Lettre 410 Les primaires du Likoud

En pleine nuit (1h13) mardi dernier, et à la surprise générale, Netanyahu lâche une bombe dans son propre camp: Il annonce qu’il désigne trois proches pour figurer en bonne place sur la liste électorale du Likoud.

Car la campagne électorale bat son plein.

Plongeons nous un instant dans les méandres des primaires du Likoud. 

Car ce parti s’est doté de règles démocratiques lesquelles prévoient que le classement des futurs candidats à la Knesset sur la liste électorale est constitué sur la base d’une élection par les encartés du parti. Ils sont environ 140.000 membres actifs.

Mais il y a un hic!

Les sondages sont alarmants. Le Likoud est en perte de vitesse. Netanyahu a donc décidé de rafraîchir cette liste en dégommant certains poids-lourds encombrants. Ceux-là même qu’il a envoyé au charbon mais qui sont apparu après coup comme trop marqués par une politique excessive. 

Leur nom ne vous diront pas grand chose. Mais ce sont les « grandes gueules » du parti qui, à force de vociférations sur le perchoir de la Knesset se sont brûlé les ailes.

Tali Gotlib, député du Likoud

Tali Gotlib, David Amsalem, David Bitan......Ils ont concentré sur leur nom toutes les flèches de l’opposition.

Changer de paradigme, c’est le mot d’ordre de Netanyahu. En politique, les fidèles sont là pour servir et s’effacer.

On se souvient que Tali Gotlib avait révélé à la presse l'identité d'un agent du Shin Bet, délit pour lequel elle avait obtenu son immunité aux forceps. Elle fait partie des chiens d'attaque très efficaces contre l'opposition.

Alors comment faire?

Dans un premier temps, Netanyahu a exigé de placer une dizaine de personnes de son choix en position éligible. Cette déclaration a provoqué un tollé parmis les députés sortant dont les places étaient menacées. 

Netanyahu a menacé de supprimer les primaires pour des motifs sécuritaires. Le pays est en guerre ce qui permet de déroger à la règle. La liste serait établie par une commission spécifique dirigée par lui.

Mais l'instance judiciaire du Likoud présidée par Mikaël Kleiner en a décidé autrement et a annulé cette décision unilatérale.

Il y a au Likoud des personnalités qui veillent au grain et qui osent s’opposer à Netanyahu. Ne soyez pas surpris. Le Likoud existait avant lui et lui survivra.

Car rien ne peut se faire sans l'aval de cette commission juridique du Likoud dont le président précité n'est pas précisément "aux ordres".

Dans un premier temps, Netanyahu a saisi cette instance pour demander, dans le plus grand secret, que le ministre actuel de la défense, Israël KATZ, soit placé d'office sur la liste en bonne position. Ses fonctions absorbent l'essentiel de son temps et il n'a pas la capacité de faire campagne dans ces primaires. Cette demande fut actée et acceptée. KATZ était donc dispensé de campagne. 

Pourtant ce dernier s'est lancé dans une campagne agressive en publiant deux vidéos virales (Boum, boum, boum) dans lesquelles il apparait comme le pourfendeur du Hamas et du Hezbollah. Il n'apparaissait donc pas aux yeux des autres candidats comme bénéficiant d'une protection. Tout devait demeurer secret.

C'est le système dit des "Chiryonim". Des "Blindés", des protégés. Ceux à qui le dirigeant du parti accorde une place de choix sur la liste sans avoir à passer par les fourches caudines des primaires. Ce sont ses protégés, ses proches, ses fidèles, dont il estime que la présence améliore les chances électorales.

Jusqu'alors, ce privilège n'était accordé que pour un ou deux "Chiryonim". Mais l'exigence d'une dizaine réduit l'intérêt des primaires puisqu'il ne restait plus que 13 ou 14 places utiles pour les quelques 35 membres sortants. La bataille devient rude et dans les rangs du Likoud un vent de révolte s'est levé. 

