Lettre 406 Israël en crise "de foie"
Savez vous ce que coute à la France ce principe sacro saint de l’asile politique?
Quelque chose comme deux milliards d’Euros par an.
Pourquoi?
Parce que cette protection donnée à ceux qui souffrent de persécution dans leur pays d’origine est devenue la filière principale d’émigration dévoyée de son but originel.
On est passé d’un nombre symbolique de candidats à une vague déferlante dont la plus part des impétrants ne remplissent pas la première des conditions. Il suffit de déposer un dossier.
Et toutes les tentatives de revenir aux principes d’origine ont échoué. L’exception dévoyée comme principe.
Et si 90% des demandeurs sont déboutés, ils auront profité du système pendant quelques années rendant leur renvoi impossible.
Une prébende qui attire comme une pompe aspirante. La fierté de la France qui divise aujourd'hui.
Un exemple qui peut être comparé à la situation des « H’aredim » (Craignant D.ieu), les Juifs ultra orthodoxes israéliens qui, pour le dire simplement, vivent en Israël autrement. Différemment. Dans leur bulle. Une société dans la société. Et qui ne se mélangent pas ou si peu. L’huile et le vinaigre.
Et progressivement, cet isolement qui ne gênait personne (Mea Sheharim, Bné Brak et désormais Modiin Elite, Beit Shemech et Arad) est devenu insupportable pour les uns comme pour les autres. Un poids financier, un poids tout court. On ne se comprend plus. On ne se parle plus. On se crie dessus.
Le sujet n’est pas anodin si l’on admet qu’en 2050, les Juifs pratiquants représenteront près de 50% de la population.
Comment en est-on arrivé là?
Comment est-on passé d'une relation révérentieuse à un rejet ostentatoire, à une détestation partisane.
Pour vivre heureux vivons cachés. Les H'aredim étaient peu visibles. On visitait leur quartier comme on visite un zoo. Leur accoutrement, digne du ghetto de Varsovie, tranchait avec la jeune fille en short sortie tout droit de son Kibboutz.
C'était chacun chez soi, et le bon dieu pour tous. Enfin presque. On avait le sentiment qu'avec le temps, cet isolement qui les protégeait, finirait par s'alléger, par disparaitre avec les générations. L'intégration. Il n'en fut rien, bien au contraire.
Autant notre société s'est libérée de toute contrainte, de toute rigidité morale, autant les H'aredim se sont enferrés davantage dans leur Tsniout (Pudeur, retenue) surtout pour les femmes.
Car voilà déjà le germe de la contestation. Séparation physique entre hommes et femmes, refus de serrer leur main, port de la perruque etc...(Loi en cours de vote sur la séparation des filières homme/ femme dans les études supérieures). On parle déjà de discrimination.
Toujours pour de bonnes raisons religieuses, pas toujours comprises par ceux que l'on définirait comme Juifs "laïcs" ou pratiquants Ligth qui multiplient les contacts, embrassades. Sacrilège!
Comportements incompatibles.
Et en sortant des frontières de leurs ghettos, les H'aredim ont adopté une intrusion rampante de leur façon de vivre réductrice de liberté, laquelle s'est heurtée de façon frontale à une résistance opiniâtre.
Les uns exigeants des services ouverts le Shabbat, cafés, restaurants, transports publics, bref le minimum syndical occidental. Les autres criant à la profanation du sacré. Barrant les routes pour proscrire la circulation.
Et ça risque de se mal terminer.
Les mouvements religieux sont anciens et remontent au début du 20ème siècle. Certains, sionistes, se fonderont dans le parti national religieux MAFDAL, lequel jouera un rôle important dans les gouvernements israéliens jusqu'aux années 2000.
Deux partis sont représentés dans la coalition actuelle:
- SHAS créé en 1984 pour représenter les Juifs orthodoxes sépharades sous l'impulsion du rabbin Ovadia Yoseph
- Degel Hatorah né en 1988 représentant les ultra-orthodoxes lithuaniens lequel s'est allié à Agoudat Israël (Créé en 1912 par le mouvement Hassidique) pour former une alliance électorale: Yaadout Hatorah.
Les H'aredim sont donc historiquement intégrés à la vie politique en Israël. Comme avant notre bonne loi de séparation de 1905.
Alors comprenez bien.
Le Grand Rabinat exerce diverses compétences exclusives dans le domaine du statut personnel des Juifs:
- Le mariage est religieux. Il n'existe pas de mariage civil.
- Le divorce relève des tribunaux rabbiniques qui appliquent la loi juive (Halacha)
- Les cimetières et services funéraires
- La cacherout, surveillance pour l'alimentation en générale et la supervision des restaurants en particulier.
C'est au niveau du mariage que ça coince depuis des lustres. Des Israéliens athées refusaient le mariage religieux. En outre, un mariage mixte ne peut être célébré en Israël. Et encore moins homosexuel. L'usage est de se marier à l'étranger, à Chypre par exemple, puis de le faire transcrire par l'état civil tenu par le ministère de l'intérieur.
Ainsi se pose la question de savoir si Israël est un Etat laïc ou religieux. Ni thé, ni café, un coctaïl difficile à avaler pour les deux camps.
Et le fameux dicton selon lequel Jérusalem prie, Haïfa travaille et Tel-Aviv danse, prend du plomb dans l'aile. Une épidémie religieuse est en marche.
