Lettre 403 Le vassal se rebiffe

Vassal des USA ou pays souverain isolé, That Is The Question?

D’aucuns ont même prétendu qu’une nouvelle étoile venait de s’ajouter au drapeau américain, l’étoile de David bien sûr.


Zone rouge de sécurité sous controle de Tsahal au sud Liban

L’opinion publique israélienne se félicite de compter sur un allié de taille sans lequel rien ne serait possible ou, à minima, tout serait beaucoup plus compliqué.

Mais une fois de plus, nous constatons que cette caution américaine est limitée. Et s’il faut être deux pour danser le tango, notre partenaire mal chaussé à vite jeté l’éponge. Il a interrompu l’orchestre. D’un rock enflammé il a commandé un slow avec changement de cavalier comme dans les bals populaires. Faute d’un quatrième partenaire, nous restons sur le carreau. Et comme la hora est une danse folklorique israélienne qui nécessite une chaîne de participants, nous voilà relégué à faire tapisserie.

Mais comme vous le devinez déjà, la danse iranienne Bandari qui se pratique pieds nus va rapidement fatiguer notre octogénaire meurtri de cors aux pieds.

Alors regardez bien.

Partenariat ne veut pas dire mariage catholique. (Qui interdit le divorce) On l’a dit et redit. Les objectifs communs ont laissé place à deux visions divergentes du conflit. Les slogans laissent place à la réalité du terrain. Israël mène un combat existentiel. Trump un combat personnel. Trop personnel pour danser jusqu’au bout du bal. Et aucune des nations présentes au bal des cocus n’a accepté de danser avec lui. Même dans son propre camp on traine les pieds. 

On peut ici conclure que dans ces circonstances, Trump est allé très loin avec son allié israélien. Pas assez loin pour faire tomber le régime. Ce qui permet à ce régime survivant de s’auréoler de feuilles d’acanthes. Car désormais l’Iran peut négocier d’égal à égal. Sur son terrain. Son détroit. Avec ses menaces économiques, stratégiques, face à un monde fourbu qui se ronge les ongles faute d'une victoire salvatrice pour laquelle il n'a pas engagé un Kopeck.

Netanyahu a tout misé sur Trump. Trump le lui a bien rendu. Il l’a encensé, congratulé, œuvré pour sa grâce, soutenu sa candidature. Il y a une contrepartie. Un prix à payer: Accepter ses conseils comme des ordres. S’aligner. Manger son chapeau. Car l’homme est versatile. « L’argent, ça va, ça vient, quand ça vient, ça va! » L’Amérique a été très généreuse avec Israël. Trump n’attend pas que des remerciements. Mais bien plus. Sinon gare.

Le retour de bâton est immédiat. Les insultes pleuvent. Le répertoire est infini. Loin des subtilités diplomatiques. L’humiliation de Zelinski en est l’illustre démonstration.

Netanyahu a le marché en main. Il est perdant quoi qu’il fasse. Accepter de replier Tsahal et sortir du Liban comme les Iraniens l’exigent de Trump. Sa base ne le lui pardonnera pas. Et demain, l'Iran exigera le retrait de Gaza et pourquoi pas de Palestine.

Ou se démarquer de Trump en maintenant que l’accord de principe signé avec l’Iran ne nous engage pas. Cette fois c’est Trump qui ne lui pardonnera pas. Il a déjà montré la voie: Avec moi ou sans moi. Pas d’autre alternative. Et sans l’Amérique, sans son soutien financier, stratégique, international, sans véto onusien, que sommes nous?

Le Petit Poucet des contes du temps passé de Charles Perrault. Et le poids du candidat Netanyahu aux prochaines élections s’en trouverait considérablement obéré.

Il fera donc comme Ben Gourion répondant à la traditionnelle question « Thé ou café? »

« Les deux! »

Toujours cette fameuse danse d’Esternach où les politiques excellent. Deux pas en avant, un en arrière. 

Montrer les muscles face à Trump, subir ses foudres puis courber l’échine en soutenant que c’est dans l’intérêt de la nation car en contrepartie Trump envoie les munitions.

