On l’a dit et redit mille et une fois: Israël est dépendant de l’aide américaine. Jusqu’ici, on a pu faire admettre que cette assistance n’entravait en rien notre liberté d’action. Que nous avions des intérêts communs qui justifiaient cette aide financière et militaire exceptionnelle.

Mais tout débiteur sait que tôt ou tard, le créancier lui présentera la facture. Ce jour est venu.

A cela plusieurs raisons.

Mais principalement une divergence sur la vision du monde de demain. Elle se résume aux propos directs de Trump à l’adresse de Netanyahu:

« Un petit pays ne peut se battre contre le monde entier ».

Jusque là, les Américains se contentaient de « conseiller » Israël de savoir arrêter une guerre. Ne pas aller trop loin.

Cette fois, Trump s’impose. Décide. Dicte. Prend la main. Netanyahu se couche.

Chercher l’erreur! Personne n'a donné une bonne explication. Lui a t il promis de le soutenir lors des prochaines élections?

Il y avait un précédent passé quelque peu inaperçu: Lors de la guerre des 12 jours contre l'Iran, Trump avait déclaré que l'opération était achevée et qu'il recherchait une solution diplomatique. La chasse israélienne fit demi-tour. L'affaite était pliée.

Et sur le terrain.

Tout s'est passé dans le plus grand secret. 

Mais comment est-ce possible! Des soldats américains se baladent dans les rue de Kyriat Gat. Ils sont arrivés le 17 octobre en toute discrétion et occupent un énorme hangar transformé en base militaire retranchée. En Israël et à 30 km de Gaza. Inédit. Nul n’est autorisé à s’approcher, encore moins à photographier. Aucune interview.

Bref le secret défense. Mais qui donc a autorisé un tel déploiement? Dans quel cadre légal? 

De quoi s’agit-il exactement? D’une base militaire détachée du CENTCOM (Commandement central américain). Il est chargé de défendre et de promouvoir les intérêts américains dans 20 pays du Moyen-Orient, d'Asie centrale et du Sud, ainsi que dans les voies navigables stratégiques qui les entourent. Son siège se trouve au Qatar à Doha. Et désormais sur le territoire israélien.

Ce centre de coordination militaro-civile (CCMC) a été mis en place en urgence pour accueillir la force de stabilisation internationale dans la bande de Gaza. Il héberge actuellement 200 marines aux côtés de soldats venus de pays divers et variés, des soldats anglais, allemands, canadiens, espagnols, français danois, jordaniens et de pays du Golfe.

Drapeaux flottant sur la base militaire américaine 

Ce contingent ne sera pas celui censé entrer à Gaza pour désarmer le Hamas. Il serait question de l'Azerbaïdjan, de l’Indonésie, et de l’Arabie Saoudite. Il n’est question ni de la Turquie, ni du Qatar en raison du véto israélien. Dans l’immédiat du moins. Mais Trump y songe.

Quelle est la mission de cette force militaire détachée du CENTCOM? 

Permettre l’application de la phase 2 du plan Trump et avant tout, s’assurer du respect du cessez le feu. Les soldats américains sont arrivés avec des moyens de surveillance à distance sophistiqués. Équipés de drones, ils surveillent tout ce qui se passe à Gaza. 

En fait, toute les décisions militaires seraient prises à partir de cette base dirigée par un général américain, Patrick Franck, en partenariat avec Tsahal.

Un partenariat assez cocasse. L’état-major américain est présent, sur place, pour nous dire ce qui est possible et ce qui ne l’est pas.

Une sorte de liberté conditionnelle. Car après deux ans d’une guerre hautement critiquée, nous n’avons plus d’amis. Et nous sommes sur le point de perdre l’appui américain. Trump a mis fin à cette folie en mettant un bracelet électronique aux pieds de Netanyahu. Un recadrage aussi brutal qu’inattendu. L’attaque contre le Hamaau Qatar serait l’erreur qu’il ne fallait pas commettre.

A cet instant un constat s’impose. Gaza est devenu une cause internationale. Tous voudraient y mettre la main. Une véritable révolution alors que jusqu’à ce jour, personne ne voulait s’impliquer.

A commencer par l’Egypte qui vient de prendre pied à Gaza avec des engins d’excavation pour retrouver les corps des 13 otages restants. Elle devance en cela son concurrent islamique turc bloqué par Israël. 

L’Egypte et ses alliés du Golfe qui ont la frousse des Frères Musulmans, ont bien compris qu’à Gaza se joue la course à l’hégémonie du Moyen-Orient. Devenir le partenaire privilégié des USA.

Et le Hamas l’a aussi bien analysé. S’il veut subsister, il lui faut évoluer. Montrer patte blanche. Se fondre dans ce New Deal où tous voudraient le désarmer mais sans trop savoir comment procéder. Car nul n’ira exposer ses soldats pour l’affronter. D’aucuns prédisent que cette force internationale est une vue de l’esprit. Une façon de montrer les muscles. Payer pour voir. Mais sans avenir. Demeure en arrière garde Tsahal comme Pit Bull. 

Ce qui est sur, c’est que nous n’avons plus la main. Hamas devient le partenaire incontournable pour organiser la gestion de cette crise humanitaire. Il est vivant et bien vivant. Il a troqué les otages. Il en conservera quelques uns. Comme dernière monnaie d’échange. C’est désormais la population de Gaza qui est son capital de sauvetage. C’est un levier puissant dont il se sert. Il sait que le monde occidental cédera à ce chantage à bas bruit. 

