Lettre 385 Redéfinir les objectifs du conflit

 Entre Blitz et guerre d’usure. Trump a choisi. Le Blitz permanent et continu.



Le lion rugissant de Tel Haï

Cette guerre qui ressemblait à un parcours de santé prend un tour bien inquiétant. Toute guerre doit avoir un objectif, et en cas de difficulté ou d’échec, doit comporter une stratégie de sortie de crise. 

Après avoir lancé des frappes coordonnées, la coalition israélo américaine a réussi l’exploit d’éliminer le guide suprême. La chute du régime iranien paraissait proche. Insuffisant.

Savez vous pourquoi l’aréopage de  cardinaux chargé de désigner le pape désigne généralement le plus âgé d’entre eux? Non parce qu’il parait le plus sage. Ou le plus méritant. Mais parce que sa santé fragile leur permet d’espérer d’être nommés rapidement pour son remplacement.

Au contraire, en Iran, nous avons échangé un dirigeant âgé et souffreteux par son fils âgé de 56 ans encore plus extrémiste. Son élimination semble partie remise. Touché, défiguré mais pas coulé.

Et la stratégie Iranienne semble fonctionner à merveille. Les pays du Golfe sont en panique. Une panique contagieuse. Surtout auprès de ceux qui affirment ne pas être concernés par ce conflit.

L’Iran serait en capacité de détruire l’économie mondiale. Et les pays du Golfe conservent une position de neutralité bien qu’ils soient les principaux destinataires des missiles iraniens. « Cette guerre n’est pas la nôtre. Elle remet en cause nos intérêts. Nous sommes là pour faire des affaires, pas la guerre. » Et vlan, un caillou dans la chaussure des Américains. 

Alors regardez bien. La guerre commence toujours par une période d’euphorie rapidement atténuée au vu la résistance adverse. Ensuite se pose la question du quitte ou double. Nous y sommes. Trump a parlé: « Nous avons les moyens de vous faire tomber! »

Alors s’ouvre une période où les jours passent et les journaux finissent par endormir les lecteurs en commentant toujours les mêmes informations. Au final, la routine de la guerre s’installe. Personne n’ose plus remettre les décisions en question. Il faut vaincre à tout prix pour venger les héros morts au combat. Et jouer la Marseillaise.

Et à cet instant se pose la question de la révision des buts fixés par les belligérants.

La chute du régime était une option. Elle avait une apparence: Le soulèvement de la rue iranienne. 40.000 morts ont mis fin à toute velléité. Temporairement. Mais sûrement.

En survivant, le régime des Mollahs atteint son but. Mais il fait mieux. Il affole les marchés.

Et sans campagne terrestre, il sera impossible de récupérer les 400 kg d’uranium enrichi, ni les missiles balistiques, ni de faire tomber le régime.

Chaque jour, Trump tient des propos de fin de combat. Le régime iranien serait désarmé. Mais, sur le terrain, il poursuit la campagne de destruction pour un temps fixé à quatre semaines. Ou plus si affinité pour finir le boulot.

Il pourrait même se lancer dans une guerre d’usure après avoir assuré l’ouverture du détroit d’Ormuz. Les fins commentateurs en stratégie soutiennent que c’est la bataille navale qui pourrait rebattre les cartes. A voir. D'autres pronostiquent une intrusion terrestre limitée. Allez savoir.

Il pourrait aussi annoncer le cesser le feu sans préavis. Sa tactique: Manipulation verbale pour dérouter, empêcher tout pronostic. Désorienter les commentateurs. 

Ceux qui savent ne parlent pas, ceux qui parlent ne savent pas. 

Alors que reste il?

Les proxies.

Voilà que l’Iran a réussi à lancer le Hezbollah libanais dans une attaque rangée contre le Nord d’Israël au point de reposer la question de la nécessité de déloger les habitants qui viennent à peine de reprendre possession de leur maison, souvent durement frappée par le précédent conflit.

En Israël on pense que cette fois ce sont les Libanais du sud Liban qui doivent dégager pour permettre de créer une zone tampon, un no man’s land de la frontière au Litanie. Une sorte de ligne jaune comme à Gaza.

Il faut à cet instant revoir la copie.

Iran, Liban, Gaza, trois pôles, trois difficultés à régler. Faire d’une pierre trois coups. L’objectif n’est il pas trop ambitieux. 

Car si le régime iranien demeure en place, il faut pour le moins supprimer sa faculté d’intervenir au Liban et à Gaza. L'empêcher de financer, armer, se servir de ces milices fondamentalistes.

Pour Gaza, le mécanisme est en place. Hamas survit. Tsahal veille au grain. Ce n’est pas la priorité du jour.

Face au Hezbollah, la situation est idéale. Le Liban veut s’en débarrasser. Tous, Macron en tête, militent pour son désarment. 

Comment? 