Faisons le point. Focus. 

Les accords d’Abraham, l’axe des forces du bien contre l’Iran et la normalisation paraissent fondre comme neige au soleil. Une fois le détroit d’Ormuz rétabli, qui se souciera de cette négociation qui déjà s’enlise. L'Iran avance ses pions. Trump est sur le reculoir. Un chien qui recule ne mord pas.

La ligne rouge de Trump et des Occidentaux et très en deçà de nos intérêts stratégiques. 

Traduction: Même avec l’appui d’un allié de taille, nous n’obtenons que des solutions palliatives, restreintes, qui ne font que repousser le terme. Un calme relatif avant la prochaine tempête. Un répit. Un pis aller.

Ce qui autorise les ministres extrémistes de soutenir qu’il vaut mieux être seul que mal accompagné. 

הן עם לבדד ישכון

(Livre des Nombres 23:9)

HEN AM LEVADED YICHKONE = Voici un peuple qui demeure à part. Ou peuple à part qui ne se compte pas parmi les nations.

Paroles prononcées par le prophète Balaam appelé pour maudire Israël mais qui finit par le bénir. 

Selon cet adage, il y aurait plus à gagner en demeurant fidèle à ses principes, à sa tradition,  quelles qu’en soient les circonstances. On ne badine pas avec le destin d’Israël.

Refuser la vassalité c’est emprunter une voie difficile, semée d’embûches. On aime ça!

Israël est une fois encore face à son destin. Choisir le chemin étriqué tracé par notre allié et pavé de bonnes intentions; ou résister en franc tireur dans l’espoir que l’homme ne trahira pas ses engagements historiques.

La réponse va de soi en appliquant la formule tirée d’une bible apocryphe: MAGA ou América First.

Dans ce contexte, Trump pourrait bien être ce Balaam venu bénir Israël et qui finit par le maudire.

L’histoire regorge d’exemples où des alliés partis en guerre ont fini par s’entre dévorer. L’Europe sortie meurtrie après la seconde guerre mondiale a accepté la domination américaine sous couvert de la guerre froide avec l’URSS.

Une sorte « d’occupation économique » orchestrée par les accords de Bretton Woods (1944) et son hold up monétaire imposant le dollar comme seule monnaie internationale d'échanges. Puis le plan Marshall (1947) avec 13 milliards de dollars injectés en Europe et pour contrepartie obligation d’acheter américain, de penser américain (Américan Way Of Life) d’accepter son armée sur son sol dans le cadre de l’OTAN.

En 1960, de Gaulle devait entrer en résistance et exiger le départ des bases militaires américaines par une formule demeurée célèbre:

« La France ne saurait admettre qu’un pays étranger, fut-il le plus ami, devienne juge de sa politique »

Israéliens, ça vous parle?

Les Américains ont implanté leur CENTCOM à Kyriat Gat (Près de Beersheva) et leurs avions ravitailleurs occupent l’aéroport Ben Gourion provoquant un encombrement tel que des milliers de vols sont annulés.

On ne peut à la fois accepter de l’aide, bénéficier  d’un soutien considérable et agir comme le Grand Charles. Pas avec Trump. Ni avec personne. Demandez à votre banquier. Il vous expliquera qu'il y a toujours un prix à payer. 

Et à tout prendre, mieux vaut être le vassal de la première puissance mondiale. La place est enviable, bonne à prendre. Demandez donc à Netanyahu!!


Et puisqu'il était question de Ben Gourion, on raconte que celui-ci s'était rendu chez son ophtalmologue motif pris d'une douleur à l'oeil. L'histoire ne dit pas lequel. Le médecin le reçoit aimablement et commence par lui offrir un thé. Puis tout en discutant, Ben Gourion tourne sa cuillère dans sa tasse et finit par boire son breuvage sans retirer celle-ci.

Le médecin renvoie le patient en lui demandant de repasser sous 8 jours pour controle, avec pour seule médication d'enlever la cuillère en buvant son thé.

Consultation à l'oeil bien sûr!

 

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