Ironie de l’histoire: La sphère internationale sera confrontée au même dilemme qu’Israël. Comment combattre une organisation terroriste. On l’a vue à la manœuvre contre DAESH en Irak. Mais il y a désormais la rue arabe. Elle veille sur la Palestine comme le chat sur le lait. 

Alors regardez bien.

A quand une force internationale opérationnelle? Tablons sur trois à six mois. Il faudrait au moins 50.000 hommes. Et avant tout, définir son statut, sa mission, ses moyens, son autorité. Bref, autant de questions laissées de côté. Et qui devrait passer par l’aval de l’ONU ce que Trump voudrait éviter.

Et en attendant.

Chacun joue la montre. Trump se campe sur ses acquis. Un cessez le feu fragile qu'il impose.

Nous savons que Hamas s’organise. Militairement et civilement. Il veut demeurer une force armée et il n’est pas décidé à admettre la présence d’une force internationale. A moins qu’elle ne le dérange pas. Une sorte de casques bleus qu’il pourrait phagocyter. Comme au Sud Liban.

Il a participé en Égypte à une rencontre formelle pour mettre en place un gouvernement auquel il accepte de ne pas participer directement. Mais il a fourni une liste de technocrates de son choix. Des noms circulent. Barghouti tiendrait la corde. S'il le faut, Trump ordonnera sa libération. N'a t il pas déclaré: "Je vais prendre une décision" .

Désormais, les décisions concernant la Palestine sont prises à la Maisons Blanche. Oui monsieur!

Lorsque la Knesset s'est prononcée sur la possibilité d'engager une procédure légale d'annexion de la Cisjordanie, le jour même où le vice président Vance faisait la tournée des popotes en Israël avec Bibi, il a déclaré: "Si certains veulent voter, ils sont libres, mais ce sera sans suite". Et Trump a mis le holà et Netanyahu s'est aussitôt couché.

Vous avez dit vassal? Ou partenaire très particulier.

Posons nous les bonnes questions.

Qui prendra position dans Gaza. Américains et Français (Trois officiers sont présents) déclarent que les troupes présentes à Kyriat Gat n’y entreront pas.

Alors qui?

Les Anglais avec Tony Blair? Retour au mandat anglo-américain?

Le Qatar est prêt. La Turquie suivra. Ce sont les seules troupes qui seront agréées par le Hamas.

Ce serait pour le gouvernement un camouflet terrible que l’entrée en lice de la Turquie. On voit mal quel autre pays pourrait avoir assez d’influence pour modérer le Hamas. Le faire accepter une force étrangère. Ici ça coince. Le danger est évident. On fait entrer le loup dans la bergerie.

Trump n’a pas le choix. Ce ne sont ni les Marines, ni la légion étrangère qui pourront engager ce bras de fer militaire. Si Trump passe outre le véto israélien et laisse la Turquie et le Qatar entrer à Gaza, nous verrons réunis les activistes des Frères musulmans. Pour mieux les contrôler? Mieux éradiquer cette idéologie? Pari bien hasardeux.

Car voyez bien le deal. 

Dès que des forces internationales seront à la manœuvre à Gaza, tous les commentateurs s’accordent pour considérer que Tsahal sera pieds et mains liés. Encore plus qu'aujourd'hui.

La seule fenêtre de tir se trouve donc dans les trois mois à venir. Raison pour laquelle nous assistons à un défilé de hauts responsables américains. Ils viennent ramasser les royalties de cette paix fragile, mais aussi nous dissuader de dérailler comme nous le fîmes au Qatar. 


Je tire? 

Négatif. J'attends l'autorisation des Américains!

Et pour la même raison, Hamas tarde à nous restituer les dépouilles des otages. Attaquer serait contre productif et Trump y tiendra la main pour nous inciter à la retenue. Sa paix avant tout. Pour notre sécurité, on verra plus tard.

Le temps travaille pour le Hamas et contre Israël

Un point c’est tout.

Lors du procès d’Emile Zola poursuivi en 1898 pour la publication diffamatoire du fameux pamphlet « J’accuse », le président de la cour d’assises de Paris avait averti en début d’audience: « La parole est libre à la condition qu’il ne soit question ni de l’affaire Dreyfus, ni de l’état-major »

C’est une paraphrase des propos du gouvernement quant à la situation exceptionnellement bonne du pays. Mais quelque part, pourquoi se flageller.

Zola fut condamné à un an de prison ferme pour avoir diffamé la grande muette. On ne touche pas à l’armée. Pour éviter la prison, Zola s’exile en Angleterre. Mais ce procès aura l’effet escompté. Le dossier Dreyfus sera réouvert, le procès révisé et Dreyfus réhabilité.

Quant à Zola, il revient en France après un an d’exil. Comme le procès Dreyfus est réouvert, le gouvernement décide de ne pas faire exécuter la sentence. En septembre 1899 le président Emile Loubet proclame une loi d’amnistie générale sur tous les délits touchant à l’affaire Dreyfus.

Décédé en 1902, Emile Zola a bien mérité son entrée au Panthéon en 1908 aux côtés de Voltaire et Rousseau.

N’y voyez aucune allusion au procès de Netanyahu. 

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