Surtout lorsque mardi dernier, l'annonce nocturne de Netanyhu dévoilait que le ministre de la défense Israël KATZ était bénéficiaire de ce classement d'office.

Alors soyez dans la confidence.

Il s'avère qu'un institut a procédé au classement virtuel des candidats aux primaires du Likoud, et a déterminé qu'Israël KATZ se trouverait en 13ème position et relégué à la 19ème position au regard des places réservées aux Chiryonim. Quand aux deux autres placés d'office, H'aïm KATZ et Gidhon SAAR, ils ne figureraient pas sur la liste électorale.

Il fallait donc sauver le soldat Rayan.

Mais à ce jeu, l'esprit démocratique du Likoud en prend un coup. Et il est sévère. Certes pour la bonne cause s'il s'agit d'améliorer les chances de succès. Mais il y aura du tirage des deux côtés: Du côté des encartés comme du côté des députés déboutés.


Alors regardez bien.

Ce tableau détaille le nombre de députés du Likoud élection après élection depuis que parti est dirigé par Netanyahu. Il y a actuellement 32 députés sortants pour une possible nomination limitée à 23 ou 24 places selon les sondages.

Voilà pourquoi des têtes vont tomber après les primaires du Likoud et pourquoi certains cherchent déjà à se reclasser dans d'autres partis, y compris dans le parti "Unity" créé par Yuly Edelstein et Guilad Erdan. Ces deux déçus de la politique de Netanyahu sont connus pour s'être opposés à la loi sur l'exemption des Juifs Orthodoxes. 

Ce nouveau parti est crédité de cinq sièges avec des voix prises au centre et à droite en ce compris sur l'électorat classique du Likoud. Demeure la question de savoir s'il fera alliance avec Netanyahu ou avec l'opposition pour la formation d'une coalition. Netanyahu louche sur ces sièges potentiels mais ce serait la catastrophe pour lui si ce parti ne passait pas la barre fatidique des 4 sièges (3,25 % des voix) car ces voix seraient attribuées en partie à l'opposition selon la règle proportionnelle.

En l'état, le nom des autres désignés d'office n'est pas connu. Il le sera après les primaires dont le vote aura lieu lundi prochain.

Le bal des cocus ressemble au jeu des chaises musicales. Attention aux dégâts lorsque les déçus nous rejoueront le sketch "le cave se rebiffe".

Mais parlons des Démocrates. Ce parti tavailliste organise également des primaires. 



Son président Yaïr Golan avait promis d'intégrer d'office Einav Zangauker, l'icone du combat pour la libération des otages. Il l'avait ainsi dispensée de concourir aux primaires du parti. Mais au final, le parti a décidé de ne pas recourir au système des "Chiryonim" de sorte qu'elle ne pourrra figurer sur la liste électorale du parti. Eviction malheureuse, mais vous connaissez le dicton s'agissant des promesses d'hommes politiques. Elle n'engagent que ceux qui les reçoivent.

Elle lui en a fait le reproche avec amertume devant les caméras de la presse, suivi des excuses appuyées de Golan lequel n'a pas cru devoir forcer la main de ses memebres. 

Si Likoud veut dire rassemblement, Démocrate est un mot générique qu'il n'est nul besoin d'expliciter. Netanyahu joue sa vie. Golan avec l'epoir de 10 mandats a tout à gagner et peu à perdre.

"Lisez sur mes lèvres: pas d'impôts nouveaux" (Read my lips: no new taxes)

C'est le précedent le plus célèbre par la promesse faite par George H. W. Bush lors des élections en 1988. Cette formule choc fut répétée en boucle par les médias et contribua largement à sa victoire électorale.

Une fois installé à la Maison Blanche, et alors que le déficit américain explose, la réalité du terrain  le ratrappe. Deux ans plus tard, il augmentera fortement les impôts sur le tabac, l'alcool et les hauts revenus. 

Augmentations certes, mais pas d'impôts nouveaux.

En France on fait les deux: augmmentations et impôts nouveaux. Mais qui a promis quoi que ce soit?

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