Un navire nommé désir.
Le bateau Altalena vient d’être retrouvé à 20 km des côtes au large de Tel-Aviv par 503 mètres de fonds.
L'Altalena coulé au large de Tel-Aviv
Netanyahu promet de le sortir des profondeurs de l’onde pour en faire un symbole de l’union du peuple.
Attention à la secousse!
Férus d’histoire, accrochez vous au bastingage.
Menachem Begin, chef de l'Irgoun
Au cours du mandat britannique (1921-1948), ce qui n’était encore qu’un foyer juif (Le Yichouv) possédait plusieurs brigades militaires secrètes qui devaient se fondre dans Tsahal lors de la création de l’Etat d’Israël.
- La Haganah : principale organisation militaire juive, créée en 1920. Elle constituait la force de défense du Yichouv et deviendra en 1948 le noyau de Tsahal. Ses dirigeants les plus importants furent Eliyahu Golomb, puis David Ben Gourion sur le plan politique.
- L’Irgoun (Etzel) : organisation paramilitaire plus nationaliste et révisionniste, fondée en 1931. Elle mena notamment des opérations contre les autorités britanniques sous la direction de Menachem Begin.
- Le Lehi (groupe Stern) : beaucoup plus petit et radical, issu d’une scission de l’Irgoun en 1940. Il combattait les Britanniques et prônait la lutte armée pour créer un État juif. Son fondateur était Avraham Stern.
Il existait donc trois grandes familles : la Haganah-Palmach, plutôt liée au mouvement sioniste travailliste; l’Irgoun, lié au courant révisionniste de Jabotinsky; et le Lehi, encore plus radical.
Ces mouvements militaires étaient donc emprunts de courants politiques opposés.
En mai 1948, lors de la création d’Israël, Ben Gourion unifia ces forces dans Tsahal, même si l’intégration de l’Irgoun et du Lehi fut difficile et parfois conflictuelle.
C’est l’histoire de l’Altalena. Un épisode fondateur de l’unité du pays.
Le 14 mai 1948, Israël proclame son indépendance et les pays arabes périphériques lui déclarent la guerre. Par ordonnance du 26 mai 1948, le gouvernement provisoire dirigé par Ben Gourion créé l'armée israélienne: TSVA HAGANA LEISRAEL (Acronyme TSAHAL).
Au même moment, arrive un bateau au large des côtes israéliennes, chargé d'armes pour briser l'embargo décrété par l'ONU.
L'Altalena (Du nom de plume de Zeev Jabotinski) fut acquis en juin 1947 et affrété par l'Irgoun commandé par Menachem Begin, lequel se trouve à son bord.
Une importante cargaison d'armes est chargée à Port-de-Bouc avec l'accord du gouvernement français de Georges Bidault contre promesse secrète de protéger les institutions catholiques françaises, notamment à Jérusalem.
Outre les armes, le bateau transporte 800 migrants juifs dont certains survivants de la Shoah.
Ben Gourion exige que les armes soient remises à Tsahal ce qui implique la fusion de l'Irgoun en son sein.
Begin, tiraillé par sa base, demande qu'une partie de l'armement soit envoyé aux combattants de l'Irgoun sur le front de Jérusalem.
Les négociations échouent. Ben Gourion craint un putsch et donne l'ordre de tirer sur le bateau situé à une centaine de mètres au large de Tel-Aviv.
Begin donne l'ordre de déchargement soutenu par des centaines de militants qui crient "Des Juifs ne tirent pas sur des Juifs".
Ygal Allon, chef du Palmach, prend le commandement mais des soldats refusent de tirer. De multiples personnalités et des civils interviennent pour éviter un massacre. Begin refuse l'ultimatum de Ben Gourion lui intimant l'ordre de reddition inconditionnelle.
L'artillerie ouvre le feu sur l'Altalena et le coule. Les membres de l'Irgoun sont arrêtés dans tous le pays.
On relève 19 morts dont 16 soldats de l'Irgoun et 3 de Tsahal. L'Irgoun est dissoute et ses membres sont dispersés dans les différentes unités de Tsahal.
L'Altalena est renfloué puis coulé à 15 miles des côtes.
Il devient le symbole qui a permis d'instaurer l'autorité du nouveau gouvernement, de décourager les milices privées et empêcher la formation d'armées rivales.
Le monopole de l'usage de la force devait revenir au gouvernement.
Begin s'est soumis en donnant ordre de ne pas riposter pour éviter une guerre civile. Le soir même il prononcera le "discours des larmes" ordonnant à ses partisans de déposer les armes.
Cette posture d'honneur et d'intégrité morale lui servira plus tard sur le plan politique.
Le Likoud sous sa direction gagne les élections législatives en 1977 et il sera premier ministre jusqu'en 1983.
Et voilà qu'hier, les recherches qui perdurent depuis des années aboutissent, et que ce symbole de l'union du pays est découvert.
Après 78 années passées au fond de la mer, les spécialistes nient toute possibilité de remonter cette structure rongée par la rouille. Les moyens techniques à mettre en œuvre seraient exorbitants pour ne pas dire pharaoniques.
Mais pour un homme politique comme Netanyahu, cette promesse à bas coût lui permet de revendiquer le slogan de l'union, de l'unité du pays, d'éviter une nouvelle guerre civile qui pointe son nez.
Mais qui, plus que ce gouvernement, a réussi à diviser le pays?
En refusant toute enquête publique sur les causes du 7/10. Après trois ans!!!
En satanisant la gauche conspuée comme anti sioniste.
En délégitimant l'institution judiciaire par un réforme portant atteinte à la démocratie.
En coupant la tête de tous ceux qui lui refusaient cette loi déshonorante exonérant une partie importante du peuple de la charge de la défense du pays.
L'Altalena du tréfond des abysses crie son désaveu d'un pays fracturé par un homme qui joue sa survie politique contre les intérêts du pays.
Begin fut un exemple d'une soumission totale et désintéressée dans l'intérêt de la nation dont il fut le loyal serviteur. Le Likoud sous sa direction avait une autre gueule!
L'Altalena remonte du fond des ondes pour nous rappeler que la politique doit se faire au service de l'Etat et non au service d'intérêts privés.
Voila les affirmations que vous trouverez dans la presse qui a la dent dure contre Bibi dont la campagne commence très mal. Il est abandonné par certains de ses fidèles qui se lancent dans la campagne avec le risque de dispersion de voix. Les sondages sont en berne.
Et l'Altalena va lui couper l'herbe sous les pieds comme un boomerang.
Il y a des scories de vieilles querelles qu'il vaudrait mieux ne pas déterrer. Le diction reste toujours d'actualité: "Quand un idiot jette un pavé dans la mare, même 10 sages ne pourront pas l'en faire ressortir".
Mais demain, l'Altalena retrouvera sa place paisible au fond de la mer d'où il n'aurait pas du être ressuscité.
A ceux qui ne l'ont pas encore fait, allez visiter le musée ETZEL de l'Irgoun qui se trouve à Tel-Aviv précisément face à l'endroit où le bateau fut coulé.
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