Lettre 397 Les négociations de la défaite
Qui veut gagner des millions?
Toutes les mains se lèvent.
Qui veut faire la guerre?
Personne. Sauf les Israéliens. Et les régimes totalitaires. Il faudra en tirer des conclusions.
On nous bassine depuis un mois entre négociations et reprise des frappes voire débarquement. Les nerfs des Israéliens sont à vif.
Mais vous aviez compris depuis longtemps que l’homme le plus fort du monde avait des dents de lait. S’il continuait à mordre, les Iraniens répondaient « même pas mal ».
Et à ce jeu d’échec menteur, Trump vient de perdre la partie. Le roi est tombé. Juste après sa visite diplomatiquement polie en Chine. Il n’a pas obtenu le soutien attendu. C’était couru d’avance, mais qui ne tente rien n’a rien.
Trump pouvait-il persister dans son blocus encore un mois, trois mois, six mois? Il n’aurait fait qu’étrangler le peuple. Les Mollahs s’en tamponnent le coquillart. Ou étrangler l’économie mondiale, l’arme fatale des Iraniens.
Au final, ce n’est pas tant le peuple américain qui a sifflé la fin de la récréation, mais les pays du Golfe.
Un mauvais accord sur le dos d’Israël vaut mieux qu’une bonne guerre. Par ici les pétrodollars. Vous savez ce hold up à la pompe qui perdure depuis des décennies. Et c’est avec notre bon argent qu’ils rachètent nos bijoux de famille. Imbéciles que nous sommes!
Israël était vent debout contre une négociation jugée low cost. Un journaliste a écrit ce matin « Celui qui négocie avec les Iraniens a perdu ». D’une façon générale, au Moyen-Orient, signer un accord n’engage que le signataire. Ni le pays et encore moins une organisation terroriste. Un peu comme les promesses qui n’engagent que ceux qui les reçoivent. Selon Michel Onfray, un papier signé avec un Kofer (non musulman) est sans valeur.
L’Iran nous ment depuis des décennies, et voilà qu’on nous explique que cette fois l’accord serait respecté. Un beau matin un essai nucléaire se produira dans un désert iranien et le sort sera scellé. Avec ou sans accord.
Et contre la réouverture du détroit d’Ormuz, Trump devra lever les sanctions, débloquer 13 milliards d’avoirs gelés et abandonner ce détroit à l’emprise iranienne. Car les Iraniens qui menacent de couler tout bateau qui forcerait le passage, sécuriserait le détroit contre monnaie sonnante et trébuchante.
La vieille méthode mafieuse de la protection.
Et vous verrez, ils cracheront tous au bassinet. En attendant de créer d’autres voies de contournement.
Alors regardez bien. Netanyahu a misé sur Trump. Mauvaise pioche! Le régime iranien sortira renforcé avec la suppression des sanctions et l’argent de la protection.
L'uranium enrichi? Bien malin celui qui le fera sortir d'Iran. Missiles balistiques? Ils sont hors discussion.
Hamas et Hezbollah, rien n’est réglé bien au contraire. La guerre des drones va pourrir la vie des Israéliens. Elle va se répandre sur toutes les frontières. La sécurité promise par Netanyahu recule. Nous avions une chance de supprimer l’origine de cette insécurité en faisant tomber le régime des Ayatollahs. Hélas, mille fois hélas! Qui en parle désormais.
Trump a milité pour lui obtenir la grâce présidentielle. Une immixtion déplorable dans les affaires publiques internes. Chou blanc. Herzog botte en touche. Rien n'est fait ni ne se fera avant les élections.
Sur le plan international, Trump a tenté de désamorcer le mandat d'arrestation de la cour de la Haye. Mais on voit bien qu'en ferraillant avec la moitié du monde, Trump est devenu un allié dangereux. Les ordres d'arrestation ou d'interdiction de teritoire pleuvent contre les ministres sus-mentionnés. Notre gouvernement non grata ne pourra bientot plus voyager.
En novembre, Trump deviendra un homme puissant aux pouvoirs très limités. Un géant aux pieds d’argile. Netanyahu l'a poussé dans une guerre qui devient un fardeau. Une erreur politique à contre courant de son programme et de ses promesses électorales. Cette pression lui reviendra comme un boomerang.
Ici faisons le point.
Israël se bat à l’extérieur, mais aussi à l’intérieur. Une sorte de guerre civile à bas bruit des idées qui minent la société toute entière.
