Lettre 399 INCH’ ALLAH

 Revisitons le passé pour comprendre le présent.

Salvatore Adamo est enfant d’émigrés siciliens montés en Belgique en 1946 pour trouver du travail dans les mines de charbon du Hainaut.

Auteur compositeur et interprète de talent à la discographie populaire impressionnante depuis les années 60. (Tombe la neige, vous permettez monsieur, mes mains sur tes hanches…..)


Adamo chante au stade Yad Eliyaou de Tel Aviv

En octobre 1966, Adamo se rend à Jérusalem pour donner un concert, et son séjour lui inspirera immédiatement une chanson. Il y vante la beauté de la ville et son caractère sacré, mais surtout il déplore les conflits qui rongent le territoire. Il revient notamment sur la frontière qui divise la ville sainte, les pertes humaines et le contexte de création d’Israël en terre palestinienne après la Seconde Guerre mondiale. Salvatore Adamo choisit d’appeler sa chanson “Inch Allah” (si Dieu le veut), ce qui est déjà un message fort en soi, pour la paix des peuples et entre les religions.

Cette chanson écrite avant la guerre des Six Jours était interdite dans la plupart des pays arabes en raison du parti pris pro-israélien de ses paroles. L'artiste affirme que sa chanson est un hymne de paix et veut le prouver en publiant en 1993 un texte modifié dans lequel les références négatives aux ennemis d'Israël sont estompées.

Voici le texte d’origine. Il est de nature à vous tirer une larme en son couplet final. 

J'ai vu l'Orient dans son écrinAvec la lune pour bannièreEt je comptais en un quatrainChanter au monde sa lumière
Mais quand j'ai vu JérusalemCoquelicot sur un rocherJ'ai entendu un requiemQuand sur lui je me suis penché
Ne vois-tu pas humble chapelle?Toi qui murmures, "paix sur la terre"Que les oiseaux cachent de leurs ailesCes lettres de feu "danger, frontière"
(Jérusalem divisée en son milieu avant 1967)
Le chemin mène à la fontaineTu voudrais bien remplir ton seauArrête-toi Marie MadeleinePour eux, ton corps ne vaut pas l'eau
Inch'allahInch'allahInch'allahInch'allah
Et l'olivier pleure son ombreSa tendre épouse, son amieQui repose sur les décombresPrisonnière en terre ennemie
Sur une épine de barbelésLe papillon guète la roseLes gens sont si écervelésQu'ils me répudieront si j'ose
Dieu de l'enfer ou Dieu du cielToi qui te trouves où bon te sembleSur cette d'IsraëlIl y a des enfants qui tremblent
Inch'allahInch'allahInch'allahInch'allah
Les femmes tombent sous l'orageDemain, le sang sera la veilleLa route est faite de courageUne femme pour un pavé
Mais oui j'ai vu JérusalemCoquelicot sur un rocherJ'entends toujours ce requiemLorsque sur lui je suis penché
Requiem pour six millions d'âmesQui n'ont pas leur mausolée de marbreEt qui malgré le sable infâmeOnt fait pousser six millions d'arbres
Inch'allahInch'allahInch'allahInch'allah


En 1993, devant les critiques du monde arabe, Adamo enregistre une nouvelle version de “Inch Allah”. Un appel à la paix renouvelé dans lequel le dernier refrain évoquant les morts de la Shoah est remplacé par une dénonciation ferme des horreurs commises par les deux camps. 

Il est vrai qu'entre temps il y a eu deux guerres, celle des Six jours et du Kippour.

Voici le texte modifié: 

"Et le temps passe et rien ne change 

Toujours la mort, toujours l'horreur 

Toujours ceux que la paix dérange 

Qui veillent à ce que le monde ait peur 

 Mais oui j'ai vu Jérusalem Coquelicot sur un rocher 

J'entends toujours ce requiem 

Lorsque sur lui je suis penché 

 Requiem pour toutes les âmes 

De ces enfants, ces femmes, ces hommes 

Tombés des deux côtés du drame 

Assez de sang, Salam, Shalom "


Interpelé sur cette version édulcorée, Adamo persistera:

« J’ai suivi mes émotions, je ne regrette rien. J’étais sincère quand je l’ai écrite, j’étais sincère, aussi, quand je l’ai modifiée. Une de mes plus grandes joies, c’est d’avoir pu l’interpréter en 2003, en Tunisie, au
théâtre antique de Carthage. Au début, on m’avait suggéré d’éviter de la chanter, mais ça été pourtant la chanson la plus applaudie du concert. Ce qui montre que le peuple est capable de comprendre, et que ce sont les dirigeants qui sont parfois rigides et dogmatiques… »

Voilà donc la Shoah sortie du contexte de la création de l’Etat d’Israël. Paris vaut bien une messe. Carthage aussi. En faisant reposer la responsabilité sur les dirigeants politiques, l’homme s’est dédouané à bon compte. Mais après tout, c’est le peuple qui achète ses disques.

Passons.

Voici l’histoire passionnante de l’auteure compositeure interprète Véronique Sanson. Fille de l’avocat juif René Sanson et de Colette Lucas, tous deux grands résistants. (Membres du réseau du « Musée de l’Homme », puis réseau Combat. Arrêtés, condamnés, évadés. Honneur et respect.

