Lettre 411 Le poids électoral de la guerre
Et voici que malgré le 7/10 la Palestine s'invite dans la campagne électorale.
Mansour Abbas, dirigeant du parti arabe RAM vient de jeter un pavé dans la mare en déclarant:
« L’Etat de Palestine existe, il est reconnu par tous les pays, Israël doit aussi le reconnaître ».
Est-ce une surprise?
Vraiment?
Quelqu’un s'attendait il à autre chose? De tous temps les partis Arabes israéliens ont milité pour la Palestine.
Et c’est bien naturel et compréhensible de leur point de vue.
Mais aussitôt Netanyahu s’est saisi de cette allocution pour accuser ses adversaires de pactiser avec la cinquième colonne des Frères Musulmans.
Et ces derniers de déclarer que sous leur gouvernance, il n’y aura pas d’Etat palestinien.
Les voilà tous dos à dos. Enfin presque. Un marginal se détache.
Car voici le résumé d’une interview concernant Yaïr Golan, chef de file du Parti de gauche « Les Démocrates » crédité de 10 mandats ou plus par les sondages.
Ce parti a fait renaître de leurs cendres les partis de gauche désormais réunis, avec pour ambition de peser sur le choix du postulant qui sera choisi par le président Herzog pour constituer le prochain gouvernement.
Comprenez que Golan, cet ancien général et chef d'état-major adjoint entend s'allier avec l'opposition actuelle du centre et de la droite bien qu'il ne partage pas exactement les mêmes valeurs. On a bien compris qu'il a une prédilection pour l'ex-général Eisenkot, chef du parti Yachar (Centre), crédité de 24 mandats, et lequel ne réfute pas la possibilité de constituer une coalition avec l'appui du parti arabe RAM de Mansour Abbas.
Nous y voilà!
Golan estime que Netanyahu lance des opérations militaires au Liban et en Syrie pour provoquer une crise sécuritaire en pleine campagne électorale.
Et il ne mâche pas ses mots:
"Ca crève les yeux! Ceux qui pensent que Netanyahu, Ben Gvir et Smotrich renonceront à gagner les élections ne savant pas à qui ils ont à faire. La situation sécuritaire peut permettre à Netanyahu de repousser les élections. Ne soyons pas naïfs, il faut se préparer à des tentatives de torpillage du processus démocratique, à une contestation des résultats lesquels doivent clairs et sans discussion possible."
Sur la possibilité de former une coalition avec le Likoud mais sans Netanyahu, Yaïr Golan répond: "Sur la liste du Likoud figurent tous ceux qui ont donné la main à Netanyahu, qui ont permis le terrorisme juif en Judée Samarie, qui ont soutenu l'exemption des Juifs orthodoxes. Il faut tous les exclure du prochain gouvernement".
Vous refusez les partis religieux mais vous acceptez de collaborer avec les partis arabes. N'est-ce pas un problème?
"Je m'oppose aux dirigeants religieux, qui prônent la désertion et se livrent au pillage des caisses de l'Etat. En contrepoint, ce n'est pas démocratique de refuser la participation de 21% de la population parcequ'elle est arabe."
"A ce sujet, Mansour Abbas prétend que Netanyahu était disposé à l'intégrer dans son gouvernement. Il a participé au gouvernement de Bennet et on a pu constater qu'il a coopéré en reconnaissant qu'Israël est le pays des Juifs. Il faut être réaliste et accepter de s'adjoindre un parti arabe pour sauver Israël. Il faut interrompre la machine infernale et cesser de voir en chaque Arabe un terroriste potentiel. Je rappelle que ces mêmes Arabes représentent 40 % du staff dans les hopitaux, qu'ils ont sauvé la vie de soldats. Ils participent à la force économique du pays".
Fermez le ban!
Que voici une belle tirade!!
La gauche classique dans toute sa splendeur. Mais quel homme politique n'adhèrerait pas à ces mots, juste pour recevoir le soutien de ce parti sans lequel l'opposition actuelle ne peut espérer former une coalition. Golan attire avec lui le parti arabe RAM. Et à eux deux, ils représentent la force nécessaire et suffisante pour permettre l'alternance.
Golan nous pose une question existentielle: Continuer à ignorer la population arabe ou la rendre "cacher" compatible? Avec le bémol qu'elle continuera à militer pour un Etat palestinien. Cette arlésienne qu'on nous ressert à chaque élection.