Deux évènements sont venus polluer des relations déjà tendues:
- La pression exercée par les partis religieux dans les gouvernements successifs dirigés par Netanyahu pour obtenir des restrictions religieuses et avantages financiers
- La nécessité de renforcer l'enrôlement dans Tsahal surtout après le 7/10 et leur refus systématique.
L'argent et la poudre. Un mélange explosif. Le sabre et le goupillon.
Netanyahu a donné. Beaucoup donné aux partis religieux. Un déséquilibre qui ne pouvait que lui être reproché.
Il a aussi accédé à leur demande de maintien de l'exemption militaire. Ce fut la paille qui a brisé le dos du chameau.
Aujourd'hui, toute la politique intérieure se résume à ces deux questions avec en toile de fond la réforme judiciaire qualifiée d'atteinte grave à la démocratie.
En un mot comme en dix: Il y a ceux qui contribuent, portent le brancard, se sacrifient pour la nation et ceux qui profitent de ses prébendes.
Carricatural mais ce sentiement est devenu central. Essentiel. Prégnant.
Il est le résultat du régime de la 4ème république française tant décrié: Le parlementarisme où les petits partis font chanter et danser leur coalition qui sans eux, tombe comme un fruit avarié.
Et faut-il l'avouer, les partis religieux ne se gènent pas pour user et abuser de cette faiblesse, dont le Grand Charles avait débarassé la France, en instaurant la cinquième république. La dictature de la majorité. Le régime présidentiel considéré comme le moins mauvais des régimes.
Chose curieuse pour un Français, en Israël personne ne parle de réformer un régime visiblement à bout de souffle. L'héritage anglais est la, et bien ancré.
Car une coalition politique n'est rien d'autre qu'un ramassi d'intérêts divergeants souvent éloignés de l'intérêt national.
Cet intérêt qui rend si nécessaire l'enrôlement des Juifs religieux pour renforcer une armée qui met les Milouimnikim (Réservistes) à forte contribution.
Et leur slogan "Mourir plutot que servir" sonne comme le glas d'une rupture inéquitable dans la charge due à la nation, surtout en temps de guerre.
Mais le gouvernement en place est prêt à s'y soumettre pour sauver sa coalition. Survivre depuis des mois, si possible jusqu'aux élections d'octobre.
Voilà bien la patate chaude qui brûle les mains de Netanyahu, puisqu'aussi bien son électorat semble se dissoudre progressivement.
Et revoilà bien notre exemple français du statut de l'asile politique devenu pléthore.
Ils étaient 300 étudiants de Yeshiva en 1950 lorsque Ben Gourion a accepté de leur concéder cette exemption de service militaire. Un privilège bien anodin à l'époque.
Il est aujourd'hui question de 30.000 jeunes enrôlables chaque année qui échappent au service militaire. Et donc en plus, toute une frange de la population qui échappe aux périodes annuelles de réserve (Milouim).
Leur argument n'est pas dénué de bon sens. Pour eux. Pour eux seuls. "Israël est protégé par la prière de ces étudiants dont le rôle est aussi important que celui d’un soldat". Un laïc demeure coi devant cette affirmation. Il réplique "La prière sauve encore mieux une arme à la main".
Juifs orthodoxes manifestant contre la conscription
Une chose est certaine, entre deux enfants dont l'un voit son père mettre l'uniforme et partir au combat, et l'autre mettre sa redingote pour se rendre à la synagogue, il y a une conception diamétralement opposée.
Pire: La vie en milieu militaire est inenvisageable car elle viole à chaque instant ce à quoi il a été formaté depuis sa naissance. "Torato Emounato" la Torah est sa foi, sa seule raison de vivre, son oxygène. Et Tsahal en serait dépourvu!
Les rabbins sont persuadés que c’est une machine à briser la foi. C’est la raison pour laquelle ils refusent l'enrôlement de tous, même de ceux qui n’étudient pas.
Alors voici la question posée à chacun. Qu’y a t il de plus difficile: Pour un H’aredi de vivre dans un pays laïc, ou pour un laïc de vivre dans un pays religieux?
Pour vous aider à répondre voici la question accessoire:
Qui est plus opiniâtre à défendre sa cause, le laïc ou le H’aredi?
L'équation paraît simple. Le H’aredi vit en Israël comme Juif dans dans la diaspora. Etranger dans son propre pays. Il ne reconnaît pas un gouvernement qui refuse d’appliquer en tous points la Torah. Son poids politique sert son combat.
Quant au Juif laïc il a le sentiment d’être l’héritier des fondateurs du pays et veut poursuivre sur la voie tracée avec la religion dans la seule sphère privée.
Mais à y regarder de plus près, le virage est pris. La loi fondamentale votée par Netanyahu faisant d’Israël le "pays des Juifs" a tracé la voie.
Et la loi en cours de vote à la Knesset instaurant l’étude de la Torah comme principe fondamental enfonce encore un peu le clou.
Ce premier clou du cercueil d’un Israël libéral et démocratique en passe de répondre aux deux questions précédantes. Israël sera spirituel ou ne sera pas. Car le laïc est un homme sans foi, sans colonne vertébrale, sans idéologie. Bon soldat mais sans maître à penser. Et sa crise de foie n’est pas prête de passer.
Et puisque Tsahal n’arrive pas à enrôler les H’aredim, il enrôle les femmes dans des unités combattantes. Une raison de plus pour eux de refuser d’y aller.
En Israël comme en France les prochaines élections seront déterminantes. Pour les uns et les autres. Ici la Torah, labas la Charia. Avec en toile de fond une révolte à bas bruit.
Rendez-vous en 2050 si vous le pouvez bien.
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