Colette Lucas raconte:

« En 1940, pendant la drôle de guerre, je travaillais dans les bureaux de l’état-major de l’armée à l’École militaire à Paris. Avant ça, j’ai fait un an de droit mais mes parents ne pouvaient pas me faire poursuivre des études supérieures. Ils m’ont dit “Il faut quand même que tu gagnes ta vie” et je suis devenue secrétaire à différents endroits avant finalement d'arriver dans une affaire d’assurances cinéma – très intéressante profession, c’était très amusant. Là-bas, mon patron, qui s’appelait Mizrah, m’avait dit “Vous savez les Juifs, on les envoie dans un pays qui s’appelle Pitchipoï” et Pitchipoï on ne sait pas ce que c’est, c’est comme l’Eldorado, c’est un pays imaginaire. On disait “Le pauvre, il a été emmené par la police et il doit être à Pitchipoï…” Pour ne pas être envoyé là-bas, il nous a donc licenciés avec mon autre collègue avant de partir aux États-Unis et, à ce moment-là, un ami de mon père a dit : “Si ta fille le veut bien, elle peut entrer à l’état-major parce qu’on a besoin de quelqu’un de sûr et qui parle anglais”. Alors je suis entrée dans une équipe merveilleuse d’officiers avec qui j’ai gardé des contacts extraordinairement chaleureux et nous nous occupions de sabotage. »


http://harmonies-v-sanson.blogspot.com/2009/01/colette-sanson.html

Des parents particuliers, héros bien ordinaires!

Véronique Sanson sera la compagne de Michel Berger de 1967 à 1972 qu’elle quittera sans préavis en disparaissant pour rejoindre en Amérique son autre amant, le guitariste Stephen Still (Buffalo Springfield, Crosby, Stills, Nash and Young) qu’elle épousera sans conviction le 14 mars 1973 .

L’homme est violent et drogué. Après lui avoir donné un fils (Christopher né le 19 avril 1974) et quelques raclées bien pesées, elle le quitte pour revenir en France. Mais sous son influence, elle va acquérir un côté rock qui fera d’elle une vedette primée dont les ventes de disques vont exploser.



« Allah » chanson controversée

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En novembre 1988, Véronique Sanson écrit la chanson Allah très diffusée en radio et télévision.

La chanson, selon son auteure, est une supplique à Allah contre les crimes commis en son nom :


Ô Allah, à quoi te sert d'avoir un nomPourquoi ce feu, ce tonnerreAu nom de quoi fais-tu la guerreMais si c'est ça que tu veuxTout l'monde fermera les yeux
Elle a donné sa vie pour ta causeLa mort est sur le sableTe sens-tu mutilé dans ton âme

Mon Dieu, à quoi te sert d'avoir un nomPourquoi la faim, la misèreSi j'étais toi, je serais pas fière, nonMais si c'est ça que tu veuxTout l'monde fermera les yeux
À sa sortie, la chanson ne suscite aucun remous et les ventes de l'album atteignent les 100 000 ventes. Mais dans le contexte tendu de l'affaire Rushdie (avec la parution de son livre Les Versets sataniques), Véronique Sanson reçoit rapidement des menaces de mort pour cette chanson qu'elle retire de son répertoire. La chanteuse exprime son incompréhension : « Cette chanson, je l'ai écrite comme une prière à Allah lui-même. Vraiment pas comme une insulte. C'est contre l'intolérance, le fanatisme. Pas contre l'islam. Je respecte la religion musulmane».

Le ministre de l'Intérieur du gouvernement socialiste Pierre Joxe fait une déclaration, soulignant qu'il a pris des mesures de protection pour la chanteuse à la demande de son père, ancien député. Plusieurs réseaux de distribution décident de retirer le disque de la vente.

« A quoi te sert d’avoir un nom? ». Puisque tout se fait au nom d’Allah! Il est question d’une femme, bombe humaine, qui a donné sa vie pour la cause. Mais Véronique Sanson  franchit une ligne rouge « Si j’étais toi je ne serais pas fière ».

Et que penser de cette conclusion: « Si c’est ça que tu veux, tout le monde fermera les yeux? »

Une sorte de vision messianique de la montée de l’islamisation et de la soumission générale. 

Mais quel rapport avec notre sujet.

Ces deux histoires démontrent combien l’influence du monde arabe a pris de l’essor en quelques décennies.

Nous étions portés par une hora fascinante d’un peuple revenu sur sa terre ancestrale et qui avait déjoué une cabale ourdie contre lui par des pays arabes tellement plus puissants.  

L’image du pionnier faisant refleurir le désert était la figure de proue d’une nation refuge d’un peuple mille fois meurtri. Et la France qui vivait mal le terrorisme naissant dans sa province d’Algérie ne pouvait qu’apporter son soutien inconditionnel. 

En nous livrant une guerre sans merci, ces nations Arabes sacrifiaient une population autochtone à qui un État était promis par le partage de la Palestine validé par l’ONU.

Une population sacrifiée sur l’autel d’une idéologie qui refusait la présence d’un État juif en terre musulmane.

Et c’est à cet instant qu’après deux victoires aussi  brillantes qu’inattendues, voire humiliantes, l’histoire va changer de paradigme.

Il ne sera plus question que d’occupation, de brimades, d’oppressions, jusqu’à parler d’apartheid.

Disparu le kibboutznik travaillant fusil à l’épaule sous le feu ennemi. Disparu le survivant de la Shoah fuyant l’Allemagne nazie sur le bateau Exodus pour retrouver le pays de ses ancêtres.

Le narratif devait imposer un rééquilibrage de l’histoire entre le faible devenu fort, trop fort, et cette population palestinienne sacrifiée, dont le sort était d’incarner la mauvaise conscience d’Israël. Un œil de Caïn qui devait le poursuivre jusqu’à la fin des temps.

En réécrivant et en dénaturant ces poèmes populaires, en les effaçant du répertoire, ces auteurs ont succombé à une pression grandissante aujourd'hui incontournable.

Quand la première équipe française de football porte le maillot du Qatar, il ne faut plus s’étonner de tels revirements. Le virus est dans la maison. Il sommeille, nous endort, mais finira par frapper.


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