Lettre 399 Ces Israéliens qui fuient le pays
L’Israélien est un grand voyageur. Il est resté trop longtemps confiné dans des frontières fermées et entouré d’ennemis.
Lorsque les vols se sont démocratisés, il n’y eut pas un endroit au monde sans que l’on entende parler l’hébreu. Une sorte de sport national. Toujours comme explorateur, jamais en voyage organisé.
De multiples opportunités se sont présentées pour travailler à l’étranger avec famille, armes et bagages. Une sorte de transhumance vers des eldorados financiers, comme un retour vers des racines encore fraîches. La Galout. (Vie en exil)
Ce qu’il est convenu de nommer "Yerida". (La descente en contrepoint de l’Alya, la montée vers Israël).
Comme pour remettre les pendules à l’heure, la recrudescence de l’antisémitisme devrait modérer cette tendance. Il n’en est rien. L’étranger, H’oule (חוץ לארץ) est toujours aussi attractif, tant pour les vacances, que pour une vie active hors frontière.
Ainsi, nombre d’enfants sont nés à l’étranger et deviennent des bi-nationaux, bilingues, multiculturels.
Une étude récente commandée par le ministère de l'immigration nous apprend que les partants sont bien plus nombreux que ceux qui reviennent. Une sorte de fuite vers l’étranger.
En 2024, 69.500 Israéliens ont quitté le pays. 18.800 sont revenus. Un différentiel inédit de plus de 50.000. De 2022 à 2024, nous avons perdu 140.000 citoyens.
Quel est le profil de ces citoyens qui cherchent ailleurs leur bonheur? Essentiellement des cerveaux, diplômés, cortiqués recherchés à l’étranger. Agés de 20 à 44 ans, célibataires ou mariés. Une fuite de la matière grise.
Et c’est en 2023 que cette Yerida fut la plus forte: 82.800 départs. Le 7/10 y serait donc pour quelque chose. La guerre aussi.
Des chiffres qui inquiètent. Une tendance que rien ne semble pouvoir ralentir. Il est vrai comme l'a soutenu Netanyahu, qu'une partie de ces partants sont des immigrants de fraîche date qui quittent Israël quelques années après leur arrivée.
Des déçus du voyage, souvent venus d'Ukraine. En 2023, il est question du départ de 27.973 qui répondent à cette définition, contre 54.791 qui sont des Israéliens nés au pays.
Ainsi, les Israéliens quittent le pays plus nombreux, et ceux qui sont partis tardent à revenir.
Mais la guerre et l'insécurité n'expliquent pas tout. Si les causes de ces départs sont diverses et variées, elles n'en sont pas moins inquiétantes.
Les raisons politiques sont aussi invoquées: Réforme judiciaire, perte de valeurs démocratiques, loi d'exemption, fractures sociétales et incertitudes sur l'avenir du pays.
Où partent-ils?
Le choix semble s'orienter vers des pays à bas coût. Car la chèreté de la vie en Israël est aussi un élément à prendre en considération. Les jeunes couples ont de plus en plus de mal à se loger car les prix à l'achat ou à la location sont exhorbitants.
Entre 8.000 et 12.000 Shekels pour la location d'un 4 pièces autour de Tel-Aviv. entre 3 et 5 millions pour l'achat d'un tel appartement. Et il faut disposer de 30% d'apport.
Et le reste est à l'avenant. Israël devient un pays où sans salaire élevé, le citoyen croule sous les intérêts bancaires. (Et même avec un salaire élevé!)
Les choix s'orientent donc vers les pays de l'Est européen, Prague en particulier, et de façon assez surprenante vers l'Allemagne. Tout parait moins cher, à portée de main. Et l'antisionisme médiatisé ne semble pas avoir d' effet sur l'accueil dont jouissent les arrivants. Des communautés juives mourantes se revitalisent ainsi à l'étranger, des synagogues se remplissent. On marche sur la tête.
Et il y a les pessimistes, ceux qui pensent qu'Israël tisse un mauvais coton. Que son avenir est compromis. Et qui n'envisagent plus un retour vers la mère patrie.
Et le scandale qui vient de se dérouler à la Knesset sous nos yeux hagards n'est pas de nature à changer la donne.
On sait que depuis quelques mois, Netanyahu a promu des gens de son cru dans divers postes sensibles de responsabilité.
Le dernier en date n'est pas moins que le chef du Mossad, le général Roman Gaufman, un général qui était son secrétaire militaire. Ce militaire vient de remplacer David Barnéa, lequel était vent debout contre cette nomination considérée comme le parachutage d'un proche qui n'a aucune compétence en la matière, et suceptible de mettre l'efficacité du Mossad en danger.
Il faudra faire avec!
Ce mercredi, la Knesset devait voter pour la nomination du contrôleur de l'Etat. Une institution équivalente à notre cour des comptes qui se doit donc transparente et impartiale. Netanyahu a présenté son candidat en la personne de Mikaël Ravilo, qui n'est pas moins que son avocat personnel. Une incompatibilité flagrante.
L'opposition a présenté le juge retraité de la cour suprême, Joseph Elron, lequel a obtenu 60 voix contre 57 pour son adversaire. Il était évident que des membres du Likoud n'avaient pas respect les consignes de vote.
Il fallait donc un second tour, la majoriyé de 61 voix n'étant pas atteinte. Netanyahu a lors convoqué tous les membres de la coalition suspects de dissidence pour les rappeler à l'ordre. Et pour prouver leur fidélité, il leur fut demandé de se filmer lors du vote dans l'isoloir, violant ainsi le secret du vote.
Malgré le refus du conseiller juridique de la Knesset, tous les votants du Likoud se sont pliés à cette injonction et le candidat de Netanyahu fut élu. La presse écrite accuse Netanyahu d'avoir "pollué le vote avec méthodes mafieuses."
Bibi le magicien a retourné le vote. C'est une question d'égo personnel. Mais que vaudra le rapport d'un tel contrôleur élu de cette manière? Son élection le discrédite à jamais. Elle risque d'ailleurs d'être annulée par la cour suprême.
Ce n'est pas tant la pression exercée qui est en cause que la violation du secret des urnes.
Voila qui ne va pas inciter les Israéliens à revenir au pays. Le mot démocratie n'a plus le même sens selon l'endroit où l'on se place dans l'arc politique.
Mais après tout, ce controleur de l'Etat n'a qu'un pouvoir tout relatif, essentiellement moral et consultatif. Années après années, les gouvernements français s'asseoient sur les rapports critiques de la cour des comptes. Ils sont archivés avant même que l'encre n'ait séché.
Par contre, en cas de changement de coalition gouvernementale, on peut s'attendre à ce que nouveau contrôleur fasse des rapports assassins pour donner du grain à moudre à Netanyahu, passé dans l'opposition.
Mais attention, on se souvient du conseiller juridique du gouvernement Mandelblitt, nommé par Netanyahu, lequel n'avait pas hésité à signer sa mise en accusation dans ses dossiers pénaux.
Mais il n'était pas son avocat personnel! Il y a des liens privilégiés que le temps n'efface pas. Rien n'est plus puissant que la reconnaissance du ventre.
Et une organisation américaine AID (América-Israël démocratie) parle de mettre en place un pont aérien pour permettre à ces Israéliens de l'étranger de venir voter aux prochaines élections dont la date n'est toujours pas fixée. Au plus tard le 27 octobre.
Qui vivra verra!
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