Et c’est aussi pour neutraliser ce conflit intérieur que cette guerre perdure depuis trois ans. Et elle va se poursuivre car Trump va faire à Netanyahu un cadeau empoisonné: L’accord avec l’Iran lui laisserait les mains libres au Liban. Et juste avant les élections, qui ne voudrait pas s’enorgueillir d'un succès sur le champs de bataille en devenant l’homme providentiel irremplaçable.
Nous continuerons donc à nous battre contre un simple proxie financé par un Iran de retour sur la scène internationale et débarrassé des sanctions. Un comble.
Cet accord s'il se confirme sera le pire souscrit à ce jour. En Israël les militaires pestent: Tout ça pour ça!?
Conclusion.
Pourquoi ce qui ne fonctionne pas depuis que Netanyahu est au pouvoir (17 ans avec une légère interruption) devrait subitement porter des fruits? C’est la définition de la folie selon ce cher Albert.
Cette division du peuple sur les valeurs fondamentales du pays devient la priorité des priorités. Netanyahu s’est laissé débordé par des extrémistes à qui il a confié les clés de la maison. À Ben Gvir la sécurité intérieure (Police qu’il veut assujettir). A Smotrich les cordons de la bourse. A Levin le portefeuille de la Justice pour museler tous les gardiens de la démocratie par des réformes brutales et clivantes.
Autant de personnages qui ruinent le renom de la nation sur le plan international et qui se nourrissent de cette dissonance. Plus Israël est haï, plus leur côté monte sur l’air du « Mieux vaut être seul que mal accompagné ».
Ces élections pourraient apporter un changement de paradigme. En revenant sur les réformes en cours, en répondant aux aspirations d’une majorité de la population pour une répartition équitable des charges ( mobilisation militaire égale pour tous). Une coalition autrement composée pourrait amener un apaisement intérieur qui fait tant défaut.
Et surtout tenter d’autres solutions. Et avec une virginité nouvelle, éteindre les flammes d’un anti sionisme rampant qui se nourrit de l’extrémisme de la coalition sortante.
Ce gouvernement a tendu les verges pour se faire battre. Il a rendu une partie de son électorat orphelin. Des électeurs historiques du Likoud qui cherchent un parti d’accueil. Ils sont mécontents à plusieurs titres:
* Ils n’acceptent pas la soumission de Netanyahu envers Trump et envers les ministres précités
* Ils exigent une commission d’enquête publique sur les causes du 7/10
* Ils n’acceptent pas cette loi d’exemption des Juifs ultra religieux
Ce sont eux qui feront la différence.
Un homme nouveau pourrait les séduire. L’ex chef d’état major Eisenkot (2015 à 2019). Un nouveau venu en politique classé dans la droite modérée et qui a quitté le parti « Bleu-blanc » de Ganz. Il a payé un lourd tribut à cette guerre: Son fils meurt au combat en 2023 lors d'une pénétration dans un tunnel de Gaza. Son neuveu décède deux jours plus tard dans une explosion à Khan Younès. C'est un interlocuteur privilégié de l'administration américaine pour la préparation de l'après-guerre. Les sondages sont en hausse et il est crédité de plus de 10 mandats. Homme de caractère, sans casseroles, il est réputé pour sa droiture. Il pourrait être question d’une alliance ponctuelle avec le couple Bennet-Lapid.
Une recomposition du puzzle électoral est en marche. Netanyahu fait très Old School dans le décor. Mais tant qu’il est à la manœuvre, pour lui, rien n’est perdu. En Israël on n’aime pas trop l’aventure. Il y a suffisamment d’incertitudes pour parier sur les valeurs sûres. Mais Netanyahu n’est il pas frappé par l’usure du pouvoir? Un héritier putatif du 7/10.
La campagne électorale vient de s’ouvrir. La reculade de Trump lui savonne la planche. Il avait pourtant promis de l’aider dans sa campagne. Mais l’homme est intraitable avec les loosers. Va t il miser sur un homme en perte de vitesse? Ça n’est réellement pas son genre.
Et maintenant c'est au coeur du parti Likoud que des voix contestataires se font entendre. Lorsqu'un parti est en perte de vitesse, il y a des déçus du voyage qui vont perdre leurs prébendes. Lorsque le gateau se rétrécie, on se souvient alors du dicton: Lorsque les gros maigriront, les maigres mourront.
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