Sans intrusion israélienne? Sans bombardement? Faut être sérieux. Un soldat français tué en Irak, des soldats blessés. Macron va t il encore longtemps baisser la culotte? Ses condoléances à la famille sonnent faux. 

Alors regardez bien: Dans cette guerre il y a un élément totalement inédit. Nous nous battons contre un ennemi dont le peuple est notre allié et appelle à la rescousse. En Iran, au Liban, même à Gaza. Des pays où le peuple est pris en otage par des régimes totalitaires et terroristes. Un tel ennemi ne peut résister longtemps sans la résilience de sa population.

Du Nord vient le danger. (מיו הצפון תפתח הרעה)

Tsahal modifie sa stratégie pour mettre le « paquet » sur le Liban en laissant les Américains s’occuper de l’Iran. Trump veut finir le boulot.

L’idée est de permettre enfin à l’armée libanaise de désarmer le Hezbollah. Cette mission ne pourra se faire que par une coordination avec Tsahal.

Mais ici aussi, le Hezbollah pourrait se lancer dans une campagne de nuisance en provoquant une guerre civile tant redoutée. Il possède des ramifications dans la population et pourrait bien tirer sur le peuple à l’instar du régime iranien.

On ne nettoie pas un pays des nids d’armements et des bastions constitués en 30 ans par une simple campagne de ratissage. Le Liban est fragile. Ses composantes multiples. Ses intérêts variés.

Il faut savoir où mettre les pieds. Israël par en campagne Liban 3 et mobilise ses réservistes. Hezbollah tire à tout va. La situation se raidie, mais grâce aux systèmes de défense et au civisme des Israéliens, on ne dénombre que peu de victimes civiles. C’est au niveau militaire que la liste pourrait bien s’allonger.

Les chars sont massés à la frontière. Ils vont pénétrer en profondeur dès que l’armée de l’air aura nettoyé l’essentiel du terrain. Trump a donné carte blanche.

Cette opération devrait permettre au Liban de retrouver sa souveraineté en resserrant ses liens diplomatiques avec Israël. Et se débarrasser de la menace du Hezbollah.

Mais attention, comme à Gaza, Hezbollah s'est fondu dans la population. Un million de Libanais ont quitté les secteurs où le Hezbollah est implanté.

Et pour la bonne bouche. 

Netanyahu a donné à cette campagne contre l’Iran le nom de "AMKELAVI".

Ce terme est tiré de la Torah (Livre des Nombres verset 23-24)

ֶעָם כְּלָבִיא יָקוּם וְכַאֲרִי יִתְנַשָּׂא

(am kelavi yakum, ve-kha’ari yitnassé)


« Voici un peuple qui se lève comme un lion et se dresse comme un lion puissant »

Ce passage fait partie de la prophétie de Balaam auquel Balak, roi de Moab et grand ennemi d’Israël avait demandé de maudire ce peuple. Mais que des bénédictions ne sortiront de sa bouche décrivant la force et la résilience du peuple d’Israël face à ses ennemis.

L’opération Amkelavi renvoie ainsi à une image biblique de puissance et de défense d’Israël.

Rappelons ici que le lion est le symbole de la tribu de Juda, et l’emblème historique de Jérusalem.

La statue du lion rugissant se trouve en haute Galilée à Tel Haï en mémoire de Joseph Trumpeldor mort en 1920 lors d’un affrontement armé entre colons Juifs et soldats de l’Empire ottoman. Il fut un des rares officiers Juif de l’armée du Tsar et se distingua pendant la guerre russo-japonaise (1904-1905) où il perdit un bras. Fervant sioniste, il émigra en Palestine en 1912 où il participe à la fondation et la défense de kibboutzim. Expulsé pendant la première guerre mondiale comme sujet russe, il fonda la première unité militaire juive (Zion Mule Corps) combattant à la bataille de Gallipoli (1915-1916 les Alliés tentent de prendre le contrôle du détroit des Dardanelles) sous commandement anglais. 


Avant sa mort, il avait prononcé la phrase célèbre « Qu’il est bon de mourrir pour notre pays »

טוב למות בעד ארצנו (Tov Lamout Behad Artzeinou)

Tout le symbole du dévouement et du courage sioniste.

Souvenez vous ce sketch éculé de Roger Pierre et Jean-marc Thibaut sur la guerre de sécession.

Fait prisonnier un soldat sudiste est interpelé par le général Grant:

« Alors soldat, quelle est votre opinion sur la guerre? »

« Si nous autres les Sudistes, on avaient été plus nombreux, vous autres les Nordistes vous auriez bel et bien pris la pâté! »

Le général lui propose de changer de camp. Le soldat revient alors en uniforme nordiste.

« Alors soldat, avez vous changé d’avis? »

« On a eu chaud! Si eux autres les Sudistes avaient été plus nombreux, en bien nous autres les Nordistes on aurait bel et bien pris la pâté!!! »

Et comme toujours, chacun voit midi à sa porte.








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