Le but est simple: Diaboliser les partis qui acceptent de pactiser avec les partis arabes israéliens. Mais qui sont ou seraient antisionistes.
Le chien se mord la queue.
Mais la réalité nous rattrape. Le deal s’installe face à deux camps irréconciliables qui ne peuvent gouverner sans l’appui des Arabes. L’écueil est apparent: Netanyahu toujours omniprésent empêche les deux camps de s’entendre. Le pire c’est que sur sa liste électorale figurent tous ses fidèles, ceux qui sont accusés d’être responsables de la boucherie du 7/10.
Golan veut faire pénétrer dans le jeu politique un parti arabe nécessaire mais suffisant pour renvoyer ce gouvernement dans les cordes. Mais il ouvre aussi la porte à la création d’un État palestinien qu’il appelle de ses vœux.
Alors comprenez bien ce qui tenaille les Israéliens au ventre. La sécurité n'est pas rétablie malgré trois années d'une guerre qui n'en finit pas. Et alors que la menace iranienne semble s'estomper, le gouvernement tire à boulets rouges sur le Turc lequel tente d'installer des bases militaires en Syrie.
Ceux qui soutiennent qu'Israël ne sera jamais en paix avec le monde arabe semble avoir raison. Et ce sont les mêmes qui soutiennent Netanyahu. Comme chef de guerre pour l'éternité.
Golan, à l'instar des Américains reproche à Bibi de fomenter l'insécurité à fins électorales. L'électeur aurait la main qui tremble au moment de mettre son bulletin dans l'urne.
Les politologues appellent ce phénomène le "Rally around the flag effect" (Rassemblement de l'opinion autour du gouvernement en cas de menace extérieure.
La France a vécu ce phénomène après la défaite de 1971 qui lui a valu la perte des départements d'Alsace et de la Moselle. Le thème de la revanche est devenu un élément durable de la vie politique et de l'identité nationale.
En Israël les questions territoriales sont au coeur des enjeux électoraux.
Israéliens tremblez!!
Car si cette guerre est dévoreuses d'hommes, elle provoque aussi un gouffre financier. On en parle peu. Et pourtant l'héritage sera lourd, très lourd.
Les économistes chechent déjà des solutions financières pour 2027.
- Suppression des exonérations de TVA (Eilat, hotellerie, fruits et légumes et produits subventionnés ...)
Augmentation de la TVA d'un point (18% actuellement)
Les consommateurs donc les petites gens paieront. La chèreté de la vie (Classée deuxième au monde!) dépassera t elle la Suisse?
- Augmentation de l'impot sur les revenus
- Augmentation des cotisations de la Bitouah' Leoumi qui est en grave déficit chronique pour le paiement des retraites et risque de s'effondrer.
- Suspension du projet grandiose du Métro lequel devrait permettre à terme de résoudre la crise du traffic automobile et du temps perdu dans des bouchons monstres. Au rythme actuel, Tel Aviv est en passe de voir les voitures bloquées du matin au soir sans pouvoir bouger d'un pouce. Le temps perdu est chiffré à des milliards de Shekel.
Et quand 400.000 réservistes sont au front, ce n'est pas seulement le poids de leur solde qui grève le budget de l'Etat, mais l'absence de rentrées financières et de croissance du fait de leur absence au travail.
Le prochain gouvernement devra prendre des mesures très impopulaires. Alors la question palestinienne ou la gouvernance avec l'appui d'un parti arabe paraissent bien loin derrière les préoccupations du peuple.
Il ne manquerait plus qu'une troisième Intifada avant les élections. La cerise sur le gateau. Ou sur la crème chantilly comme on dit en Israël.
Alors entendez quelques mots d'esprit.
En politique rien de tel qu'une bonne menace extérieure à l'approche des élections. La guerre est parfois le meilleur des programmes.
La sécurité fait toujours gagner quelques voix. La paix fait rarement la une.
Après les événements de mai 1968, de Gaulle qualifia les élections législatives "d'élections de la trouille". l'UDR obtint la majorité.
Netanyahu s'est construit une image de "Monsieur sécurité" mais le massacre du 7/10 a détruit un partie de cet avantage électoral.
Et comme dans le cas de Churchill, on peut gagner la guerre et perdre les élections. Et à plus forte raison perdre les deux.
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